U. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES
d'après ces langues, serait donc née de l'arpentage. Mais un étalon métrique est infiniment plus indispensable dans la bàtisse[**^). Un fonds de terre peut être cultivé, loué, yendu sans constatation préalable et exacte de sa superficie, mais un bâtiment ne peut absolument pas être exécuté sans préyision de ses mesures. Tout édifice imposait au Babylonien la nécessité d'une unité métrique; sans parler des gigantesques monuments publics, il en était ainsi même pour la construction des maisons, qui chez lui avaient trois ou quatre étages (Hérodote, I, 180) et dont la hauteur devait donc être fixée d'avance. Nous savons par les documents juridiques babyloniens qui nous sont conservés que le système métrique était également employé dans la vente de fonds de terre. Mais d'après ce qui précède il ne peut y avoir aucun doute qu'il n'y a là qu'une extension ultérieure, très explicable, d'une institution originairement dérivant du bâtiment.
L'établissement d'une mesure de longueur (^**) donnait à l'architecte, par rapport à Vespace^ la solution du problème que résolvait pour l'ouvrier bâtisseur, quant au temps^ le jour de travail et sa division; dans les deux cas c'est le bâtiment qui impose au Babylonien la nécessité de la métrologie. C'est à la construction qu'il doit la gloire d*avoir été le premier au monde à concevoir l'idée de mesurer le temps
(**^) Ce ne fat qu'en Egypte, à raison des inondations du Nil qui confondaient tous les ans les limites, que le mesurage des champs fut de toat temps inévitable, et Stbabon, 16, 2, § 24, a certes frappe juste lonqae pour TBgypte il ramène Torigine de la géométrie à cet intérêt Inutile de dire que les Babyloniens se servaient également de géomètres pour mesurer les champs. Exemples dans Oppert et Menant. Documents joridiqaes de l'Assyrie et de la Chaldée. Paris, 1877, p. 99, 13; 100,26; 102, 16; 118, 14.
('**) Indication de cette mesure avec le nom babylonien dans J. Oppert et J. Menant, 1. c, p. 347.
et Vespace. Ce que les peuples après lui ont réalisé dans cette voie n'est plus que rutilisation pratique plus exacte de l'idée qu'il a conçue le premier. D'après l'opinion dominante, ce seraient les sages Chaldéens qui auraient les premiers attaqué et résolu le problème de la mesure du temps et de l'espace. Mais ils n'ont eu d'autre mérite que d'avoir approfondi cette matière, et substitué des solutions théoriques aux procédés empiriques primitifs et à leur emploi usuel. Si les mathématiques peuvent être mises à leur compte comme science^ elles existaient longtemps avant eux comme art; le bâtiment aurait été impossible sans leur concours. Comme presque partout, le stade de la science a été précédé ici par celui de l'empirisme; ainsi que j'espère le prouver plus loin (§ 29), il en est exactement de même de l'astronomie des Chaldéens; son origine nous ramène au marin qui dans un but pratique observait le cours des astres. A l'art de mesurer que nécessite le bâtiment s'ajoute comme seconde condition imposée par liii l'art du dessin. L'architecte devait savoir tracer le plan de son projet de bâtisse, il devait savoir dessiner. Â lui s'est joint plus tard le spécialiste : le peintre qui ajouta au dessin la couleur et le relief artistique. Il nous a été conservé des œuvres de ce dernier qui trahissent un degré d'habileté assez digne de remarque (***). A l'art de peindre s'ajouta ensuite la sculpture qui fut, à ce qu'il paraît, uniquement au service de l'architecture.
Je vais envisager maintenant un aspect de l'art de bâtir qui n'a pas reçu jusqu'à ce jour toute l'attention qu'il mérite et dépasse cependant, à mes yeux, en importance tout ce que nous avons vu jusqu'ici: la relation que l'art de bâtir avait
(**^) Dans Touvrage déjà souvent cite, Hommbl donne une foule de dessins ; celui de la p. 482 mérite une mention spéciale ; il est très intéressant en ce qu'il nous donne, dans la tête qu'il reproduit, le type impossible à méconnaître du Sémite tel que nous le voyons encore de nos jours chez les Juifs.