‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 15 sur 396 · II. l'indulgence n'est pas la rémission du péché U · texte numérisé non relu

II. l'indulgence n'est pas la rémission du péché U

obtenir la rémission des peines temporelles [Baccolta p. xii ), Même quand il s'agit de la faute vénielle, les peines temporelles qu'elle a méritées ne sauraient être remises par l'Indulgence, avant que cette faute n'ait été regrettée et pardonnée. C'est pour ce motif que les Indulgences partielles ne sont accordées qu'aux fidèles qui sont au moins contrits de cœur. — Tels ont été partout et toujours l'enseignement et la pratique de l'Église catholique. Si parfois, dans la concession des Indulgences, elle emploie les termes « rémission des péchés », le mot pe'c/ie signifie ici, comme dans plusieurs endroits de la sainte Écriture, la peine du péché^ . Nous en avons la preuve dans les documents mêmes où ces expressions sont employées, puisqu'ils prescrivent comme condition nécessaire pour gagner l'Indulgence une humble confession, et celle-ci, on le sait, remet la coulpe et la peine éternelle du péché.

Saint Bernard, écrivant au nom du pape Eugène III au clergé et au peuple de l'Allemagne, pour les exciter à prendre part à la croisade, en leur promettant l'Indulgence papale, dit : « Prenez la croix, et vous obtiendrez indulgence pour tous les péchés que vous aurez confessés d'un cœur contrit » {Epist. 363, al, 32 ). — Au concile de Constance, le pape Martin V voulut que l'on posât la question suivante à celui qu'on soupçonnait coupable de l'hérésie de Wiclef : « Croyez-vous que le Pape, pour un motif pieux et légitime, a le pouvoir d'accorder des Indulgences pour la rémission des péchés aux fidèles qui se sont confessés d'un cœur contrit ? ». Il est évident qu'ici, où la coulpe et la peine éternelle du péché ont déjà été remises par une humble confession, le mot Indulgence ne pouvait signifier autre chose que la rémission des peines temporelles. Il faut en dire autant de ces rescrits où il est dit que telle ou telle Indulgence remet les péchés en partie ou en totalité : le mot péché s'entend, non de la coulpe, mais de la peine temporelle dont le péché rend nécessairement redevable envers la justice divine. D'ailleurs, la rémission du péché n'est parfaite que lorsque la peine temporelle qu'il mérite est remise. Il est donc certain qu'en accordant une In-

1. Les expressions a péché, conlpe 't>,peccatuin, culpa, sont aussi employées pour désigner la peine du péché, ou Vexpiatiori du péché. Elles ont celte si- Kiiitication dans plusieurs endroits de la sainte Ecriture, p. ex., II Machab.,.Mi, 46; II Cor., v, 21. Déjà saint Augustin, dans son livre Contra duas Epistolas PelayianorunnWb. III, c. vi. n. 16), fait observer que l'expression peccaluma plusieurs significations dans les Livres saints : « Isti non intelligentes, et caiumniandi cupiditite cœcati, qiiam diversis modis peccati nornen in SciHptwissanctisponisoleat, ignorantes. ..i> — Dans le commentaire sur la bulle de Boniface Vlll, Antiquorum habet, du 22 février 1300, publiant un jubilé, il est dit expressément : Peccatorum, id est, pœnarum pro peccatis debitarum (Extravagantes Joannis XXII. Paris, 1561, p. 363).

12 !'■« PART. — FA'SF.IONr.MENT rATIIOL. StTR LES INDULf.F.XCEa

dulgencc aux fidèles, on sui)posait toujours de leur part, comme condilion préalable, un vôrilable regret tU une luinil)l(^ confession de leurs péchés. Jamais les Papes n'ont autorisé personne à publier des Indulgences dans un autre sens.

S'il y avait des Indulgences a culpa et a pœna, accordant tout à la fois la rémission de la coiilpe et de la peine, il faudrait, dit le P. Wilmers {Cours d'inst. religieuses^ l. c, p. 724), rapporter au sacrement de pénitence ce qui est dit de la coulpe, et supposer que par là il est fait allusion au pouvoir plus étendu dont jouissent les prêtres qui absolvent des péchés réservés; ou bien, comme l'expliquent BelJarminet Suarez, cette formule a culpa et a pœna niiuque que le pardon des péchés par le sacrement de pénitence est une condition présupposée pour que la rémission de la peine puisse avoir lieu.

Au reste, le cardinal de Cusa, légat du Pape en Allemagne, affirma hautement, dans un synode provincial tenu à Magdebourg, que jamais le Siège apostolique n'accordait d'Indulgence avec la formule a culpa et a pœna. Selon le sentiment de Benoît XIV, cette formule doit être attribuée à ces quêteurs ou collecteurs qui, avant le concile de Trente, allaient recueillir des aumônes en puiiliant des Indulgences. Ilujusmodi dicendi formula, dit ce Pape, trihuitur prœteritorum sceculorum quœstoribus, quos licet affirmare veros fuisse anctores tempeslatinn quas Ecclesia propter Indulgentiarum causam perpessa est. Clemens V Pontifex {in Clementin. 2, de Pœnit. et Remiss.), loquens de ejus^nodi quœstoribus deque public ationihus Indulgentiarum, qiiœ pcr ipsos fiebant., eos dicit solitos ficisse hac formula uti « a pœna et a culpa », ut eorum verbis utamur : quo satis ostendit Pontifex, incongruum omniiio fuisse hujusmodi dicendi modum {De Synod. diœc, lib. XIII, c. xviii, n. 7).

Dans le Magnum Chronicon Delgicum (voy. Pistorius-Struve, Rer^imGerm. vèteres scriptores, 111, 414), ouvrage intéressant au point de vue de la pratique des Indulgences avant la Réforme, on lit : Revm. in Christo Pater Piicolaus, tituli S. Pétri ad Vincula presbyter cai^dinalis, per Alemanyiiam legatus (il est question du cardinal Nicolas de Cusa)... o»in/?)//.s-, qui in suce Legationis terminis habitabanl, vere contritis et eonfcssix vonressit jubiLeum, i. e.,vlenam omnium pecculoruui remissioncni, non autem a pœna et culpa, quia, ut ipse ins//nodo pi'ovinciaii, nobis audientibus Magdeburgi per ipsum celebrata, dicebat : Sedes ApostoUca ttub his verbis « a pœna et a culpa » Indulgentias nunquam dare consuevit.

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