‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 36 sur 396 · VII. EFFETS DES INDULG. — ELLES CONTRIB. A FAIRE LE BIEN · texte numérisé non relu

VII. EFFETS DES INDULG. — ELLES CONTRIB. A FAIRE LE BIEN

et enlève par là le dernier obstacle qui, après la rémission de nos péchés, nous sépare encore de Dieu et du ciel; car celui qui^ à l'article de la mort, ou bien dans le purg-atoire obtient, dans toute son efficacité, la faveur d'une Indulgence plénière voit immédiatement les portes du ciel s'ouvrir devant lui. Ne devrions-nous donc pas estimer hautement et regarder comme une grande grâce les Indulgences qui nous préservent des souffrances rigoureuses du purgatoire et qui nous introduisent plus vite dans la gloire éternelle ?

2. Outre cet effet essentiel et immédiat, les Indulgences en produisent encore d'autres bien précieux, d'une manière indirecte ; car c'est un fait qu'elles contribuent efficacement à faire le bien, et cela de plusieurs manières. Et d'abord elles nous animent à faire pénitence et à changer de vie, puisque sans cela elles ne peuvent pas être gagnées. Par l'Indulgence plénière, l'Église promet sûrement au plus grand pécheur un bien extrêmement précieux, savoir : la rémission de toutes les peines temporelles et son entrée prochaine au ciel ; mais pour qu'il obtienne ce bien, elle exige de sa part, comme condition indispensable, un cœur vraiment contrit et une sincère conversion. Par là, elle réussit très souvent à réveiller de leur torpeur les chrétiens les plus tièdes et les plus négligents et à leur inspirer du courage pour la pratique de la vertu. C'est donc une folie, ou une méchante calomnie, d'affirmer que les Indulgences accordées par l'Église ne sont que la permission de pécher impunément, qu'elles ouvrent la porte au relâchement, nous empêchent de mener une vie de pénitence, etc. ^.

remettre à ceux qui les gagnent réellement la peine dont ils sont redevables à la justice divine pour leurs péchés actuels ». Léon X, dans sa Bulle « £"0!surge Domine » a condamné cette proposition.

1. Bien souvent les protestants ont affirmé que la doctrine touchant les Indulgences et leur usage ruine les bonnes mœurs et rend les âmes légères et présomptueuses. C'est le contraire qui est vrai ; car jusqu'à présent nous avons toujours constaté que les fidèles qui veulent sérieusement gagner les Indulgences sont plus fervents et plus '•onsciencieux que tous les autres.

Quant aux suites fâcheuses que les idées fausses sur les Indulgences et leur abus ont eues quelquefois parmi le peuple, dans les temps antérieurs, elles nous paraîtront bipn peu de chose et s'évanouiront complètement, si nous les comparons aux effets désastreux pi oduits sur les mœurs du xvi" siècle par l'enr-eignement déraisonnable et aniichrétien de Lutiifr, et spécialement par -on fameux principe : « que la foi sulfit pour se saliver ». En effet, la plupart des écrivains de ce temps là signalent av( c di.ulT:);r le relâchement occasionné par la nouvelle doctrine delà Reforme. Luther lui-même s'en plaiol dans plus d'un endroit de ses écrits : « Depuis que notre doctrine est prechée^

Indulgences. — 4

5U I''^ PART. — ENSKU;XKMi:\r CATIIOI.. SUU F.F.S INDCLCENCRy

Nous avons vu plus haut (p. 11) (ju'imi ;iiicun temps l'Ei^lise n'a entciuiu accorder dlfidiil^^iMices sinon aux li.h'los vraiment contrits et pénitents, et (|iie les Swuverains Pontifes n'ont jamais ciiarj^é personne d'en pul)lier dans un autre sens. Il est donc certain que l'Indulgence, (pielle qu'elle soit, ne s'obtient point sans esprit de pénitence, et sans une vie et des mœurs chrétiennes. En etTet, l'Indulgence, nous l'avons dit, ne remet ni les péchés, ni les peines de l'enfer; mais uniquement la peine temporelle non encore expiée. Or, celte peine ne peut-être remise qu'aux pécheurs déjà réconciliés a\ec Dieu. Aussi longtemps que le pécheur vivra dans la disgrâce divine, il n'y aura point d'Indulgence pour lui, le Seigneur ne remettant jamais la peine du péché, tant que le péché subsiste, et que la tache ou la coulpe n'est point etïacée ^. Comment donc l'Indulgence qui, selon cette doctrine, formellement exprimée dans les bulles apostoliques, ne peut être obtenue que par un cœur vraiment contrit et pénitent : rej'e pœnitentibus et confessifi, rere contrilis'-... par un cœur ami de Dieu et orné de sa grâce, comment anéantiraitelle la pénitence, et ouvrirait-elle la porte au relâchement? Comment serait-elle la permission d'outrager Dieu impunément, elle ([ui suppose la destruction du péché dans les âmes, elle qui, suivant le mot de Bourdaloue, engage à ce qu'il y a da^is la religion de plus difficile, de plus héroïque et de plus grand, qui est une vraie conversion ? 3.

