II. ORGANISATION MILITAIRE
tion et volonté; c'est de part et d'autre la transition de Texistence naïve à l'état réfléchi.
La langue latine a pour désigner V armée deux expressions : exercitus et classis; d'après les Romains ("'), la première est nouvelle, la seconde archaïque. Toutes deux sont le reflet de leur époque, leur étymologie est exclusive de toute autre. A considérer sa composition, exercitus^ c'est la troupe sortant de la forteresse [ex arctf] ('*'), or la forteresse avec la ville qui Teutoure ne date que de l'établissement à poste fixe ; ni Tune ni l'autre ne se concilient avec les fréquents déplacements de la migration. Pendant les longs arrêts, on se sera assuré contre les surprises de l'ennemi en fortifiant le camp au moyen de remparts et de fossés, ou, à la manière des Aryas, en établissant des lieux de retraite sur les hauteurs (p. 106). Le terme classis nous figure grammaticalement l'armée convoquée verbalement [calare), et nou;5 ferons bien de suivre l'indication de l'étvmologie.
Le caractère concluant de cet argument grammatical est confirmé par une série d'autres. D'abord et avant tout, par la circonstance que ce mode originaire de convocation s'est conservé chez les pontifes jusque bien avant dans la période historique, tandis que l'autorité civile l'a remplacé par les clairons militaires dès leur apparition. Comme partout, le clergé ne suivit pas ce progrès, il s'en tint à la manière antique et traditionnelle. Aussi les réunions convoquées par lui recevaient-elles le nom de comitia calata. Il ne faut pas se figurer que cette façon d'agir fût dès l'origine exclusivement religieuse et que le pouvoir séculier usât d'autres moyens; l'époque primitive, qui ne connaissait pas le travail des métaux (p. 37 s.), ne pouvait procéder autrement, et
(>*^) Fbstus, Epit., p. 56 : classes clypeatas antiqui dixerutU quos nxjnc BXBRCiTUS voeamus.
(518) V. aussi VaniSzek 1. c, I, p. 55.
outre le témoignage qu'en donne classis, la langue en conserve deux autres: classicu$[^*^) et classicum. Classieux, dans son sens postérieur, signifie celui : qui lituo cornuve canit (Varron de L.-L., V, 91), et classicum^ le signal. Si rage antique n'avait point les clairons militaires, les ordres, même dans la bataille, ne pouvaient être transmis que par des cris, et tel était encore, d'après l'Iliade, l'état des' choses dans les combats devant Troie. Or pour se faire entendre il fallait une voix puissante et portant loin, ce qui explique qu'Homère vante celui qui « crie fort dans le combat. > Tel qui convenait comme chef, ne possédait pas cette qualité, tandis que la nature l'accordait généreusement à tel autre qui sans cela n'eût été, peut-être, bon à rien. J'en conclus que probablement les anciens classici n'étaient pas choisis uniquement pour convoquer l'armée, mais aussi pour lui transmettre au milieu de la bataille les commandements du chef; leurs voix rendaient ainsi le même service que les instruments des classici de l'époque postérieure.
J'ai dit plus haut que les pontifes ont conservé l'antique
(s<9j L'expression elassicus se rencontrait encore, dans l'ancien temps, avec une autre application, à savoir les témoins testamentaires. Fest. Epi t., p. 56 : classici testes dicebantur^ qui Hgnandis testamentis adhibebantur. Cela s'explique d'après la forme primitive de la confection du testament dans rassemblée da peuple; VexpTession classicus indique que daos le testament le témoin représente le peuple (classis), ce qui ressort égale» ment du nombre cinq des témoins, répondant aux cinq classes do cens. Notre expression moderne : témoin classique, nous reporte donc, d'après son origine* linguistique, au calarede Tépoque primitive ; tous ces termes indiquent la manière originelle d'appeler ; si on les a maintenus, même après que linguistiquement ils n'étaient plus exacts, cela est un phënomène qui dans l'histoire de la langue est d'une fréquence extraordinaire ; à Hambourg certains auxiliaires du magistrat s'appellent encore aujourd'hui : reitende dtener^ gardes à cheval, bien que depuis longtemps ils ne soient plus montés.