LES EFFETS MORAUX DE LA MIGRATION
[Fraffment].
LL Comment l'Indo-européen est-il sorti de l'Aryas? Telle est la question que doivent résoudre les recherches qui suivent. Autre il quitta la patrie, autre il apparaît sur le sol de l'Europe, à l'époque où il figure pour la première fois dans l'histoire. A la vérité il n'est pas partout identique à lui même; le Grec est un être distinct du Romain, du Celte, du Germain, du Slave, et tous difierent entre eux. Et cependant tous, plus ou moins, conservent un trait fondamental commun qui les différencie de la manière la plus tranchée de l'Hindou descendant du même père; c'est le type de l'Européen en opposition avec celui de l'Asiatique.
Quelle est la cause de cette transformation complète ? Ce n'est point la simple durée du temps, ou, ce qui revient au même, l'expansion insensible d'un germe préexistant dans le peuple. S'il était en son pouvoir de transformer le caractère du peuple, pourquoi ce germe se serait-il développé si différemment chez rindo-européen et chez l'Hindou? A l'embryon doit donc s'être joint un autre élément qui amena cette divergence. Était-ce le sol sur lequel elle se produisit? Il est incontestable qu'il a une influence décisive sur la formation de la race. Un peuple habitant les côtes, et que la mer a voué à la navigation, devient autre par la pratique de celleci que le peuple de l'intérieur ; — un peuple vivant sous l'équateur ou au pôle nord, transporté dans la zone tempérée, ne serait plus à reconnaître après mille ans, de même que les plantes et les animaux dans semblable hypothèse. Mais nous avons déjà remarqué plus haut que la transformation del'Aryas
en Indo-européen ne peut être ramenée à ces circonstances telluriques, elles sont et ont été différentes pour les divers rameaux de la tribu indo-européenne, et cependant il y a entre elles toutes une certaine ressemblance de famille. La raison ne peut être cherchée que dans une circonstance commune à tous, et il ne reste comme telle que leur commune migration. Par elle ils ont été faits ce qu*ils devinrent: des Européens. Ce n'est point l'Europe qui a fait l'Européen ; il avait déjà ses caractéristiques lorsqu'il s'établit sur le sol occidental y et s'il a acquis son type, il le doit uniquement à l'influence persistante qu'avait exercée sur lui la période migratoire,en trempant sa force et en développant sa personnalité ; pour lui elle eut le même effet que la vie sur mer pour le marin avec lequel je viens de le comparer. La migration doit avoir duré longtemps, sans cela elle n'aurait pu produire une pareille métamorphose; plusieurs siècles, mille ans peutêtre ont passé la-dessus. Il résulte de là que nous ne devons pas admettre que la marche du peuple fils vers l'Europe ait été continue; les migrants ont dû souvent se fixer à demeure dans des régions qui leur plaisaient, et beaucoup de générations ont pu se succéder avant qu'ils se remissent en route, non pour le plaisir de voir du pays, mais parce que le sol ne suffisait plus à nourrir la population, fortement accrue dans le repos de la paix. Alors la partie excédente émigrait, comme autrefois dans la patrie primitive ; les repus restaient au pays, les affamés s'en allaient.
Ainsi se passèrent les choses dans la seconde patrie (comme je l'ai appelée plus haut). J'espère l'établir plus tard (Livre V); il n'y a pas eu moins de six saignées successives pareilles. Et cependant à cette époque le peuple connaissait déjà l'agriculture qui, même dans sa pratique la plus imparfaite, peut nourrir une population infiniment plus nombreuse que l'élève du bétail. A bien plus forte raison ces essaimements successifs doivent être admis dans la période précédente où l'on n'avait que des troupeaux. Qu'à cette époque le peuple