‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 70 sur 215 · II. CIVILISATION DBS ÀRYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DBS ÀRYAS ET DES SEMITES

gante, et certes on n'exagère pas en soutenant que la pro« portion de travail accomplie par les deux peuples dans le cours de mille ans se comporte comme cent est à un. Quiconque sait ce qu'est Tactivité pour un peuple comprendra que j'attribue à la différence extraordinaire dans la tâche de l'Âryas et du Sémite une influence décisive sur leur race respective {*").

Mais les mains laborieuses seules ne suffisaient point pour l'érection de ces monuments. Les plans devaient d*abord être projetés, les proportions fixées; afin d'assurer les fondations, il fallait calculer le poids de la gigantesque charge de pierres que le sol aurait à supporter, et Texécution du plan devait être conduite et surveillée par des personnes d'expérience ; bref, à côté de l'artisan, auquel incombait le gros ouvrage, il fallait l'expert, à côté du maçon, l'architecte. Â Babjlone, la bâtisse conduit ainsi au fractionnement nécessaire de la tâche. Pour la première fois, la tête et la main se séparent, la loi de la division du travail se réalise dans une vaste mesure et l'histoire constate une distinction entre le métier et l'art.

Je commence par le métier.

Ce sont choses problématiques que je compte exposer; je ne puis apporter la preuve directe d'aucune de mes assertions, et il s'agira de voir si le poids des raisons intrinsèques peut compenser l'absence des attestations historiques positives.

Nous savons par l'ancien testament que les Juifs, pendant leur servitude en Egypte, étaient soumis â des corvées pour la bâtisse. Des surveillants étaient chargés de veiller sur leur exécution (Exode, 1-11) ; un jour sur sept était accordé au repos (Deutéronome, 5-15). Telle était l'organisation de la bâtisse chez les Egyptiens, et â mon avis, elle a été la même chez les Babyloniens.

(*'*) Je reviendrai sur oe point (§ 85-36).

Nous avons démontre plus haut (p. 123 s.) que TÉgjpte emprunta à ces derniers la construction en briques et la forme originaire de la pyramide : le temple à étages. Il faut bien reconnaître, après cela, qu'il est infiniment probable qu'elle a également importé Forganisation du travail de la bâtisse. Gomme en Egypte, les Babyloniens ont dû imposer le gros œuvre à des peuplades vaincues transportées à cet effet à Babylone. Contraintes à des corvées, contre délivrance des maigres aliments nécessaires, elles travaillaient sous la direction de surveillants. L'idée de faire peser les rudes travaux sur des étrangers, au lieu d*en charger des personnes libres et recevant un salaire, — ce qui pour d*aussi gigantesques constructions aurait pu mettre à sec le trésor le plus riche(*'*), — était trop bien indiquée pour que l'esprit pratique des Babyloniens ne s'en emparât point. Des peuplades

(*>*) Pour permettre à ceux mêmes qui sont le moins au courant de la matière de s*en faire une idée, je cite des exemples, en négligeant les autres édifices publics, et en me bornant aux murs de Babylone et aui constructions hydrauliques. Je suis l'exposé fait par Hibt, Geschichte der Baukunst bei den Alten, Berlin, 1821, T. I, p. 134 à 158. Le tour des murs extérieurs mesurait d*après Hérodote 480 stades (c-à-d. 11 à 12 milles allemands, 82 à 90 kilomètres), ils entouraient, outre la ville proprement dite, qui à son tour était entourée de murs intérieurs non moins forts, une superficie dépassant retendue de celle-ci de vingt fois environ, composée de champs fruitiers et labourés destinés à nourrir la population en cas de siège. La hauteur des murs comportait, d*après l'évaluation la plus modérée des anciens, 800 pieds, et d'après Pévaluation peut être moins exacte d*Hérodote, 200 aunes, dont Pline fait 200 pieds; quant à leur largeur, les indications varient de 32 à 100 pieds; quatre quadriges pouvaient, dit-on, y passer de front. Ajoutons à cela 250 tours, plus hautes chacnna de 10 aunes que les murs, et 100 portes d'airain. Pour lancer un pont sur rfluphrate qui séparait la ville en deux parties, avec au-dessous un tunnel reliant Tune forteresse à l'autre, on avait conduit momentanément le fleuve dans un canal artificiel qui avait en même temps la double destination de recevoir les eaux surabondantes des crues extraordinaires et de oomir deTeau aux canaux intérieurs en cas de sécheresse»

Page 1