‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 140 sur 215 · I. TBR SACRUM · texte numérisé non relu

I. TBR SACRUM

lui porta secours dans une grave nécessité. Elle ayait pris pitié des yojageurs forcés d'abandonner leurs foyers ; miséricordieuse à leur égard dans tous les dangers de leur longue route, elle les avait gratifiés d'une nouvelle patrie. A la grâce de Dieu ! telle est l'idée que proclame le ver sacrum ainsi entendu. Nous aussi, dit la coutume, nous prenons notre recours vers la divinité ; nous mettons en scène l'événement qui lui donna autrefois l'occasion de se manifester; nous n'attendons pas d'elle un secours immédiat, mais le sacrifice que nous nous imposons nous assurera sa bienveillance. Outre tout le produit printanier de nos troupeaux, nous lui offrons nos enfants, ce que nous avons de meilleur; elle peut en disposer comme elle le veut, nos mains les abandonnent. Puisse le moyen qui réussit jadis, en sauvant de la plus grande détresse et le peuple père et le peuple fils, nous réserver encore le salut !

Il est des vérités si évidentes, qu'elles ne peuvent échapper aux regards qui les rencontrent; on ne doit pas les chercher, elles s'imposent. Â mon sens, l'origine historique du ver sacrum a tous ces caractères. Il ne fallait point une pénible dépense d'érudition ni beaucoup de perspicacité pour faire cette trouvaille, il suffisait de se souvenir de la Rome primitive. Si j'ai pu, comme je le crois, jeter une lumière inattendue sur le ver sacrum et sur bien d'autres matières de l'antiquité romaine, c'est uniquement parce que jusqu'à ce jour l'archéologie romaine a négligé cette idée si facile à concevoir. Le fait de la survivance de l'époque primitive dans les institutions de Rome, dont j'ai déjà apporté tant de preuves, m'avait amené à examiner tous les phénomènes de l'antiquité qui s'offraient à mes investigations, et à rechercher leurs rapports avec les conditions et le but de la migration. Je me disais que l'attachement des Romains pour leurs anciennes traditions, qui se manifestait dans des détails purement extérieurs et complètement dénués de signification, se serait encore moins démenti pour les coutumes

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et les institations essentielles da temps primitif. D'après la manière des Romains, il ne peut en être aatrement. Comme partout ailleurs, ils doivent, ici encore, être restés attachés au passé, et il doit s'en être conservé des traces ou des réminiscences. Je suis convaincu que ce filon n'est pas épuisé par mes fouilles ; sur mes traces, la science des antiquités romaines découvrira certainement encore bien des choses nouvelles.

Je vais soumettre le ver sacrum à l'épreuve de mon procédé. Pour démontrer ma proposition que le ver sacrum est une figure de Texode primitif des Ar)ra.s, il m'incombe tout d'abord de prouver une étroite relation entre l'un et l'autre; tous les traits du ver sacrum doivent s'appliquer exactement au fait à reproduire, à l'émigration d'une partie de la population; cette preuve, je la fournirai. Mais la constatation de cette coïncidence établit seulement que l'on peut ramener l'institution romaine à ce fait du temps primitif, elle permet toujours d'admettre la possibilité d'une autre explication ; la réalité de l'origine alléguée ne sera pas encore établie; jusque là, on ne pourra accorder à mon opinion que la valeur d'une hypothèse plausible. Or, elle prétend être une vérité historique. J'irai donc plus loin, et je prouverai que certains détails du ver sacrum ne souffrent absolument aucune autre interprétation que celle que j'ai donnée. L'énigme qu'ils nous présentent ne trouve sa solution que dans les circonstances de l'émigration des anciens Arjras.

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