PREMIÈRE PARTIE
ENSEIGNEMENT CATHOLIQUE ET DÉGISIONS GÉNÉRALES DE L'ÉGLISE SUR LES INDULGENCES
L — Définition de l'Indulgence *.
Coulpe et peine temporelle du péché ; difTérence entre la rémission de l'une et de l'autre ; moyen d'expier les peines temporelles.
Le mot Indulgence dérive du verbe latin indulgere^ qui signifie le plus communément : traiter avec humanité, user de condescendance et de douceur, pardonner. Le mot Indulgence veut donc dire : clémence, miséricorde, pardon -.
Un prince qui brise les fers d'un sujet rebelle, un créancier
1. S. Thom., in IV Sent., dist. 20 et Quodlibet II, art. 16, et les Scolastiques dans les Commentaires sur le livre IV des Sent., dist. 19, ou 20, ou 45. — Bellarminus s. J., de Indulg. Colon., 1600. — Suarez, de Sacramentis, p. Il (éd. Venet., 17'j8, lom. Xl'X-. disp. -i8-S7. — Tueodorus a Spiritu S., Tructat. dogmat .-moralis de Indidg. Romce, 17'io. — Passerini. de Indulg., Rom.i;, 1672, — Mi.nderer, Siij'pl. Thenl. mor. Patris Elbel, de Indulg. in qenere et inspecte, necnon de Juhilaeo. Venet., 1764. — Collet, Traité hist., aogm. et vraliq. des Indulgences et du Jubilé. Paris, 1759. — Euseb. A.\roRT, de Origine, progressu, valore et fructu Indidgentiarum,. Aug-. Vind., 1735; et de Indidgentiis in getiere et specic, prxsertim de Jubilseo. Aug. Vind., 1751. — Bouvrp.R, Traité dogmatique et pratique des Indulgences, des Confréries et du Jubilé, lO'^o èd\L Paris. 1855. — Wilmers, Cours d'instruct. relig.. 4"» édit. Munsier (AschendorlF), lom. IV, § 77-80. — Deharce. Explic. du Catéch. cathoL, 4"" édit. Paderborn (Schœningh), tom. 111, p.414sqq. -;- J^coDi l.AiNEZ, Disputât. Tridenlinse, éd. Grisar. (Éniponte, 18S6, typ. Feliciani Raucli, vol. I, p. 305, et vol. II, p. 111 à 136.
2. « liidulgenlia remissionem et facilitotem, sive (ut sic loquamur) condesyn-^ionem, in Scripluris sanctis aliisque aucLoribus.... significare solet » ;Hr.LLARMiN., de Indulg., lib. I, c. i). — « (Domina-") misit. me ut... prsedicarem tai'tivis indnlnrntiam » : Is., lxi, 1 ; mais dans TÉvangile de S. Luc. (iv, 19), où Jésus-Christ cite ce passage, il est écrit: « Misit riie... praedicare captivis remissiont-m. » — CIr Theodor. a Spir. S., l. c, 1, p. 2.
Indulgences. — 1
2 I^e PART. — ENSEIGNEMENT CATHOl.. SUR LES INDULGENCES
qui remet à un dûhileur une partie de sa dette, un père qui, au i lieu de punir comme il le méiite un fils coupable venu à rési- 1 piscence, lui pardonne généreusement, font des actes de con- \ descendance ou d'indulgence. j
Dans le langage théologique, le mot Indulgence signifie la \ rémission des peines temporelles accordée par l'Église. Les \ anciens conciles et les Pères des premiers siècles pour exprimer , cette rémission se servaient aussi des mots ;jaa;, remîssio^ j donatio, condonatio ; mais plus tard, et longtemps déjà avant la '. prétendue Réforme, le mot Indulgentia était employé exclu- . sivement dans le sens spécial de rémission des peines tempo- | relies (Voyez Theodor. a Sp. S. /. c). C'est dans ce dernier sens i que le saint concile de Trente exalte les Indulgences quand il ' dit : Insigne hoc Indulgentiarum nomen » ce nom et cette chose insigne qu'on appelle les Indulgences (Sess.XXV, décret ; de Indulg.).
La définilion de l'Indulgence généralement reçue maintenant est celle-ci : V Indulgence est la rémission totale ou partielle de: peines temjiorelles dues aux péchés déjà pardonnes quant l l'offense et à la peine éternelle, rémission que V Église accorde en dehors du tribunal de la pénitence par l'application des mérites surabondants de Jésus-Christ et des saints. l
Pour mieux comprendre cette définition, il faut avant tout ] remarquer la différence qui existe entre la coulpe et la peine du j péché. I
Selon l'enseignement catholique, tout péché, le péché véniel ! aussi bien que le péché mortel, produit dans l'àme deux effets % désastreux: la «coulpe» [reatus culpœ) el la « peine « {i^eatus û pœnœ). La coulpe ou l'offense est l'injure faite à Dieu. Cette in- -î jure, quand il s'agit du péché mortel va jusqu'à séparer entière- | ment l'àme d'avec son Créateur ; c'est une rupture complète, un || état d'inimitié: le péché grave en effet rompt les liens de la charilé et de l'amitié qui unissaient laine à Dieu par la grâce sanctifiante. La peinte ou le châtiment encouru dans ce cas est la réprobation éternelle, la mort éternelle, la damnation en enfer.
Quand il s'agit du péché véniel, la coulpe ou l'offense ne va pas jusqu'à produire une séparation entière avec Dieu. Car le péché véniel n'enlève pas la grâce sanctifiante; il ne fait qu'ébranler et troubler la parfaite amitié avec Dieu. Aussi ne raérile-t il pas