‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 208 sur 215 · V. EXPERTS · texte numérisé non relu

V. EXPERTS

fécîaux, le pont de bois pour les pontifes, Texécution capitale à l'aide de la flagellation par le pontifex maximus^ la forme orale de la convocation des comitia calata et de la publication du calendrier — soit sous une forme modifiée, adaptée aux circonstances nouvelles, — le sacrifice humain des argei et le régime des auspices. Toutes ces institutions du passé, à l'exception de la visite domiciliaire exclusivement du ressort du droit privé, ont pris un caractère religieux ; si le même phénomène se représente donc pour les auspices, cela est si naturel, qu*au contraire nous devrions être étonnés si la transformation de ce qui était originairement profane en chose religieuse s'était démentie en ce seul point. Ici précisément la situation se prêtait particulièrement à pareille évolution, car il s'agissait précisément d'un but auquel il était tout indiqué de rattacher l'idée religieuse : la prévision de l'avenir. Ce n'était plus la nature qui renseignait l'homme sur ce qu'il avait à faire et à omettre, c'était la divinité même, dans sa prescience.

L'existence des augures a eu, à mon sens, une influence particulière sur le développement ultérieur des auspices romains, et tout d'abord sur la transformation de l'institution profane en institution religieuse. Il n'y a là qu'un nouvel exemple du phénomène déjà signalé pour les féciaux et les pontifes. Les attributions données de toute antiquité à ces fonctionnaires étaient aux yeux du peuple consacrées par leur âge même, c.-à-d. religiosum dans la langue des Romains, un noli me tangere. Et ce nimbe sacré s'étendait à tous ceux qui participaient à ces charges; les techniciens du début, les pontifes et les augures devinrent des théologiens, des autorités sacerdotales. L'extension extérieure de l'activité professionnelle des augures trouve également son pendant dans celle des pontifes. Chargés d'abord d'une mission toute spéciale, l'observation du vol des oiseaux, répoque postérieure leur reconnaît l'aptitude exclusive d'interpréter tous les autres présages dont la signification

originelle, comme celle du vol des oiseaux, s'était perdue depuis rétablissement à poste fixe. Au sens étroit du terme auspicium fut alors substituée une signification large comprenant les signes de tous genres. L'écart entre l'ancien augure et le nouveau est tout aussi grand que la différence qui sépare le pontifex primitif de celui de la floraison de Rome ; mais ni Tun ni l'autre n'usurpaient leur position et leur influence, le développement normal de leur activité professionnelle les leur assura de lui-même.

Pour que les présages de la migration pussent être conservés après une installation définitive, ils devaient être adaptés par les augures aux circonstances nouvelles et cela ne peut être perdu de vue lorsque Ton veut apprécier mon opinion. Comme seul exemple je citerai la transmission à tous les auspices du tahernaculum et de la fixation de la nuit, conditions du servare de coelo. Mieux que tout autre, il établira combien il serait erroné de puiser dans la physionomie des auspices postérieurs un argument contre ma reconstruction du régime des signes à l'époque primitive. L'extension des deux conditions de cet acte aux autres auspices est ici de la dernière évidence.

Je termine mes recherches sur l'organisation romaine des auspices par cette proposition: pour la comprendre, il faut la mettre en relation avec les circonstances et les fins de la migration, et Ton arrive ainsi à reconnaître qu'elle n'est qu'un résidu d'une institution réaliste servant exclusivement à des buts pratiques à V origine.

S'il m'est permis d'inviter maintenant le lecteur à jeter encore un regard rétrospectif sur tout ce que j'ai dit dans ce livre et dans le précédent, il aura la conviction que j'ai mis à l'abri de tout doute la conservation, dans les anciennes institutions de Rome, d'un grand nombre de choses de l'époque de la migration. Je nourris lespoir qu'un point de vue qui s'est montré si fécond pour moi, nouveau venu dans le domaine des antiquités romaines, donnera une ample moisson aux spécialistes.

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