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II. CIVILISATION DBS ARYA8 ET DES SEMITES

toujours une population. Je ne connais aucun exemple dans Thistoire de l'abandon volontaire d'une cite par ses habitants; une partie de la population surabondante a pu ëmigrer, mais le noyau principal conservait ses foyers. Aucune ville n'est tombée en ruines parce qu'elle était délaissée, mais seulement parce que le fer et le feu de l'ennemi l'ont balayée de la surface du monde, ou que la puissance des éléments, les tremblements de terre, les inondations l'ont détruite. En ce sens on peut dire : toute ville est bâtie pour réternité. Même aux plus petites cités d'aujourd'hui est réservée la destinée de la < ville éternelle ]> . Rome n'a de plus qu'elles qu'un passé plus long, la perspective d'avenir est la même. Les désastres qui menaçaient autrefois l'existence des villes appartiennent à une période terminée de l'art de la guerre.

C'est donc la ville d'abord qui fonde l'établissement définitif du peuple. Si les Germains l'avaient connue, Thistoire ne parlerait point d'émigration de tribus allemandes toutes entières, avec vieillards, femmes et enfants; mais ils ne la connaissaient point et c'est pourquoi il leur était facile de se séparer d'un sol dans lequel ils ne laissaient rien. Leurs maisons de bois étaient faites de telle manière que l'on pouvait les démonter et les charger sur des chars à boeufs. Les Grecs, les Italiotes, les Gaulois n'ont pas quitté la patrie acquise, et ils ne le pouvaient point parcequ'ils y étaient enchaînés par leurs bâtisses.

Le deuxième point que je crois devoir signaler â propos des villes, c'est leur importance pour la réalisation de la loi de la division du travail. Ce n'est que par la ville et dans la Yille que cette loi s'est historiquement manifestée, parce qu^elle seule fournit les conditions nécessaires â cet effet. Le laboureur de l'époque primitive se fabriquait lui-même tout ce dont 11 avait besoin ; ce n'est qu'insensiblement que l'industrie domestique a abandonné certaines de ses branches qui exigeaient une habileté particulière, comme le métier du

foi^eron, historiquement le premier artisan (Vulcain !). Mais l'existence qui était et est encore réservée à l'artisan à la campagne, était et est restée niisérable. Celui qui exerce un métier n'arrive à prospérer yéritablement que dans la ▼ille, où il trouve en perspective la possibilité d'un gain assuré et plus grand, avec la facilité de se procurer les ustensiles nécessaires, les outils, les matériaux, le concours du marchand et des autres travailleurs. Ceux-ci le poussent par leur concurrence à se perfectionner le plus possible, et cet aiguillon manque au laboureur. Celui-ci ne connaît ni division du travail, ni concurrence. C'est ainsi que l'artisan est nécessairement poussé vers la ville; elle est son siège né. Il en est de même du marchand, qui autrefois, à l'époque primitive, colportait ses marchandises à la campagne de l'une maison à l'autre; de lui est venu le marchand établi de la ville, le détaillant avec sa boutique, le négociant avec son magasin. L'industrie manuelle et le commerce ne cherchent plus, ils se laissent chercher; pour eux, comme pour les peuples, la ville signifie établissement à poste fixe; c'en est fini des migrations. L'expérience qu'ils acquièrent les conduit à se ramifier de plus en plus, la loi de la division du travail s'accomplit dans une proportion incessante, toujours croissante. S'élevant des choses matérielles, de l'art mécanique où elle s'est historiquement établie en premier lieu, aux choses intellectuelles, elle s'empare finalement de toutes les branches de l'activité humaine intégrale : commerce, art, science, service public.

L'Aryas ancien ne connaissait point de villes, le Germain à l'époque de Tacite non plus; c'est pourquoi tous deux n'ont point dépassé les premières étapes du progrès. Les Babyloniens et les Egyptiens eurent des villes dès l'origine des temps, de là la haute floraison de leur civilisation. C'est ainsi que nous ne pouvons avoir aucune incertitude sur les causes de l'avance considérable qu'en matière de civilisation, les Grecs, les Italiotes, les Celtes avaient sur les Ger-

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