II. CIVILISATION DES ARYAS ET DBS SEMITES
les marchandises qu'il achetait à l'ëtranger, il n'usait point du crédit ; mais il en était tout autrement du mercator partus, auquel il vendait ses marchandises et les deux parties marchaient ici la main dans la main. Pour pouvoir acheter dos marchandises en grande quantité, le petit commerçant avait besoin de crédit ; pour trouver acheteur le commerçant en gros devait faire crédit. La dijBTérence établie entre ces deux genres d'opérations prouve que le commerçant en gros ne détaillait pas lui-même les marchandises aux consommateurs, c'était Tafifaire du petit commerçant, autrement on n'aurait pu faire cette distinction.
Commerce transmarin — Commerçant en gros — Petit commerçant — Intérêts — Négoce à crédit — tels sont les traits de l'organisation du commerce à Babjlone que les explications précédentes ont fait ressortir. Il reste deux conditions sans lesquelles le commerce ne saurait exister : V argent et le droU commercial.
L'argent, L'instrument d'échange qui partout a supplanté, et devait supplanter tous ceux dont ou se servait auparavant est, comme on le sait, l'argent métallique. Le monde serait mille fois créé de nouveau, que la monnaie apparaîtrait toujours identiquement avec le même aspect qu'aujourd'hui; Tor prendrait la première place, l'argent la seconde et le cuivre la troisième; largent serait monnayé et le métal précieux serait pour plus de solidité allié avec du métal moins cher.
Le seul point sur la terre où il soit possible de prouver historiquement que le métal a pour la première fois été converti en monnaie est de nouveau Babylone. La matière faisant défaut dans leur propre sol, les Babyloniens surent se la procurer chez d'autres peuples(*") ; ils en ont reconnu
(*««)Leur source principale doit avoir été moins l'Arabie ^u sud que IMnde. L*Inde oceidentaie (Chawilah), qui est entourée du Pishon {payasvan — le chemin laiteux) est désignée comme le pays « où est l'or » ; Lsfmann .
la valeur dès Tépoque la plus reculée. La mention la plus ancienne, que je sache, delà monnaie, nous la rencontrons dans le récit babylonien du déluge : Chasis-adra prend abord son or et son argent [p. 182); la seconde se trouve dans TAncien Testament: Abraham partant pour l'Egypte, emporte de Tor et de l'argent (Genèse, 18-2). D'après la tradition des Sémites, leur connaissance du métal précieux remonte donc au commencement des temps. Ils avaient également comme monnaie divisionnaire le cuivre (''^).
Le monnayage du métal semble avoir été ignoré des Babyloniens, tandis que l'alliage date de la plus haute antiquité ['^"). D'après les renseignements des anciens il a été pratiqué d'abord en Lydie (**'), et ce qui le confirme, c'est que dans les ruines des villes assyro-babyloniennes on n'a pas encore trouvé de monnaies frappées ("*). Le métal était divisé en un certain nombre de morceaux (une mine pour 60 schekel) ("'*), ce qui est toujours expressément indiqué. Comment s'assurer de l'exactitude
Oeschichte des Allen Indien, Berlin, 1890, p. 1 ; il s'y trouTait en masse dans le sable aurifère, V. à cet égfard Hérodote, III, 94 (tribut annuel à Darius, 360 talents de sable aurifère), 98, 102, 106 (extraction et quantité). La preuve que les Babyloniens tiraient Tor de Tlnde résulte de la coïncidence de rindo-germ. primitif gharata avec le sémitique primitif harudu = or. HoMMKL, Die Namen der Sàugetiere bei den Sudsemitiscken rd7^«rfi.Leipzi(?, 1879, p. 415.
('*') Sur la valeur relative de l'or, de l'argent et du cuivre, v. Oppsbt et MENANT, p. 348.
(**^) Brandis. Dos MUm^Mass-und gewiehUneeen in Vorderasien, Berlin, 1866, p. 168.
(«2«) Brandis 1. c, p. 166.
^>3o^ La question dépend de Texpression non encore déterminée des documents (nu-uh-hu-tu), qui se trouve régulièrement i^outée à Tindication que la mine était divisée en schekel. Priser traduit par monna^^, mais ajoute toigours un point d'interrogation. Ne pourrait-elle signifier pe»^?
