I. SOL NATAL
des Indo-européens se trouvait dans la zone chaude (").
Les quatre faits que je viens de citer : rhi?ernage du bétail à Tair libre, le tablier de cuir, le commencement de la marche au 1" mars, et la halte au dernier jour de mai, concordent donc pour nous faire conclure que la mère patrie des Âryas appartenait à la zone chaude, et il n'y a donc aucun motif de révoquer en doute Pexactitude des renseignements des anciens sur Thabitat des Arii.
Un point d'appui important à mes yeux pour la détermination plus précise de cet habitat nous est fourni par l'ignorance où se trouvaient les Aryas au sujet du sel. Apres les explications de Victor Hehn(**), ce fait peut, à mon avis, être tenu pour constant. Le peuple père aryen et le peuple fils éranien ne connaissaient ni le nom ni la chose. Les Indoeuropéens n'ont appris à le connaître que dans le cours de leurs migrations (*'), en même temps que l'expression qui se trouve chez tous (oA^, sal^ goth. salt^ allem. sahj slave, slatina, anc. slave soli, irlandais ancien salann) et qu'ils ont certainement empruntée à la langue des aborigènes. De l'ignorance où se trouvait l'Aryas relativement au sel, il résulte que sa mère patrie ne peut avoir été dans le voisinage de la steppe salée nommée ci-dessus, située à l'Ouest de riran, sinon il aurait nécessairement dû apprendre à connaître le sel. L'habitat du peuple aryen doit donc être reculé de beaucoup de degrés plus à l'Est. Mais cet éloignement dans l'espace n aurait pas encore suffi à mon sens, pour empêcher que le sel ne pénétrât jusque là; il faut qu'il y ait eu un autre obstacle naturel et insurmontable qui mit obstacle à sa pénétration et je ne puis me représenter
(*') Le mérite d*avoir]e premier attiré Tattention sur ce fait reyientà Hans von Wolzogen ZeiUehrift fur Vôlkerpsychologie und Sprackwuten-' sehi^ftf VIII, p. ^86 B.. cité par Schbadkr loc.cit., p. 135.
(**) Dm Saiz, eine KuUurhistorische Studie^ Berlin, 1873.
(•») Où? V. àcetégardHBHN, p. 19.
comme tel qu'une haute et puissante chaîne de montagnes entourant l'Âryas de toutes parts, comme d'un mur de prison, et le séparant de toute communication avec le monde du dehors. Cette chaîne se trouve aux versants Nord de THimalaya, dans le Hindou-Kouch actuel. Ici les Aryas ont vécu pendant beaucoup de siècles, entièrement restreints à eux-mêmes et coupés de tout contact avec les peuples d'autre langage et d'autre civilisation, vivant de l'autre côté des montagnes. Ils n'étaient pas, comme le veulent beaucoup d'auteurs, établis sur les hauteurs où régnait une température basse, mais dans les régions inférieures : vallées, collines et basses montagnes, où le soleil de l'Asie centrale déployait toute son ardeur; cela résulte des attestations ci-dessus en faveur du climat chaud. Sur les froids sommets, le bétail n'aurait pu passer la nuit à l'air en hiver, il lui aurait fallu la protection de l'étable ; l'homme n'aurait pu 8e contenter pour vêtement du tablier de cuir, il lui aurait plutôt fallu la peau de mouton, et le commencement de rémigration n'aurait pu avoir lieu au l*' mars, lorsque tout était encore couvert de neige.
Je trouve une confirmation de cette thèse de la séparation du peuple aryen du monde extérieur, fondée sur son ignorance du sel, dans la comparaison de ses hautes facultés intellectuelles et du niveau étrangement bas auquel il se trouvait, ainsi que nous le verrons plus loin, dans les choses de la civilisation extérieure. Je ne puis m'expliquer ce fait qu'en admettant qu'il était absolument livré à lui-même sans aucune influence extérieure.
Je trouve une autre confirmation dans le principe régissant le ver sacrum des Romains, de Tabolitlon complète de toute dépendance entre la troupe qui abandonnait ses foyers et le peuple père. Ainsi que je l'établirai plus tard (§ 37, 38), le ver sacrum contenait une reproduction de l'exode des Aryas hors de leur mère patrie. Ce principe proclame donc sous le rapport historique, que le peuple fils aryen, en