‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 167 sur 215 · III. LBGBNDB DBS HIRPINIENS · texte numérisé non relu

III. LBGBNDB DBS HIRPINIENS

allaita. Leur aptitude pour le rôle qui leur incomba plus tard, ne pouvait être mieux établie qu'en leur faisant sucer la nature du loup avec le lait de leur mère nourricière. La tradition qui attribue à un guide doué des facultés du loup la conduite primitive du peuple, produisit plus tard la confusion du nom avec la chose. Entendues en ce sens, c.-à-d. rapportées au guide désigné comme loup, les parolas de Paul ('**) peuvent être littéralement maintenues : cum enim ducem tecutiagros occupavere. De cette manière seulement la action de la louve nourricière apparaît sous son vrai jour, et se rattache ainsi au passé commun des Romains et de tous les Indo-européens. Chez les Romains, comme chez les Hirpiniens et les Lombards, le rôle attribué au loup est distinct, mais chez les uns comme chez les autres, c'est toujours d'un loup qu'il est question dès l'origine; seul l'emploi que les Romains font du loup leur est propre, aussi bien que celui des Hirpiniens et des Lombards, mais chez tous, le loup de l'époque primitive forme le point de départ.

Outre le loup, la légende nomme encore comme guide un autre animal. C'est le pic, qui, d'après la tradition des Picentes, a guidé l'émigration des ancêtres, en se posant sur leur drapeau("^). Ici encore l'explication linguistique du récit (pic^us, Pic^entes) est évidente. En réalité, les i'i^;^;^/^^ pouvaient devoir leur nom à leur caractère ethnique.

(»•») PaST. Bpit., p. 106. IrpinU

('*•) Pest. Epit., p. 212. Pteenaregio» Strabon, V, 4-2, p. 240. L'assertion de ScHWKOLEB 1. c, que dans le ver sacrum on emportait comme guide un pic, est aussi peu fondée que celle qui attribue ce rôle au loup ; dans les relations des sources, ces deux animaux n^apparaissent que comme léi^endaires. Je voudrais bien savoir du reste comment Tentend cet auteur. Si i*on emporte les animaux liés, ils ne conduisent plus ; s'ils sont Ubres, ç*en sera bientôt &it de leur suite, et puis que devenir lorsque tous deux prendront des directions opposées ?

348 LIVRE III. — DÉPART DBS ARTAS.

qai les signale en effet comme c circonspects, prudents, rus«5s •(*••).

Mais lo pic conducteur n'est cependant pas entièrement inventé, je crois avoir trouvé pour cette légende, comme pour celle du loup, un point d'appui réel datant du temps primitif; c'est Yoiseau migrateur qui a effectivement servi de guide comme je le montrerai plus loin. Sans une pareille attache, le mythe du pic ne se serait pas plus formé chez les Picentes que celui du loup chez les Hirpiniens ; le nom du peuple n'a été, dans les deux cas, que le rappel d'un fait du passé.

Dans la légende hirpinienne, nous rencontrons encore un autre élément qui nous ramène également, à mon sens, à l'époque primitive. Ce sont les exta^ les parties nobles de ranimai sacrifié : le cœur, les poumons, le foie, les reins. Comme j'espère l'établir plus tard, ils servaient, à l'origine, à s'assurer de la salubrité de la région. Ici encore donc la légende n'a fait qu'utiliser une donnée ancienne.

Tous les éléments sans exception dont elle fait mention peuvent par conséquent être mis en rapport avec des faits ou des institutions de l'époque primitive. Les divers détails qu'elle relève sont primordiaux, mais dans la tradition qui les lui conserva, la corrélation originaire s'était évanouie peu à peu et à sa place l'imagination populaire avait refait l'histoire à sa façon et reflétait une image qui n'avait plus la moindre ressemblance avec le premier aspect des choses. Chez les individus, lorsque la mémoire commence à s'affaiblir

(SU) Pie-€nte8 comme pic-uSf du sanscr. tpak = épier, d*où rallemand moyen : spacke = sage, encore conservé dans le mot spàhen (guetter), speehl (pic), en italien : spiare, d^où espion etc. Le pic est Toiseau qui s'interrompt à tout moment pour regarder autour du tronc d'arbre qu'il frappe. YANibzBK, II p. 11'74. Le même nom fut porté pnr le premier roi du Latium, érigé en Dieu de la prophétie. La signiâcation donnée ci-deflstts ne peut donc soufiTrir le moindre doute.

Page 1