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II. CONSERVATION DE LA TRADITION

des événements, des excitations et des impressions qui les agitèrent, n'étaient pas faits pour conserver au peuple le souvenir des circonstances qui accompagnèrent leur départ de la patrie. Il ne faut donc pas s'étonner du silence des archéologues romains. La même ignorance se retrouve chez eux au sujet des institutions appartenant à la période de migration et par conséquent bien plus rapprochées de l'époque historique. Aucun ne peut donner un renseignement sur la signification des lances, des clous de bois, de la hache de pierre et de tant d'autres choses que j'expliquerai plus tard ; tous avaient absolument perdu la clef que la linguistique et l'histoire de la civilisation modernes nous ont restituée. Le manque de témoignages extérieurs, dans l'archéologie romaine, pour l'exactitude de mes déductions, est entièrement compensé par la force probante et la concordance des repères intrinsèques qui les justifient. Nous avons un tableau unique, d'une harmonie logique et complète des circonstances de l'émigration, et il est d'une vraisemblance absolue. Les buts, les situations, les rapports qui s'imposent aux migrateurs, tout s'enchaine : le décret du peuple ordonnant des subsides, le départ de la jeunesse mâle dans le ver sacrum, le nom de Mensis Martius pour le mois du départ, l'extinction du feu et son rallumage par des jeunes filles, les adieux aux tombeaux, aux parents, aux voisins et à la terre, la dénomination de mois de la purification appliquée à février^ l'emploi des cinq derniers jours précédant mars pour les préparatifs du départ. Rarement la science a eu l'occasion de répandre une pareille lumière sur des faits tout particuliers remontant à des milliers d'années. Si elle y réussit, c'est grâce a la fixation des souvenirs de ce lointain passé dans les institutions du temps postérieur.

A cette époque, sans doute, ils vivaient encore dans la mémoire du peuple. Mais en admettant même, ce qui, à mon avis, est éminemment vraisemblable, qu'il ait fallu pour

cela rétablissement à poste fixe, encore doit-on s'étonner d'une aussi longue persistance des souvenirs populaires. Quant à Texode propement dit, ce phénomène ne présente, il est vrai, rien d'étonnant, mais il en est autrement en ce qui concerne les modalités spéciales du départ; il me paraît inconcevable qu'après mille ans environ,on se souvint encore que les adieux aux tombeaux se firent dans Tavant-dernière semaine de février, qu'on prit congé des parents et des voisins le 22 et le 23, qu'on quitta le pajs le l mars. Il faut appliquer ici l'observation faite par les juristes romains au sujet de la prescription immémoriale, sur l'incertitude de la mémoire du peuple quant aux dates exactes (''°). Cette considération me porte à croire que pour se transmettre ainsi d'âge en âge, ces faits ont dû se renouveler souvent pendant la migration.

Quant â la date du départ, cela ne pourra être mis en doute. Que durant les mois d'été et d'hiver, consacrés au repos, pendant une année unique, même plusieurs, on se fût attardé dans certaine région, on n'avait aucun motif, lorsqu'il fallait repartir, pour écarter le jour témoin du premier départ, dont le souvenir était encore vivace. Comme la première fois, on se mettait en route le 1' mars. Pour des raisons faciles â comprendre, l'arrivée sous des latitudes plus froides où le printemps était moins précoce, pot seule forcer au choix d'une autre date. La saison d'hiver était trop rude pour voyager avec femmes et enfants ; la marche était fortement entravée par l'état du sol et la nourriture du bétail était rare. Un exemple nous est fourni par l'exode, déjà mentionné (p. 312), des Helvétiens, reculé jusqu'au 28 mars. Pourquoi pas au commencement du mois suivant? Le caractère intentionnel de ce fait est trop évident pour que Ion essaie de le méconnaître : l'entrée en campagne

(io«) L. 2a de prob. (22«â), L. 2 J 8 de aq. (39-3).

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