Canon 13. Voyez Hardoulv, I.p
V. PR.VTlQtr DE l/l^i'iflSF, DANS I.F.S DIFFÉRENTS SIECLES 33
qu'il ne s'agissait pas seulement d'une rémission des peines canoniques, mais d'une véritable rémission de la peine temporelle dont le péché nous rend redevables envers la justice divine, par conséquent de l'Indulgence proprement dite.
3* L'exercice de ce pouvoir continua dans la suite. — A partir du huitième siècle cependant, la concession des Indulgences prit une forme différente : l'Église consentit à changer les anciennes pénitences rigoureuses en pénitences moins sévères, en prières, jeûnes et aumônes. Car comme les évêques, à qui il appartenait toujours de régler la dispense de ces peines canoniques, ne pouvaient plus, à cause de l'extension des diocèses, la surveiller dans le détail, on fut amené insensiblement à fixer des règles plus générales, changeant les peines canoniques en d'autn-s bonnes œuvres plus faciles à remplir ou les remettant complètement. C'est ainsi qu'on s'acheminait vers les Indulgences gyimr'jla^ comme nous les trouvons dans la suite.
Au dixième siècle, on ajouta souvent à ces bonnes œuvres, plus faciles à remplir, la flagellation, les pèlerinages, les contribiUionis pour la construction des églises ou d'autres édifices publics, et l'on y attacha la grâce do l'Indulgence.
A la fin du siècle suivant (1093) commencèrent les croisades. L'Église eut en singulière estime la participation directe ou indirecte à la conquête de la Terre Sainte. Elle voulut en donner u)ie preuve en accordant aux croisés et à ceux qui les favorisaient la rémission de toutes les peines temporelles, c'est-àdire, une Indulgence pléniêre.
Dans la suite, la même faveur pouvait être obtenue par tous ceux qui aidaient à combattre un ennemi menaçant de l'Église. Bientôt, des Indulgences furent également accordées à l'occasion de la dédicace des églises, des canonisations et d'autres solennités religieuses.
Les jubilés, commencés à Rome en 1300, offrirent une nouvelle occasion d'accorder des Indulgences ; et depuis cette époque, ces faveurs spirituelles furent attachées à un grand nombre de sanctuaires et d'autels, à la récitation du saint rosaire et à beaucoup d'autres pratiques pieuses, comme d'accompagner le T. S. Sacrement auprès d'un malade, d'entendre la parole de Dieu, etc.
Disons enfin que depuis très longtemps, mais notamment depuis le neuvième siècle de l'ère chrétienne, les Indulgences
^NDULGENCES. — 3
furent étendues aux âmes du purgatoire par voie de suffrage *.
Quoique l'usagedes Indulgences existât de tout temps dans l'Eglise catholique romaine, il n'était pas néanmoins aussi fréquent qu'il lefut plus tard et surtout de nos jours. N'en soyons pas surpris. Car l'Église, en ce qui a été laissé h sa libre disposition, et qui n'est pas nécessaire au salut des âmes, avant d'élargir ou de restreindre le cercle de ses concessions et de ses grùces, interroge les besoins des lidèles et l'opportunité du temps et des circonstances ; puis, dans sa sage providence, elle augmente ou diminue ses bienfaits. Or, dans les premiers siècles du christianisme, la foi était beaucoup plus vive dans les âmes ; le sang de Jésus-Christ, dont les fidèles de cette époque s'abreuvaient chaque jour, les animait d'une sainte ardeur, qui les rendait capables de tout faire et de tout souffrir pour Dieu. Ils ne sollicitaient alors aucun adoucissement, et souhaitaient plutôt venger sur eux-mêmes, par les peines canoniques, tout J'outrage qu'ils avaient fait à la divine Majesté par leurs péchés. L'Église n'ignorait pas le pouvoir qu'elle avait, alors comme aujourd'hui, de donner grâce et Indulgence ; mais elle tenait à maintenir, autant que possible, la sévérité de la discipline. Les Indulgences étaient donc moins nécessaires dans ces temps de foi et de ferveur.
Maintenant, et depuis des siècles, l'usage des pénitences publiques est tombé en désuétude et on ne pratique presque plus les austérités d'autrefois, quoiqu'on ne se rende pas moins coupable envers Dieu. L'Église a donc été amenée à ouvrir plus largement aux fidèles le trésor des Indulgences. C'est la pensée qu'exprimait déjà excellemment le P. Lainez {Disput. Trident., éd. Grisar II, 119). Ce grand théologien termine son enseignement sur cette matière en disant : « Comme aujourd'hui les fidèles, relâchés dans leur ferveur, reculent malheureusement devant la pénitence, il faudrait l'abolir, complètement et désespérer de leur salut, ou bien il faut que l'Église leur vienne en aide par les Indulgences ; c'est pourquoi je suis d'avis que de nos jours il suffit d'un motif moindre que dans les siècles précédents pour accorder une Indulgence plénière ».
C'est ainsi que dans la suite des siècles on vit varier la forme extérieure des Indulgences et les motifs pour lesquels elles furent accordées ; mais elles ne changèrent pas quant à leur essence. Car il est certain que l'Eglise catholique, dans tous les temps, s'est crue en possession du pouvoir de remettre, hors du sacrement de pénitence, et cela d'une manière valable devant Dieu, les peines temporelles dues au péché; et il est également certain qu'elle a exercé ce pouvoir souvent et de différentes ma-
1 . Poui plus amples détails sur la question des Indulgences dan> les difTérent^ fièrles jusqu'à notre époque, voyez p. ex. P. Theod. a Sp. S. de Indu'o. (lise. tM'oofw. § III-V; et Grœne, Vlndulg., etc. Ratisbonne, Manz, § l'i-1?>