‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 206 sur 215 · V. EXPERTS · texte numérisé non relu

V. EXPERTS

suivie par les oiseaux, une expérience acquise — il fallait ici des techniciens et à ce titre ils avaient qualité d'augures. AU'Spex, tout le monde peut Tétre, au-gur^ le spécialiste seul; le magistrat ne peut faire la descriptio reçionum^ pour cela il fallait Taugure. La fonction originelle de ces experts était donc, comme celles des pontifes, purement technique, l*un et l'autre n'avaient rien de commun avec la religion; chez tous deux il s agissait de mathématiques appliquées, d'art de mesurer et de dessiner, chez les pontifes de la mensuration de la largeur du fleuve, de la profondeur et de la dimension correspondante du pont, chez les augures de la représentation du ciel comme base du tracé du vol des oiseaux.

De cette manière la descriptio regionum trouve une explication pleinement satisfaisante, tandis qu'autrement elle est absolument inintelligible. Qui donc, pour observer uniquement les oiseaux, va s'aviser de diviser minutieusement le ciel en quatre secteurs orientés d'après les points cardinaux? Ce serait tout à fait absurde. Il est donc impossible que l'examen du vol ait eu cette simple origine. On a voulu reconnaître avec une exactitude mathématique, la direction suivie par les oiseaux. Prenant pour base le but indiqué ci-dessus, à savoir que les oiseaux de passage indiquaient le chemin au peuple émigrant, des observations faites selon les règles de l'art et leur fixation s'en suivaient nécessaire* ment.

L'oiseau montrant le chemin à l'armée. Il figure comme tel, ainsi que nous l'avons déjà mentionné à la p. 347, d'après la légende, sous la forme du pic, et je crois avoir donné ainsi la preuve positive de mon opinion. Comme guide pendant la marche, le premier oiseau venu ne pouvait servir; il fallait Toiseau migrateur, et il n'était besoin de celui-ci que pour le but indiqué, pour renseigner le peuple émigrant sur les défilés des montagnes et le cours des grands fleuves, bref pour lui montrer les routes terrestres et fluviales. On corn-

prend ainsi qu'à l'époque de l'établissement à poste fixe, où les services pratiques de l'oiseau de passage avaient disparu, on prît le pic pour représenter cette fonction originaire, car étjmologiquement il est celui qui épie, qui indique; il n'y avait pas d'oiseau mieux doué à cet effet. Le guide est devenu le dieu Picus, le prophète, et ce don de prophétie, le Germain l'attribue également à la pie. Comme le picus de la légende, c'est un reste de la migration des Indo-européens, du temps où l'oiseau montrait encore au peuple le chemin qu'il devait suivre.

Mes recherches surl'origine historique des auspices romains sont terminées. A mes jeux, le point de vue de la migration s'est vérifié d'un bout à l'autre et a répandu une lumière éclatante sur une partie complètement obscure des antiquités romaines. Il a fourni une explication satisfaisante de tous les phénomènes énumérés ci-dessus (p. 411), du régime romain des auspices, sur lesquels l'opinion courante nous laissait sans aucun renseignement, en leur attribuant une origine religieuse : la nuit — la tente du général — la règle que réclair, toujours considéré comme le signe le plus favorable, formait un obstacle à la réunion du peuple — les trois auspices, qui défient toute tentative de les rattacher à une idée religieuse : les signa pedestridj ex extis^ ex tripudiis — enfin, et surtout, la pluralité des auspices qui s'offraient au choix, alors qu'un seul aurait parfaitement sufiS. Insoutenable au point de vue de l'opinion courante, cette pluralité apparaît à la lumière des motifs que j'ai fait valoir, non seulement comme parfaitement intelligible, mais comme franchement nécessaire : les oiseaux ne pouvaient remplacer les bétes de boucherie et les poulets, ni réciproquement; chacun de ces animaux avait sa destination spéciale qui ne souffrait aucune suppléance. De même, les raisons que j*ai fait valoir pour l'établissement d'experts spéciaux, chargés d'examiner le vol des oiseaux restent sans réplique, tandis que l'on peut toujours demander aux adversaires : pourquoi

Page 1