‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 27 sur 396 · IV. PUATIQUE DE L EGLISE DANS LES DIFFÉRENTS SIÈCLES · texte numérisé non relu

IV. PUATIQUE DE L EGLISE DANS LES DIFFÉRENTS SIÈCLES

nières. (Jr, ce que 1 Église a toujours fait, dans une clio.e si unportante au point de vue du salut des âmes, elle l'a fait, comme dit le concile de Trente, au passage cité ci-dessus (p. 281, en vertu dupouvoirreçu de Dieu et de Jésus-Christ, Que si l'Eglife, en s'accommodant aux besoins des fidèles et à l'opportunité du temps et des circonstances, s'est montrée d'abord plus réservée dans la concession des Indulgences qu'elle ne le fut plus tard ; si maintenant elle accorde quelquefois, même pour des œuvres qui paraissent petite* *, de grandes Indulgences pour lesquelles on exicreait autrefois des peines très sévères, il n'en est pas moins vrai que « cette épouse sainte et infaillible du Christ, dont elle tient la place, ne perdit jamais de vue la satisfaction qui est due à la justice divine. Elle appliquait les satisfactions du Christ et des saints aux fidèles, à qui elle remettait par l'Indulgence les peines temporelles. Car de même qu'elle croyait toujours au dogme de la communion des saints, elle a cru aussi de tout temps avoir été chargée par Dieu d'administrer le trésor spirituel amassé par les saints » (Deharbe, Explic. du Cat., t. III, p. 425).

Cependant, avant le xiv° siècle de l'ère chrétienne, les Indulgences plénières étaient encore une rareté. Saint Thomas d'Aquin (f 1274) ne mentionne que l'Indulgence plénière accordée aux croisés

1. Le P. Lainez, à l'endroit cité un peu plus haut (II. 111-117), répond à la question qui lui fut proposée au nom du Pape Pie IV, savoir : <• Quel motif doit être regardé comme assez important pour autoriser la coticess ou d"une Indulgence plénière? » Entre autres choses, il fait observer qu il faut avoir égard aux circonstances du temps ; car la même chose peut être plus utile à telle époque qu'à telle autre; il ajoute, en outre, qu'il ne faut pas s-ulement considérer la bonne œuvre qui sera prescrite pour ga.cner l'Indulgence, mais aussi et surtout le bien qui y est attaché et qui en résulte. 11 cite ylors quelques exemples tirés de .Thisloire, et conclut, en disant : « Li réforme intérieure et la paix de l'Eglise sont également un motif important da'corder une Indulgence plénière, parce qu'elles contribuent beaucoup à la gloire de Dieu et au bien de l'Eglise. Kn conséquence, tout ce qui favorise efficacement celle réforme, suffit pour accjrderune Indulgence ; par exemple, le fréquent usage des sacrements de pénitence et d'Euchiristie, 1; zèle pour la prié e et li mortification, de pieux et longs pèlerinaees... Que dis-je ? des chose"! petites en elles-mêmes, m lis unies à des choses importantes ou ayanides rapports avec elles, peuvent suffir;; par exempf^, la visite de la basilique de Saint-Pierre dans l'année du jubilé, la récep ion di la bénédiction papale à P.iques; car bien que ces actions soient pou pénibles en ellesmêmes, ceux qui les font professent par là publiquement l'unité dî l'É lise sous un seul pasteur, le Vicaire de Jésus-Cjirist, et camm) c Ite uniié resserre le lien de la charité et de l'obéissan o, elle procure h plus grande trloire de Dieu et le plus grand bien de l'Église : c'est poiiri]uoi on leur accorde à bon droit une indulgence plénière » (Cfr ihid. p. 131 sqq.^.

;U) ]'• PAIVl . — F.NSEIGNI:MKNT CATHuK. SUU I.KS INDULGENCF-S

{Quodl. II. art. 10;. La plus g^rande Induliîi'nce partiello dont il parle (IV Sent., dist. 20, (|. 1, art. '^) est de sept ans ; il dit que le Pape, dans un temps de t/râces (lénèralcs {in ficiicralibus nbsnliilionibus) accorda cin(| années d'lndult;ence à ceux (jui venaient à Rome par nier, trois années à ceux qui venaient d'au delà dos monts, un an seulement aux autreâ ; que, pour la visite d'une église, il donne quelquefois une Indulgence de quarante jours ; que le pape Innocent IV, accorda dix jours d'Indulgence aux lidèles qui priaient pour le roi de France. Et néanmoins le saint docteur dit au même endroit que c'est un usage général dans l'Eglise d'attacher des Indulgences aux iiéierinages et aux aumônes Dans la suite, de grandes Indulgences partielles, et même des Indulgences plénières, furent accordées plus souvent, et, lorscjue la gloire de Dieu ou le bien de l'Eglise semblait demander une plus riche application des satisfactions de Jésus-Christ et des saints, les Papes se contentèrent de demander aux lidèles des œuvres pieuses moins considérables. Ils agissaient ainsi, parce que le foiidement principal des Indulgences se trouve dans le trésor de l'Eglise, et non dans les œuvres qu'on a coutume de prescrire pour les gagner. Ceci nous explique aussi pourquoi la pratique des Pontifes a varié dans les dillérents siècles de l'ère chrétienne. Saint Thomas s'exprime là-dessus très clairement (IV Sent., dist. 20, q. 1, art. 3, sol 2) : « Tout motif, dit il. qui contribue au bien de l'Eglise et à la gloire de Dieu, suffit pour ai'corder des Indulgences », et il ajoute : >' de cette manière, les portes de la miséricorde divine ne sont nullement ouvertes trop largement, comnie quelques-uns le prétendent, et aucun tort n'est fait à la justice divine, puisqu'on réalité on ne relâche rien des châtiments mérités, mais qu'on attribue seulement aux uns les satisfactions faites par les autres », comme nous l'avons expliqué plus haut (p. 21 et suivantes).

Le pape Léon X, dans ses Dccrétales « Per prcesenfes » adressées au cardinal Cajélan, alors légat apostolique en Alienuigne, résume en quelques mots clairs et concis la tradition de l'Église sur les Indulgences :

« Par les présentes lettres, nous croyons devoir vous informer que 'Eglise romaine, à qui toutes les autres doivent obéissance, garde fidèlement la tradition d'après laquelle le Pontife romain, porteclefs et successeur de Pierre et vicaire de Jésus-Christ, possèile le pouvoir des clefs (|ui ouvrent le ciel ; il peut donc lever les obstacles qui empêchent les lidèles d'y entrer, savoir: la coulpe et la peine des péchés actuels; la coulpe, il l'elïace par le sacrement de réconciliilion ; la peine, par le ujoyen des Indulgences. Par conséquent en vertu de ce pouvoir des clefs et pour de justes motifs, il i)eut accorder des Indulgences aux lidèles unis à Jésus-Christ par le lion ilo la

1. Voyez P. Theod. a 3p. S., part. I, p. 96, et les Mélanges théologiques, 11,

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