II. DEGRÉ DB CIVILISATION
de la morale; son premier germe et son état définitif différent immensément, mais de même que la nature a sa rendre doux ce qui était aigre, de même l'histoire a su tirer de l'égoïsme, par lequel elle a commencé partout sans exception, à mon avis, ce qui lui était diamétralement contraire : la moralité.
L'époque postérieure peut donc fort bien avoir vu dans le sacrifice funéraire un témoignage de pieux amour filial; cela n'empêche nullement que la cause orginaire, ici comme ailleurs p. ex. dans la crémation de la veuve (p. 47), a pu être autre; et elle a d4 être autre, cela résulte d'une manière irréfragable de ce que nous avons rapporté ci-dessus de la nature des relations filiales du vivant des parents. La vie est la pierre de touche de l'amour; celui qui ne résiste pas à cette épreuve et qui ne se montre qu'après la mort ne mérite pas le nom d'amour; le sacrifice funéraire des Aryas ne peut être rattaché à l'amour filial, il ne reste pour l'expliquer d'autre motif que celui que j'ai admis : la peur.
Je crois avoir ainsi réfuté la conclusion que l'opinion dominante puise dans cette institution des Aryas. Mais elle en rend possible une autre, bien plus précieuse, l'ignorance où se trouvait ce peuple du droit de la mère. Ce droit est en faveur aujourd'hui, partout on cherche à en trouver des traces; une des dernières découvertes dans cet ordre d'idées est que les Germains comme d'autres peuples, avant d'en arriver au droit du père, ont vécu quelque temps sous le régime du droit de la mère('°); récemment on est même allé jusqu'à admettre pour les Germains une période distincte du droit de la mère. Sous ce régime toute la famille se groupe autour de la mère, à elle appartiennent les enfants, le père n'a sur eux aucun droit ni aucune puissance, la parenté n'est produite que par la descendance de la même
(••) A cette opinion s'est rallié Lampricht dans sa Deutsche Qeschichtet T.I, 1890.
58 LIYRB I. — LE PEUPLE PÈRB ARYEN.
mère, la descendance du même ou d'un autre père est absolument indifiërente, bref la même situation juridique que crée l'union sexuelle extra conjugale du droit romain, dans laquelle il n'y avait point de père dans le sens lëgal. Le droit de la mère implique l'absence du mariage ; — à l'apparition de celui-ci surgit le droit du père qui dans sa forme originaire historique s'appuie aussi exclusivement sur la position du père, que le droit de la mère sur la position de la mère. Il est le maître de la maison, à lui appartiennent les enfants, et la mère elle-même est soumise à sa domination de la même manière qu'eux, toute parente provient de lui, les enfants d'un autre lit de la femme, ne sont nullement apparentés aux siens, et leurs parents non plus. Tel est l'aspect que présente le droit du père dans la législation romaine antique; plus tard seulement elle s'est élevée jusqu'à Tidée du droit des parents^ la réconciliation du droit du père et de la mère. Mère, père, parents, telles sont les phases du développement historique de la famille, tant en ce qui concerne la position des enfants vis-à-vis des parents qu'en ce qui concerne les liens de parenté.
S'il est vrai, et la chose est fort probable, que le droit de la mère ait été en vigueur chez les Arjas, il est indubitable que sa disparition devant le droit du père remonte bien au delà de l'époque de l'exode des Indo-européens. Le théâtre du droit de la mère est la maison de la femme, où les hommes entrent et sortent et où les enfants nés de relations passagères restent. Le théâtre du droit du père est la maison du mari dans laquelle la femme fait son entrée en se mariant. Telle est la forme aryenne de la conclusion du mariage. La femme n'entre pas seulement dans la maison, mais passe sous la domination du mari, et cela exclut absolument son pouvoir sur les enfants, car elle-même est soumise au mari au même titre que les enfants. A ces raisons vient encore s'ajouter le sacrifice funéraire. Le droit de la mère aurait exigé son accomplissement en rhonneur de la mère et de ses ascendants maternels;