I. YKR SACRUM
ment, mais sans nécessité, Fusage de ce moyen extrême est inadmissible.
En faveur de l'opinion que les vestales n'avaient originairement aucun caractère religieux, je pourrais invoquer encore un témoignage historique spécial ; personnellement, je n'attache aucun prix à cet argument, et je n'en parle que pour me garantir du reproche de ne pas l'avoir aperçu. D'après Tite-Live (I, 20), le culte de Vesta n'a été organisé que sous le règne de Numa; c'est lui qui a donné une position religieuse aux vestales {virginitate aliisque caeremoniis venerabiles ac sanctas fecit). Mais au point de vue de la physionomie ultérieure de ces prétresses, la force probante de ce fait est énervée par Tite-Live lui-même, qui ajoute que le culte de Vesta fut emprunté à la ville d'Albe [Alba oriundum sacrificium et genti conditoris haud alienum).
Je reviens au point de départ qui m'a conduit aux vestales : l'extinction et le rallumage du feu sacré au premier mars. Je crois avoir fourni la preuve que, comme dans le ver sacrum, il s'agit ici d'une imitation des circonstances de l'émigration des Aryas; nous devons donc à ce rite un renseignement précieux : d'après la tradition des Romains, leurs premiers ancêtres ont quitté le 1 mars la patrie originaire.
C'est conformément à cette donnée que le sacrifice funèbre du peuple entier (feralia, p. 64) se place dans l'avant dernière semaine de février (du 14 au 21). Appliqué à l'époque primitive, cela revient à dire : avant de quitter leur patrie, les émigrants firent leurs adieux aux tombes de leurs ancêtres et y apportèrent les suprêmes offrandes. Cette date s'imposait, parce que les derniers jours du mois, comme nous allons le montrer à l'instant, étaient consacrés aux. adieux à faire aux vivants et aux préparatifs du départ. Le» feralia étaient inconnues des Aryas, ils ne connaissaient (^ue \es parentalia (p. 55 ss.), c.-à-d. les sacrifices funèbres
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individuels, célébrés périodiquement, tantôt à une époque, tantôt à une autre. Il fallut Tabandon du sol natal de la part de toute une fraction du peuple pour obliger simultanémônt tous les participants à faire une dernière offrande aux aleai. Telle est l'origine des féralies romaines — le pendant de la Toussaint des catholiques; — comme Textinction et le renouvellement du feu au premier mars, elles contiennent la répétition annuelle des circonstances de l'exode originaire, destinée à en conserver le souvenir vivant dans la mémoire du peuple.
À cette grave semaine sainte, comme on pourrait l'appeler, succède immédiatement, dans le calendrier romain, (22 février) une fête joyeuse, celle des Caristia. Valèrb Maxime (2, 1, 8)(**'^] nous la dépeint comme un convmum solemne..,, cui praeter cognatos et affines nemo interponebatuT^ ut si qua inter personas necessarias querela esset orta, apud sacra mensae et inter hilaritaCem animorum et /autorihus concordiae adhibitis tolleretur.
C'était donc une fête de paix et de réconciliation de la famille romaine. Autrefois, les émigrants s^étaient réunis une dernière fois en un joyeux repas avec ceux qui restaient, pour terminer et régler tout dissentiment, toute irritation qui pouvait encore exister entre eux. Dans les féralies, on avait dit adieu aux défunts, dans les caristies, on prenait congé des vivants. Mais une réunion joyeuse n'était pas le seul but poursuivi; on voulait effacer tout dissentiment antérieur et faire la paix dans les familles avant la séparation; ainsi seulement se comprend la brusque transition do deuil au plaisir ('*'). Avant de partir, les émigrants devaient
(S9s) V. d*autre8 témoi^agnes dans Ma.rqua.rdt. Bôm-StaatsvermaUung, III, p. 125, note 1.
(***) Signalée par Ovidb, Fast. Il, 619 : Scilicet a tumulU et, qui perUre propinquis peotinus ad vivos ora rtferre juvat.