Cuisson de la premiers brique. — Parallèle bntrb
la charrue et la pibrre.
XXVI. Tout ce que j'ai dit dans les paragraphes précédents de Timportance de la pierre pour le monde babylonien fut la suite de son remplacement au moyen de la brique cuite. Je considère la cuisson de la première brique — jamais peut-être envisagée au point de vue de l'histoire — comme un des faits les plus féconds en conséquences que l'homme ait jamais accomplis sur la terre, comme une invention à laquelle on ne peut en comparer aucune autre, même celle de la charrue, sous le rapport de la portée civilisatrice et politique. JusquMci la charrue a été mise au premier rang, et, sans aucun doute, son apparition fait époque dans l'histoire de l'humanité en datant la transition de la vie pastorale à l'agriculture, le plus grand progrès accompli en matière économique. D'un seul coup, elle a au moins décuplé le produit que jusque là l'homme avait arraché à la terre et cette augmentation n'a cessé de grandir avec le perfectionnement des instruments et le progrès de Tagriculture. Cela est si vrai que le champ qui autrefois était juste suffisant pour dix familles, peut aujourd'hui en nourrir des centaines. Par le surcroît d'alimentation qu'elle a arraché au sol, et le lien qu'elle a noue entre ce dernier et Thomme (p. 102, 112], la charrue a en même temps ménagé la transition de la vie nomade des temps primitifs à la vie sédentaire des peuples, ce début de toute histoire, car celle-ci ne commence qu'avec l'établissement à poste fixe.
Mais là aussi s*arrête le rôle de la charrue dans l'évolution sociale. Un écrivain agricole (**"] est allé jusqu'à
(*'*) Richard Braunqart, Dis Ackerbaugeràte in ihren praktiêchen Betiekungen toie nach ihrer urgeschichtlichen und ethnographUehen BedeU' tofl^, T. I, p. 4, Heidelberg, 1881.
lui faire un mërite de ce que c ses produits dépassant c les besoins propres du laboureur, elle a délivré une c partie de la population du travail manuel, et lui a permis c de poursuivre les ans plus hautes de l'existence humaine c en se consacrant aux occupations intellectuelles plus < élevées, aux industries, à l'art, à la science qui se dévelopc paient insensiblement ». Mais entre la simple possibilité de la civilisation et son commencement réel il y a encore un grand pas, et il est l'œuvre non du laboureur mais du citadin. Toute civilisation émane de la ville, et lui reste inhérente, car c'est dans elle seulement que se trouvent les conditions nécessaires à sa prospérité (p. 112 s.). Ville et civilisation sont si bien deux notions corrélatives que lorsqu'il s'agit des étapes du progrès, il suffit de nommer une seule cité, la capitale du pays, Babylone, Athènes, Rome, Paris, pour caractériser en général la culture de tout un peuple et par cela même son importance pour l'histoire de l'humanité. La ville dans le sens que nous lui donnons est à son tour en relation avec la pierre; celle-ci est pour elle ce que la charrue est pour l'agriculture. Son existence, et par cela même le commencement de la haute civilisation ne datent que du moment où le bâtiment a supplanté la construction en bois. Avec la pierre, débute dans Thistoire de l'humanité une nouvelle ère que nous pouvons appeler Vâge de la pierre, car elle a changé la face du monde comme rien n'a pu le faire avant ni après. La pierre marque le moment critique le plus important dans les annales humaines ; la révolution qu'elle a produite laisse bien loin derrière elle celle que fit la charrue. J'en convaincrai le lecteur en établissant un parallèle entre celle-ci et la pierre. Le premier terrain sur lequel elles doivent se mesurer est le terrain économique. A ce point de vue, la question se résume au rôle important de la charrue en matière d'alimentation. Mais celle-ci n'est pas la seule chose nécessaire à l'homme, toutes les autres reviennent au compte de la pierre,