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II. CIVILISATION DBS ARTÀS ET DBS SEMITES

B. La rut.

Dans les montagnes, l'homme n'a pas besoin de la pierre pour faire un chemin artificiel ; il suffit de niveler la route lorsque le rocher forme obstacle. Mais dans la plaine, le sol boueux ou marécageux impose dès la phase la plus infime de la civilisation la nécessité de créer des communications artificielles. La voirie a vu le jour dans la plaine et non dans la montagne, ce n'est qu'après s'être formée dans la vallée qu'elle s*est transportée dans les hauteurs.

Le premier matériel s'oSrant à l'homme pour la confection des chemins est le bois. Ce fut la première matière de sa maison, de son chemin. Dans les terrains marécageux, il alignait des troncs d'arbres ; là où le bois était plus rare, il taisait des fascines et des clajonnages. Telle fut la façon dont le Germain pendant des milliers d'années se fraya des chemins dans les forêts qui couvraient son pays, c'était sa célèbre chaussée de rondins (knilppeldanim). Il procéda de même pour les ponts sur les fleuves; ils étaient de bois. A Rome nous rencontrons encore ce pont de bois, pons sublicius, qui se conserva comme souvenir du passé jusqu'à l'époque la plus avancée (§ 49).

Faute de bois, le Babylonien employait la pierre pour faire les chemins et les ponts. Le pays marécageux qu'il habitait loi faisait une nécessité inéluctable de la construction de chaussées fermes, élevées, résistantes, praticables en toute saison, même en temps de pluie, et les c routes royales », comme on les appelait, remontent chez lui à la nuit des temps (*").

D'après Isidore (*^^), le mérite du premier emploi de

(*»•) MovBBS, Die PhOnwier, II, p. 278 ; TU, p. 182. ('*') Ibio. Orig. XV, 16, 6 : Pritnum autem Poeni dicuntur lapidibus ffiat siravisse^ poslea Romani eas per omnem pêne orbem disposueruni.

la pierre pour la construction des routes revient aux Phéniciens. Il est facile de voir comment cette opinion a pu se former chez les anciens auteurs auxquels elle est empruntée. Par rétablissement des premiers chemins dans les contrées où ils se fixèrent d'abord, les Phéniciens avaient appris aux peuples orientaux un art particulier, qui pat dès lors être considéré comme une invention phénicienne. Mais si Ton compare la constitution géologique des côtes pierreuses de la Phénicie avec celle de la Mésopotamie argileuse et humide, il ne saurait y avoir de doute sérieux sur la contrée où la nécessité de faire des routes imposée à rhomme par la nature était le plus urgente. Le Babylonien qui le premier avait utilisé la pierre pour d'autres constructions, a dû l'employer également pour les routes. Les plus anciens chemins du monde ont été faits à Babjlone et en Mésopotamie. Ce n'est qu'après, et par l'intermédiaire des Phéniciens, que les peuples de l'occident reçurent des notions de voirie. Nul ne comprit toute leur importance avec autant d'intelligence que le peuple romain (*•*). A l'intérêt commercial, auquel la route devait son origine chez les Babyloniens, s'ajoutait pour les Romains l'intérêt militaire, le chemin stratégique {via milUaris)^ et c'est à l'action combinée de ces deux facteurs qu'il faut attribuer leur supériorité sur les Babyloniens. Les ponts étaient également faits en pierre; celui sur TEuphrate, qui reliait les deux parties de la ville, nous a été décrit par les anciens(*").

(<*<) La dernière place parmi les peuples aryens est occupée sous ce rapport par les Busses ; chez eux ce n*est que dans notre siècle que Ton a construit la première chaussée (1822, entre Petersbourg et Strelna) ; dans cette matière encore se renouvelle chez eux le même phénomène que nous avons rencontré (p. 132) dans leur maison de bois : le manque d'emploi de la pierre.

(«•») V. p. 158 et HiRT, 1. c, T. I, p. 137.

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