('" ) Brandis. Sur la mine 1. c, p. 26^ sur le schekel, p. 72.
n. CIVILISATION DES ART AS ST DBS SEMITES. § 30. 241
de leur poids ? H n'y avait d'autre moyen que la balance, celle dont les Romains se servaient également avant de monnayer l'argent. Il est vrai que nulle part, que je sache, le pesage du métal ne se trouve mentionné dans les documents juridiques ("'), mais le fait qu'on le pratiquait est mis hors de doute par l'expression technique qui le concerne dans le vocabulaire bilingue [peeuniam pondérât) ; peut-être n*est-il pas renseigné d'une manière spéciale parce que cela allait absolument de soi (comme chez nous la numération des espèces, qui précisément pour ce même motif n'est jamais mentionnée), à moins que cela ne soit rendu par l'expression douteuse citée en note. Dans cette hypothèse, nous devons donc entendre par l'expression du vocabulaire (p. 13-49) pretium suum solvitj non pas la numération, mais le pesage. En tout cas, je ne puis admettre qu'à Babylone on ait accepté de confiance et sans vérification des espèces pour un poids déclaré et je ne vois point quel autre
(*'') La mention qui se représente souvent à propos de layented*une maison (OpPERTet Menant, p. 170, 1. Il, p. 178, L 18, p. 179. 1. 14): damtu nmmmis pbnsata, ne doit pas être rapportée au pesage de Targent, sinon il aurait fallu : *fwnmi8 pensatis — mais à Téqui valence de la chose et de l'argent ; nous pouvons la rendre par : la chose pour de Targent, expression qui se rencontre également dans les documents. Ibid., p. 118, 1. 22: contra pretium tradidU, Nous rencontrons la même tournure dans la formule romaine de la mancipation : emptus êst hoc aère aeneaque libra (Gaxus, 1, 1 19). Depuis bien des années (1858. Esprit du droit romain, T. 8, !• ëdit. ail., p. 567, 4* édit., p. 542, 3* édit. Franc., p. 234) j*ai fait remarquer qu'elle ne correspond point à la première partie de la formule et exprimé la supposition qu'elle contient une addition faite plus tard, lors de Tapparition de Targent. La concordance que je viens seulement de découvrir à présent entre la formule romaine et la formule babylonienne, qui a été également la formule phénicienne parvenue aux Romains par leurs relations commerciales avec les Carthaginois, donne à mon hypothèse un appui inespéré. L'acte de la mancipaiio^ comme transfert de propriété devant témoins, était d'origine romaine, la balance et le pesage de Targent étaient d'origine babylonienne, ainsi que la formule indiquée.
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moyen que le pesage aurait pu s'employer à cet effet. Le droit commercial. Les documents juridiques de Babylone nous mettent à même de nous tracer un tableau très exact des relations commerciales et de la circulation monétaire("'}. Il n'est pas inférieur à celui que nous présente le droit romain à Tapogée de son développement dans les premiers siècles de l'empire. Je ne connais en cette matière aucun principe, aucun acte juridique qui ne se retrouve chez les Babyloniens. Outre la vente, ce qui va sans dire, avec le principe romain que le risque passe à Tacheteur dès la conclusion du contrat, outre le louage avec la sous-location et le prêt à intérêts, on trouve à Babylone les intérêts moratoires, la peine conventionnelle, la cession, la reprise de dette, le mandat de payer, la compensation, les quittances, Tachât en commission, le contrat de société, la récognition et la promesse abstraite, le cautionnement et le gage, même le contrat antichrétique et le sous-gage; on y rencontre des actes juridiques de nature si raffinée, qu'ils feraient honneur à l'usurier le plus roué de Tépoque actuelle("*). Un droit commercial perfectionné est le fruit le plus natarel d un trafic fortement développé. Comme un fleuve, le commerce creuse lui-même son lit -r— la loi qui régit le commerce suit toujours les évolutions de celui-ci, et pour aucune partie du droit, la réglementation n'est aussi peu nécessaire. En droit commercial, ou plus généralement lorsqu'il s'agit des relations d'affaires, toutes interventions contenant des restrictions ou des entraves sont plus que partout ailleurs condamnées à l'impuissance ("").
(S") Voir KoHLBB, dans son article sur Touvrage de Pbiseb, p« LXVI b. et dans son propre ouvrage : Âuê dem babylonUchen EechUleben. Lvr. 1 et 2. Leipzig, 1890-1891.
(3 SA) Kom.BR en donne un exemple dans son article sur Pbisbb, p. LXVI 8.
(> s B) L'exemple le plus instructif se trouye dans les restrictions d'intérêts, dont d^à les Romains déplorent Tinutilitë (V. le texte oonnu de TâCits,