II. CIVILISATION DES ARYA.S ET DES SEMITES
à Babylone avec la politique. Le temple à étages nous montre la bâtisse au service de la religion^ les travaux de fortification nous la présentent au service de la politique. C'est à ses murs, en somme, que Babylone a dû le plus grand bienfait dont elle a joui : la sûreté de son état politique. Pendant des milliers d'années il s'est maintenu, bravant tous les dangers, tant de l'extérieur que de l'intérieur, qui pouvaient le menacer. La pierre qui le protégeait était inexpugnable; toute attaque contre elle a rebondi impuissante.
Depuis que le monde existe, il n'y a pas eu de second exemple de fortifications urbaines pareilles à celles de Babylone. Ce n'est que dans les derniers temps qu'elles ont eu un pendant à Paris. Tout ce que l'antiquité et les temps modernes ont produit, sous ce rapport, ne peut soutenir la comparaison. Babylone était entourée de deux murs rectangulaires, dépassant en proportions toutes les mesures connues, l'un intérieur, l'autre extérieur (*"*). D'après Hérodote, le développement du mur de ceinture extérieur était de 480 stades (10 milles allemands, plus de 75 kilomètres), d'après les évaluations anciennes les plus modérées 300 stades (7 milles allemands et demi, plus de 56 kilomètres); la grande superficie qu'il entourait — nous pouvons la désigner en termes modernes comme la banlieue de la ville — était destinée à nourrir la population en cas de siège, par les fruits et les grains qui y croissaient. Les indications des anciens varient notablement quant à l'élévation des murs; même en prenant pour base la plus modérée, elle dépasserait encore tout ce que Ton a jamais vu. Il en est de même de l'épaisseur des murs. Devant ceux-ci se trouvait un fossé dont la largeur et la profondeur peuvent être mesures d'après la terre qu'il a fallu pour construire les murs. Le
(<>•) Pour les détails et rindication des sources, V. A. Hirt, Die GttckichU der Baukunst bei den AUen^ l, p. 135 s.
rempart intérieur entourait la ville proprement dite; d'après HÉRODOTE, il n'était pas beaucoup moins épais, entouré également d'un fossé dont la largeur et la profondeur étaient en proportion avec la terre extraite.
A ces fortifications de la ville s'ajoutait encore à l'est, un mur élevé contre les Mèdes, long de 15 milles allemands (environ 113 kilomètres) et haut de cent pieds, dans le genre de la muraille de la Chine.
Babylone était ainsi assurée contre l'ennemi extérieur de manière à faire taxer d'avance de folie toute idée de s'en emparer d'assaut; la hauteur de ses murs défiait toute tentative de les gravir, leur force de les renverser, voire de s'en approcher seulement, car tout assaillant aurait trouvé une mort certaine sous les projectiles et les pierres que Ton pouvait faire pleuvoir sur lui. Assez grande pour abriter, en cas d'invasion ennemie, toute la population du pays, en augmentant ainsi sans bornes le nombre de ses défenseurs, Babylone formait un camp retranché sufSsant pour d'innombrables combattants. Elle était imprenable, et n'aurait pu être vaincue que par la faim, mais on avait prévu cette éventualité ; lors du siège par Cyrus, on s'était, d'après Hérodote (I, 190), approvisionné pour € un grand nombre d'années >, et Cyrus aurait dû se retirer sans coup férir s'il ne s'était emparé de la ville du côté du fleuve à la façon décrite par le même auteur (I, 191), c.-à-d. par une surprise qui ne lui fut rendue possible que grâce à la négligence et à l'incurie à peine croyables des assiégés. Le sentiment de sécurité, la confiance inébranlable dans l'imprenabilité de la place furent la perte de la population. Le deuxième siège de la ville par Darius, après une durée d'un an et sept mois n'excitait encore que les railleries des habitants au lieu de provoquer leurs alarmes (Hérodote, III, 151); il serait également resté sanjs succès, si la trahison de Zopyre n'eût donné accès dans la ville à l'assiégeant (Hérodote, III, 152-159). Cette fois encore ce