‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 200 sur 215 · V. EXPERTS · texte numérisé non relu

V. EXPERTS

conclusions pour les buts de Témigration ; dans la deuxième seulement, lorsque Tancienne valeur réelle ou pratique de ces signes eut entièrement disparu par l'abandon de la yîe nomade, ont apparu les auspices dans le sens romain ultérieur, c.-à-d. les signes qui annoncent le consentement ou la défaveur des dieux.

La science des antiquités, tant moderne que romaine, ignore complètement cette distinction de deux périodes, elle confond le caractère religieux du régime des auspices avec sa physionomie originelle. Et cependant, ces formes anciennes devaient, à mon sens, inspirer bien des doutes, car elles révèlent des particularités si surprenantes que l'on se demande avec étonnement comment les Romains ont pu les admettre. On comprend que pour eux les phénomènes célestes aient pu figurer parmi les auspices [coelestia auspicia) et que les oiseaux fussent des messagers de la divinité [signa ex avibns)y mais l'idée de demander à l'état des viscères de la victime du sacrifice [signa ex extis)^ et à la façon de manger des poulets [signa ex tripudiis)^ les décrets célestes, est si aventureuse que toute tentative de la rattacher à une conception religieuse doit paraître sans espoir. Les dieux se cachant dans le ventre d'un bœuf ou le bec des poulets pour répondre aux questions de l'homme — peut-il y avoir une conception plus grotesque? et pourquoi ces deux formes? On avait déjà les oiseaux comme messagers divins, sans compter les éclairs et le tonnerre ; pourquoi ajouter les bœufs et les poulets? De ces trois auspices, un seul aurait parfaitement sufiS, et en effet dans les campagnes militaires du temps postérieur, les poulets seuls, que chaque armée romaine conduisait avec elle en même temps que leur gardien officiel {pullaHus), satisfaisaient à tous les besoins.

Et puis la nuié — la première heure après minuit — pour l'observation du vol des oiseaux ! On ne saurait concevoir un moment moins favorable, et l'on aurait pu attendre au moins le jour. La science des antiquités ne répond pas à ces

questions ; elle n'explique pas davantage la pluralité des auspices, le problème n'est pas même pose et elle se contente de constater le fait sans s'inquiéter du pourquoi ("').

Tel est l'objet des explications qui suivent et je crois pouvoir invoquer une fois de plus les circonstances de la migration. Je résume le résultat de mes recherches en cette proposition: les auspices doivent leur origine à des buU pratiques, absolument profanes, la pensée religieuse en était d'abord complètement absente ; comme dans tant d'institutions de répoque primitive elle n'a apparu que plus tard, après que l'établissement à poste fixe leur eût enlevé leur portée pratique originelle. Par cette évolution, les auspices ont non seulement reçu une autre signification^ mais aussi une physionomie adaptée aux circonstances postérieures, mais qui laisse cependant transparaître leur forme et leur sens primitifs.

Les auspices a l'époque de la migration.

Je commence par le servare de coelo du magistrat romain. Â cet effet il faut, après que la place a été délimitée par l'augure au moyen du lituus [templum)^ ériger une tente [labernaculum) placée sur un échafaudage de lances et de pieux, au moyen de planches, de toiles et de cuir et ouverte d'un côté. Pourquoi cette tente, et pourquoi chaque fois reconstruite à nouveau; pourquoi ne pas la laisser debout? C'est latente du général de l'époque migratoire, de l'intérieur de laquelle il observe le ciel; pendant la marche, elle est constamment démontée et replacée. La construction et la démolition sans cesse renouvelée nous représentent la migration.

('^') Même Mommsen dans son r&mtsehes Slaaisrechi, I, p. 1 s., sans parler de Marquardt dans Bekkbr. AlterthUmer^ II. 8, p. 68 n., IV, p. 848 s. dont on ne pouvait attendre qa*ii se posât la question du pourquoi.

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