II. CIVILISATION DES ARTAS BT DES SÉMITSS
foenus mercatoris ifistar. Quelle opposition pettt*il y avoir là? La réponse nous est fournie par le foenus quoH nauticum des Romains. Pour rintelligence de mes lecteurs non juristes, je fais remarquer qu'il faut entendre par là un prêt avancé pour une entreprise cbanceuseï avec acceptation du risque par le préteur, comme dans le prêt maritime; si elle réussit, l'emprunteur doit restituer la somme et de plus l'indemnité convenue correspondant au risque ; si elle échoue il ne paie rien('*'). La phrase cl*dessus doit être entendue en ce sens, ainsi qu'il résulte des deux circonstances suivantes. D'abord, elle est citée comme opposition au prêt maritime de la colonne de droite, et ensuite dans les deux colonnes, le prêt ordinaire est désigné non comme foenus mercatoris ou mercatoris instar^ mais comme foenus tout court (n. 18 à 21) et, pour marquer plus nettement encore l'opposition avec le prêt maritime, comme foenus secundum oonsubtudinem urbib (n. 16-17) ou foenus secundum usuram ubbis c.«à<d. le prêt terrestre opposé au prêt maritime. Par urbs il faut entendre non la ville mise en opposition avec le pays, mais avec la mer; consuetudo urbis désigne le droit qui régit le prêt ordinaire, dans lequel l'emprunteur supporte le risque, à la différence du foenus mercatoris^ c.*à*d, du prêt maritime, dans lequel c'est le prêteur qui le supporte» Usura urHs désigne le taux dintérét du prêt ordinaire, tandis qu'il n'y en avait point pour le prêt maritime, les intérêts y étant toujours évalués d'après l'importance du risque encouru. Le motif pour lequel, dans la colonne touranienne, on a admis non le foenus mercatoris lui-même, mais seulement Yinstar mercatoris est facile à découvrir. Les Touraniens ne vivaient
('**) Tel est Tobjet de la L. 5 ibid. où le juriste cite comme exemple : Hpiscatori erogaturo in apparatum plurimum pecuniae dedenm ut èicepUset, redderet, à quoi il faut ajouter d'après ce qui précède dans le texte: et insuper aliquid praeter peeuniam. Le juriste désigfne très exactement Tindémnité comme pretium periculi (prime d*as8uranca).
point au bord de la mer, ils ne pouvaient donc user du prêt maritime dans le sens propre, mais le foenus quasi nauticum était possible chez eux. Il ne faut pas même admettre pour cela qu'ils eussent des relations commerciales développées, on peut aussi le concevoir p. ex. dans la forme de la participation à l'armement d'une expédition de brigands avec assurance d'une part de butin. Foenus mercatoris et iiistar mercatorts se distinguent donc en fait; endroit, ils sont absolument égaux, chez tous deux, il s'agit d'une entreprise dans laquelle le capital avancé à l'entrepreneur [mercator) est aux risques du préteur et produit des intérêts proportionnés au risque.
Si j'ai rendu exactement le sens des expressions juridiques du vocabularium tourano-babylonien, ce qui à mon sens ne peut être l'objet d'un doute, nous avons acquis le résultat précieux que ]e foenus nauticum était déjà connu des Babyloniens. Il est précieux à mes yeux non seulement comme simple fait, comme contribution à l'histoire dn/oenus nauticum dans l'antiquité, et du droit en général, mais encore à raison des conclusions que Ton doit en tirer au point de vue du développement de la civilisation.
Le foenus nauticum suppose nécessairement la navigation maritime. Nous possédons donc dans celui des Babyloniens un témoignage irréfragable de leur marine et c'est ce que j'ai annoncé plus haut (p. 201).
Le foenus nauticum existe également chez les Phéniciens. Rappelons-nous que la navigation maritime remonte chez les Babyloniens jusqu'au quatrième millénaire, à une époque où Sidon n'était pas encore fondée, et il en résulte pour le foenus nauticum la même conclusion que pour l'emploi de la colombe et l'observation du ciel étoile pour l'orientation du marin (p. 204 et 210), à savoir que c'est une institution babylonienne, emportée par les Phéniciens lors de leur séparation du peuple père et qu'ils ont gardée. J'entends dire : quoi? le foenus nauticum dès le quatrième millénaire?