II. DEGRÉ DE CIVILISATION
rattachent leur connaissance à cet égard au peuple soumis des Acvifij lesquels, d*après le Rigveda, c en semant des grains avec la charrue ont donné beaucoup de bonheur au peuple aryen (*'), » et cela est confirmé par la circonstance que Texpression employée dans le Rigveda : vrka (loup c.-à-d. l'animal sauvage, déchirant la terre) ne se retrouve dans aucune des langues filles. Mais la circonstance que l'expression servant à désigner la charrue est commune à tontes les langues filles ('•), montre que les Indo-européens ont appris à connaître la charrue à une époque où ils ne s'étaient pas encore séparés les uns des autres. Ils se servaient pour la désigner de l'expression servant dans la langue mère à désigner la rame; l'idée qui les guidait, c'est que comme la rame divise leau, la charrue divise la terre. A côté de cette expression, on rencontre encore chez les Slaves et les Germains plugii, pliuges, pflug, ce qui doit être l'expression au moyen de laquelle le peuple dont ils ont appris l'agriculture désignait lui-même la charrue.
De même que la langue de l'Aryas ne possède point d'expression pour désigner la charrue, de même elle n'en possède aucune pour désigner l'automne ; en fait de saisons elle ne distingue que Tété [sama)[^'') et l'hiver [himà).
C) Heinrich Zimmbr, Altindisches Zeben, Berlin, 1879, p. 235.
(**) Grec dpôrpoy, lat. arairum, nord ancien aror, celte (irland.) arathar Btplaum orcUi (pour la charrue à deux roues avec soc en fer qui n'a apparu que plus tard dans les Gaules- Hehn loc. cit., p. 457).
('^) Haut allem. anc. sumar^ haut allem. moyen sumer^ allem. moderne iùmmer ; de hima: lat. hiems, grec ^sifji^ojy; pour le printemps et l'automne il n'y a point d'attache dans la langue mère. L'Aryas comptait d'après l'été et l'hiver, ce qui se conserva chez plus d'un des peuples fils. Après l'apparition de l'agricultare seulement s'ajouta l'automne [çarad) et plus tard encore d'autres saisons jusqu'au nombre de 5 et même de 6. L'influence des rapports dimatériques du nouvel habitat du peuple se manifeste ici très clairement. V. sur tout cela Zimmbb, ioc cit , p. 371, s.
L'automne n'a aucune importance pour les pâtres, rien ne pouvait les porter à distinguer cette saison des autres, puisqu'elle ne leur apporte rien de particulier. Sous les climats chauds, où le bétail hiverne à Tair libre, aucune saison n'a en général, quant à ses occupations, une importance prépondérante; elles sont toutes égales. Mais elles ne le sont point pour le cultivateur; il connaît deux saisons tranquilles, sans occupations : l'été et l'hiver, et deux saisons de travail : le printemps et l'automne, le temps des semailles et celui de la récolte. L'apparition de la désignation linguistique pour l'automne est un signe certain de l'apparition de l'agriculture, son absence chez un peuple à langage perfectionné, comme le peuple aryen, est une attestation certaine de son existence de pâtre. L'automne est le temps de la prospérité, de la joie et des fêtes, un peuple qui le connaît possède aussi pour le dénommer un mot spécial. Les expressions servant à désigner l'automne dans les langues indo-européennes ne datent, leur diversité l'atteste, que du temps qui a suivi la séparation des peuples (*').
Je rapporterai plus tard (§ 39] à l'occasion du sacrifice votif du ver sacrum^ une autre preuve en faveur de l'assertion que les Aryas ne connaissaient point l'agriculture; l'offrande n'avait pour objet que du bétail. Si l'agriculture avait été connue des Aryas, ces sacrifices auraient dû s'étendre aux fruits des champs qui partout où la terre est cultivée, apparaissent comme objets de sacrifices non sanglants à côté des sacrifices sanglants d'animaux.
(^*) Lltaliote empruntait rexpression pour automne à Tidëa de satiété {autumnus de la raeine sanscrite av = se rassasier. Vaniczbk, Qriech» UU. etymolog* Wôrterbuch, I, 67, II, 1235), le Germain à celle de récolter, de cueillir (Herbst, d'une racine hard ou carp perdue en germanique, lat. earpere, grec y.oLoitlç fruit). Kluqb, Stym. Wàrterbuchf p. 133).