‹ Les Indo-Européens avant l'histoireChapitre 84 sur 215 · II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES · texte numérisé non relu

II. CIVILISATION DES ARYAS ET DES SEMITES

Les deux autres applications de la pierre chez les Babyloniens n'ont pas Timportance de celles que nous venons de voir, mais je dois cependant les mentionner parce qu'elles Gomplètent le tableau de Tempire de cette matière chez ce peuple, et montrent Timmense place qu'elle occupait dans leur civilisation. Nous y retrouvons le parallèle entre le bois de l'Aryas et la pierre du Babylonien.

c. La lapidation.

Elle forme un mode d'exécution de la peine de mort particulier aux Sémites et que tout le monde connaît par l'ancien testament. Pour tuer un homme, le Sémite a recours à la pierre(**'), il le lapide. L'Aryas a recours au bois, il lie son ennemi à un poteau ou à un arbre et le frappe ou le fouette jusqu'à la mort au moyen de bâtons ou de fouets, ou bien il l'attache à une croix [*^*); le Sémite le lapide, et tous deux restent fidèles à la pierre et au bois pour l'exécution de la peine de mort.

Je crois pouvoir invoquer la lapidation pour expliquer un mode particulier de proscription usité, d'après le témoignage des juristes romains, chez les Arabes de leur temps. Ceux qui la décrétaient déposaient des pierres sur le fonds du proscrit pour indiquer que quiconque le cultiverait mourrait de mort violente (**'). Que signifiait ce dépôt de pierres?

(OS) Non seulement le Juif, mais le Carthaginois aussi, V. Pattestatloii d'HésoDOTB, I, 167, où les Carthaginois lapident tous leurs prisonniers.

(!•«) C*e8t ce qui arriva à Phraortès à Ecbatane après sa défaite par Darius.

(*") L. 9 de extraord. crimin. (47-11)... inprovine(a Ârabia oTCùTttXtçfuiv crinten appeUant, cujmm rei admissum taie est : plerique inimieorum soient praedium ininHci o^tyirsXllieiv, i» e. lapides ponere indido futures, quod si qitis eum agrum eoluisset, malo leto periturus esset insidUs eorufih 9Ui scopulùs posuissent; quae res tantam timorem habet^ ut tiemo ad eum agrum aeeedere audeat^ erudelitatem timens eorum, qui sccpelismonfeeierunt. Hane rem Praesides eœequi soient graviter usque ad poenam capitis, quia et ipsa res mortem eomminatur.

168 LIVRB II. — ARYAS BT SEMITES.

Personne que je sache, ne l'a dit jusqu'icu et néanmoins la réponse est toute indiquée : les pierres sont la menace symbolique de la lapidation^ de la peine capitale réservée à celui qui cultive le champ {res mortem minatur)^ et c'est pour cela qu'elles sont jetées sur celui-ci par tous ceux qui ont fulminé le ban [plerique inimicorum). La lapidation n'était pas l'œuvre d'un seul bourreau, mais de plusieurs^ c'était une forme de la ju^^tice populaire sémitiqae. Si ensuite la menace se réalisait autrement, ce que l'on peut admettre pour certain, cela ne contrarie nullement sa signification purement symbolique telle que je l'admets ; chacun savait à quoi servaient les pierres dans les actes de la justice populaire, selon l'antique usage des Sémites.

D. Le cercueil.

De même que durant sa vie le Babylonien demeure dans une maison de pierre, et TÂryas dans une maison de bois, le premier reçoit après sa mort, et lorsque son cadavre n'est point incinéré, ainsi qu'on le faisait sans doute pour les pauvres (auquel cas les cendres étaient mises dans une urne en terre), un cercueil de pierre fait en argile cuite (*•*). Dans les mêmes circonstances, TAryas est enseveli dans un cercueil de bois fait au moyen d'un arbre cTeusé[vrksha)[^")- L^opposition de la pierre et du bois s'étend chez les Sémites et les Aryas au delà de la vie jusque dans le tombeau.

Je résume le résultat d'ensemble de toutes les explications de ce paragraphe et des deux précédents : la brique est la pierre angulaire du monde babylonien.

(<«6) V. dans HoMMBL, 1. c, p. 2i4> le dessin d*un cercueil de pierre ETec le squelette qui y est renfermé et les Tases d*argile destinés à contenir les aliments et boissons pour le mort; p. 210, urne à cendres; p. 215. sépulture en pierre cuite.

(leT) ZiMMBR, AUMMcUi Leàen^ p. 407.

n. civilisation dbs àryas et dbs sbmitbs. § 26. 169

Page 1