Le peuple père était un peuple de patres
y. Il importe d'abord de signaler ici la désignation de la terre par le mot ajras. L'expression dérive de la racine aj = mener ; ajras nous représente donc la terre sur laquelle on mène quelque chose (le bétail) : le pacage du bétail (en allem. treiben). De cette signification de mener dans le sens agricole est provenue plus tard la signification plus large désignant toute espèce d'activité. L'expression allemande : was ^reibsô du '^ de même que l'expression latine : quid agis? nous ramènent par leur origine historique à la vie pastorale des temps primitifs. C'est dans la conduite des troupeaux que la notion de l'activité s'est pour la première fois présentée à la conscience de l'homme — le proverbe allemand : Wie mans treibty so gehts (on récolte ce qu'on a semé) est des plus significatifs à cet égard, il ne pouvait se former que par application au bétail.
Dans iypoç et ager^ ajras s'est élargi jusqu'à signifier champ en général^ tandis que dans les langues germaniques il en est provenu le champ soumis à la charrue (allem. aeker, haut allem. anc. acchar^ goth. akrs etc.), preuve non équivoque que le passage de la vie pastorale à l'agriculture ne s'est opéré qu'à l'époque qui a suivi la séparation du peuple fils et du peuple père.
Les pâtures étaient communes, l'époque primitive ne connaissait point la propriété privée du sol(''), la terre appartenait à la communauté. Les Germains et les Slaves ont longtemps encore maintenu cette institution, même lorsqu'ils s'adonnèrent à l'agriculture, tandis que la légende romaine attribue l'introduction de la propriété privée sur
('*) n suffit de renvoyer à TouTrage connu de de Lâvbletb, De la propriété et de ses formes primitives, 1874. (Adaptation allemande de K. BâCHSB : Da9 Ureiçenthum^ 1879).
les terres labourées à Romulus, qui donna à chaque citoyen un Aeredmm (= une propriété ; hères dans le langage primitif signifiait propriétaire ; il a encore ce sens dans la les Aquilia). Pour les pâtures, la propriété commune s'est maintenue même chez les Romains pendant des siècles {offcr publiais = populiy par opposition à ager privatus = privi ; de là aussi proprietas = quod pro privo est) ; de même chez les Germains et les Slaves ; il ne peut donc y avoir le moindre doute que les pâtures du peuple père ne fussent communes. La réunion des troupeaux de propriétaires différents sur une seule et même pâture est impraticable si l'on ne prend soin d'en distinguer lapropriété. Chezles Romains cela se faisait parla marque des troupeaux [signare] ; chaque tête de bétail était marquée au feu, du signe de la communauté de pacage et de celui de son propriétaire (*°). Cette pratique non seulement excluait entièrement l'incertitude du rapport de propriété causée par la fuite du bétail — toute personne qui le trouvait savait d'où il était, il portait le sceau de sa provenance — mais encore elle diminuait le danger du vol du bétail — le sceau disait à toute personne à laquelle la bête était présentée en vente : volée chez tel ou tel, gardez-vous de Tacheter. Sans elle, deux institutions juridiques, la reven-
ez) Notfim inurere Yibo. Georg, III, 158: continuoque notas (marques da propriétaire) et nomina gentis (marques du pacage commun) inurunt. Pour les moutons, les chèyres dont la marque aurait étë recouverte par la laine ou les poils, on faisait des marques en couleur. Ainsi s*explique Gâius, IV, n . . . ex grege vel una ovis aut capra in jus adducebatur vel ettam pUtu inde sumebatur. Par pilus il ne faut pas entendre une touffe quelconque de laine on de poil. Elle n*aurait eu aucune force probante pour la concession des vindiciae qui devait se faire tout au début ; il faut entendre par là la partie sur laquelle se trouvait la marque en couleur du propriétaire et que l'on pouvait couper, sans qu'il fût nécessaire d'amener Tanimal devant le tribunal. Pour les animaux dont la marque était imprimée au feu on ne pouTsit échapper à la production devant le tribunal.