II. CIVILISATION DBS ARYAS ET DBS SEMITBS
d'emblée tous les autres peuples, lorsqu'ils passèrent de la construction en bois à la construction en pierre. Chez tous, cette transition doit être attribuée à leur contact direct ou indirect avec les Babyloniens; direct pour les Aryas d'Asie, les Hindous et les Perses, indirect pour les Aryas d'Europe qui ont appris la construction en pierres des Phéniciens.
Pour que tout cela pût arriver, pour constituer l'histoire de la pierre à Babylone et partout ailleurs, il fallait que l'homme qui se fixa à l'époque primitive en Mésopotamie conçût ridée de faire la brique. Il y était forcé, la nature ne lui laissait point de choix. Pour demeurer dans ce pays, où il ne trouvait ni bois ni pierre, il devait chercher à les remplacer. Le moyen se trouvait à ses pieds ; il n'eut qu'à donner une forme à l'argile et à la sécher au soleil. Jusqu'à nos jours on agit de même dans les terrains marécageux le long de la mer du Nord. Le colon qui s'y établit, et auquel manquent également le bois et la pierre, bâtit sa première maison, si l'on peut appeler ainsi sa misérable hutte, de la tourbe extraite par lui-même et séchée au soleil, jusqu'à ce qu'il en soit arrivé à importer le bois et la pierre. II fallut, en Mésopotamie, que le séchage de la brique fût remplacé par la cuisson, pour que l'on eût des matériaux de construction approchant de la pierre naturelle pour la dureté et la durabilité. Le pas décisif pour le développement du bâtiment en pierre était ainsi fait pour Babylone comme pour le reste du monde, et tous les autres devaient suivre, l'un se rattachant nécessairement à l'autre. En effet II faut appeler nécessaire non seulement ce que la nature impose à l'homme, mais aussi ce que lui impose sa propre intelligence, son but. La loi de finalité a pour l'homme la même force coercitive que la loi naturelle.
Que l'on examine à ce point de vue, et pour en juger, tout ce que j'ai dit plus haut (§ 23, 24] sur le bâtiment chez les Babyloniens. Je reprends brièvement, à cette fin,
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les divers faits que j*ai mentionnés pour les étudier en ce qui concerne leur nécessite tëléologique.
1. La division du travail de la construction entre l'ouvrier et l'architecte, inutile aussi longtemps qu'il ne s'agissait que d'élever des maisons ordinaires^ s'imposait lorsque l'on construisit les temples et les fortifications de la ville.
2. La journée de travail avec toutes ses suites nécessaires : la subdivision des heures, la mesure du temps (horloge hydraulique) indispensable à cet effet et le jour de repos périodique. On peut ne pas admettre avec moi que le travail était fait par des corvéables; même s'il avait été exécuté par des travailleurs libres, les trois conditions que nous venons d'énumérer s'imposaient avec la même rigueur. Si les Babyloniens ont pris ici pour base le système duodécimal, c'est pour des considérations d'opportunité évidentes. Ce système offre plus de facilité pour la division que le système décimal, dans lequel le chiffre fondamental ne peut être divisé que par 2 et 5, tandis que douze se divise par 2, 3,4, 6.
3. Le système babylo nien des mesures de longueur. Il est indispensable à celui qui veut mesurer, comme devait le faire l'architecte. Plus que partout ailleurs, ce système devait surgir dans le bâtiment avec une nécessité inéluctable.
4. Le côté technique de la bâtisse ; Tart de mesurer, de calculer, de dessiner. L'architecte le moins instruit ne peut se passer de leur secours, il doit fixer d'avance la mesure du bâtiment, calculer le poids qu'auront à supporter les fondations et les murs, dessiner les contours de l'édifice.
5. Entre ce premier contact purement expérimental ou pratique avec les mathématiques et le maniement de leurs théories par les Chaldéens, il n'y avait qu'un pas. Sans l'impulsion et la nécessité créées par le bâtiment» ils n'auraient guère fait ce progrès, et seraient restés dans l'ignorance de la mesure scientifique du temps dont la connaissance s'imposait dès l'origine pour tous les détails de la bâtisse.