‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 162 sur 215 · U. COUSBRYATION DE LA TRADITION · texte numérisé non relu

U. COUSBRYATION DE LA TRADITION

doit avoir lieu en mars, au mois guerrier. On se tenait rigoureusement à cet usage antique ; la dérogation que Ton se permit, en supposant que l'on eût encore souvenir de la coutume, consista à substituer, pour le départ, la fin du mois au commencement.

Les habitants de THelvétie, c.<-â-d. les Celtes, connaissaient donc encore, à l'époque de César, la signification du mois de mars, plus de quinze siècles après l'événement qui l'avait fixée. Bien plus tard, il en fut de même pour les Germains. Ce qui l'atteste, c'est le Champ de mars des Francs, le Campus martius des Romains, où la revue de l'armée avait lieu, en mars. Si l'on songe combien la saison était peu favorable, il ne pourra être douteux que l'attachement aux institutions héritées des ancêtres peut seul avoir dicté ce choix. Par le motif précisément qu'elle ne concordait pas avec les conditions climatériques, Pépin recula la réunion jusqu'en mai, et Charlemagne la retarda fin» d'une fois jusqu'en été ('°*). Chez les Lombards, comme chez les Romains, le premier mars est un jour commémoratif : toutes les lois de Liutprand et de ses successeurs sont datées du premier de ce mois('®*). On ne saurait se méprendre ni sur le caractère intentionnel du choix de ce jour, puisque cette date est consacrée par une institution permanente, ni sur la réminiscence du temps primitif. Le premier mars, jour du départ des Aryas, l'autorité {imperium) du chef de l'armée était entrée en vigueur; l'investiture s'était renouvelée tous les ans à la même date — s'il est exact de supposer que l'élection ne conférait qu'un pouvoir annuel; — c'était le jour anniversaire de la royauté.

A l'égard d'un peuple qui avait pour le culte des morts

('•*) ScHRÔDBR. Deutsche Bechtsgeschichte, p. 145. (»•>) SchrSdbr, ibid.

une aussi haute yénération que les Aryas, il n'est pas nécessaire de prouver qu'à chaque déplacement, pendant la migration, on disait adieu aux tombeaux des individus décédés dans l'intervalle, en y célébrant un dernier sacrifice funéraire. Quelle que fût la durée du séjour accompli, on avait inévitablement perdu des êtres chers, et il est inadmissible qu'avant de partir, les parents pussent s'abstenir de ce dernier hommage. Plus tard, la stabilité de la demeure dispensa de ce devoir que vinrent remplacer les feralUs. Ici encore, la continuité de la tradition ne peut être Tobjet du moindre doute.

11 semblerait qu'on ne peut en dire autant de l'adieu aux parents, aux voisins et au pays occasionné par l'abandon de la patrie, et que l'on croit retrouver dans les fêtes des caristia et des terminalia, La migration ne se prétait point au renouvellement de pareilles cérémonies, car le peuple entier se mettait en mouvement, sans laisser personne en arrière, dont on dût prendre congé. La séparation de la seconde patrie (Livre Y) a cependant fait exception à cette règle; des fractions du peuple ont abandonné alors la tribu qui restait en place. Et qui nous dit que le même fait ne s'est pas reproduit plus souvent? Supposons qu'après quelques dix ans de marche, on eût trouvé une résidence satisfaisant à tous les besoins, pourquoi aller plus loin? On s'arrêtait et on demeurait tant que le sol pourvoyait à la subsistance. Avec l'accroissement de la population, devait cependant survenir un moment où le sol était enfin épuisé. Que faire alors? Ce que l'on fit lors de la première émigration : les jeunes et les forts se seront mis en route; les vieux, les faibles, les infirmes seront restés. C'est ce qui arriva lors des expéditions des Normands et de la campagne des Celtes dont TiTE-LiVB (V. 34) fait mention ; les uns partirent,

(»•») /* (BellovesM) guod ejui ex populU abundabat... eœdvit.

Page 1