IV. LES FBMMBS
même motif (**•), ce qui suflSrait déjà pour repousser la conjecture de RossBACH, qui rattache cet usage à la € timidité de la jeune fille » que Thomme doit d'abord vaincre. Dans les cérémonies matrimoniales, le rapt apparent de la fiancée est donc figuratif d'une réalité de l'époque primitive, résultant du manque de femmes, lequel provient à son tour de l'exposition des filles. Cette coutume barbare est donc le premier degré d'une série ininterrompue de causes; à son défaut, il est entièrement impossible de comprendre pourquoi on aurait dû chercher femme chez un peuple étranger au lieu de se marier dans sa propre tribu. Sans compter que l'homme était certainement plus attiré vers la fille de sa tribu, parlant la même langue que lui, ayant les mêmes mœurs, les mêmes idées et lui apportant par sa parenté un appui précieux, que vers une étrangère, toute la communauté avait deux motifs majeurs pour s'opposer à d'autres alliances. D'abord l'intérêt de la conservation de la pureté du sang et ensuite la considération de l'avenir des femmes du pays.
Chaque étrangère privait une romaine du lit nuptial. Ainsi s'explique l'aversion de l'époque postérieure contre de pareilles unions, et la sanction juridique qu'elle lui donna dans la nécessité du connubium : elles sont reconnues, mais non comme mariages romains, et il en découlait les conséquences les plus importantes, tant en droit public qu'en droit privé. Le connubium était une barrière matrimoniale contre le dehors, il avait pour les femmes du pays le même effet qu'un impôt protecteur ou plutôt un droit prohibitif en faveur du produit national, — le droit qui frappait l'introduction d'une femme étrangère était trop élevé pour qu'un homme sensé le payât. Mais le connubium prouve en même temps
^3 4 6j a Un6 expUcation mythique du mariage romain et des usages dçB noces romaines, un mythe étiologique n, Schw£Glbb, Bôm* Oesch,, I| p. 468.
que les femmes ne faisaient plus défaut, et ce fait à son tour atteste que la source d'où il provint au temps de la migration — l'exposition des filles — était sinon entièrement tarie, par suite de la disparition de sa nécessité, suite de rétablissement à poste fixe, du moins réduite à des proportions inofiensives. Ce ne fut que dans le cérémonial des noces qu'une réminiscence du rapt de l'époque primitive se maintint ; on le conserva comme forme pure — en l'amplifiant même dans l'exécution — comme dans tant de cas ou, en pratique, l'usage du temps primitif a fait place à un autre. Le rapt apparent de la fiancée appartient à la classe des formes résiduelles, dont nous avons déjà vu tant d'exemples, et que nous rencontrerons encore souvent dans le cours de cet ouvrage. — En l'établissant, on n*eut pas une intention déterminée, à savoir celle de symboliser la puissance de Thomme sur la femme ; ce n'était qu'une épave historique d'une époque où la pénurie des femmes faisait de leur rapt une nécessité.
A ma thèse, qui attribue la cause du rapt des femmes aux circonstances de la migration, on opposera peut-être qu'on le rencontre également chez d'autres peuples ayant toujours vécu à poste fixe. Cette objection disparait lorsque l'on remarque que, dans les civilisations inférieures, l'usage d'exposer les filles est très répandu, et que pour parer au mal qui en était la suite, le rapt des femmes devenait un remède nécessaire. Seulement, il ne faut pas confondre, dans cette question, la femme et Xesclave. Ce qu'il s'agit d'expliquer, ce n'est pas le rapt en général — il n'a pas besoin d'explication — mais la préférence étrange accordée à l'étrangère au détriment de la fille du pays; la rareté de celle-ci peut seule éclaircir ce phénomène.
Le manque de femmes nous a amenés à parler d'elles; je saisis l'occasion pour intercaler ici ce qui est nécessaire. Il y a trois points que je dois signaler, et qui ont le rapport le plus étroit avec le but de la migration.