dit-il, le monde devient toujours plus mé :hant, plus impie, plus impudent et les hommes sont plus avares, plus impudiques qu'ils ne l'étaient sous le papisme. On ne voit partout qu'avarice, intempérance, ivrognerie, fornication, désordres honteux ol p:is>ions abominables ». ClV Dollivger, La Réforme {tome I, p. 167, ^\o, 274, 289, '297 et 306). « Parce qu'ils se voient délivrés des liens et des cordes du papisme, ils veulent aussi s'affranchir de l'Évangile et de tous les commandements de Dieu, et doréuavaiit rien n'est bon, rien n'est juste que ce qui est conforme à leurs pLisirs et à leurs fantaisies. On dirait que notre Allemagne est possédée du diable depuis que la grande lumière de l'Evangile s'est levée sur elle. La jeunesse est effrontée et sauvage; elle ne veut plus ^^e laisser élever. La vieillesse est souillée par 1 avarice, l'usure et beaucoup d'autres péchés » (Luther, Explic de l'Eimn(]. de S Jean ; Walch XIV, p. 16'») Cfr. Janssen, Histoire du Peuple Allemand, tom. 111. p. 6o-67.

1. Nulli potest dimitti pœna, nisi eux jam dimissa est culpa (S. Tiiom.. in IF Sent., di-t. 20, q. I, art. 5, sol. i.)

2. Saint Thomas dit à l'endroit que nous venons de cûer -Min omnibus Inihilgentiis fit mentio de vere cnntritis et confessis ». Par cette e.xpi-ession vere pœnitentibus et confessis, qui parut dms la première bulle de jubilé (/:",rtravaç) commun, lib. 5, lit. 9. c. 1. Antiquvum) et qui est employée ordinairement à l'occasion du jubilé, et en général dans ta concession d' ^ne Indulgence plénière, il faut enteu'lre confessio actualis. C'est la doctrine de Benoit XI V (Const Inter prneleritos du 3 déc. lTt9, S? 7). Cependant il y a aussi quelqu'^s Indulgences pléiiières pi)ur lespielles la cotifossion n'est pas requise; ainsi, par exemple, pour gagner l'Indulgence du Chemin de la croix, il suffit d'être en étal de grâce.

3. Le célèbre prédicateur montre très clairement en cet endroit même qu > c'est plutôt dans les principes dos hérétiques et dans leurs dogmes scandaleux que l'on découvre le relâchement visible, et rnônae ranéantissement total de la

vu. LES INDUL. ANIMENT A LA PRAT. DES BONNES OEUVRES 51

Ce n'est pas tout. La participation aux Indulgences, et surtoi aux Indulgences plénières, exige non seuletnont une vraie con i version, mais encore le fidèle accomplissement de certaines! œuvres de piété, de charité, de mortification, et presque toujours ' la confession et la communion. Or, je le demande, sont-ce là des œuvres faites pour introduire le relâchement et le désordre ? Clément VI n'en jugeait pas ainsi, lorsqu'il disait dans la bulle du jubilé de l'an 1350 : « Nous accordons ces Indulgences afin' que la piélé du peuple romain et de tous les fidèles grandisse, que leur foi brille d'un nouvel éclat, que leur espérance devienne plus ferme, leur charité plus vive et plus ardente ». Ces mêmes paroles trouvent leur écho dans presque toutes les bulles qui annoncent un jubilé dans la suite des siècles, et les nombreuses conversions qui accompagnent toujours ces temps de grâces, attestent que les paroles des Souverains Pontifes ne sont pas un désir sans effet.

Au commencement du xvn* siècle, Bellarmin disait: « Cette année du jubilé produit de si grands fruits de pénitence, tant d'itisignes contersions, des œuvres de piété si nombre U!<e.'i et si belles, qu'on peut à bon droit L'appeler l'année sainte, agréable à Dieu^ l'année fertile et féconde ». 11 cite ailleurs un livret où l'on décrivait en détail les œuvres insignes et presque innombrables de piété opérées durant le jubilé célébré sous Grégoire XIII.

Le cardinal Wiseman, non moins distingué par sa science que par ses vertus, parlant comme témoin oculaire des fruits produits à Rome par le jubilé de Léon XII : « Je voudrais, dit-il, que vous eussiez vu. les confessionnaux assiégés et les autels entourés de cette multitude qui se pressait à la. table sainte. Je voudrais que vous eussiez été témoins des restitutions opérées, de la conversion de péclteur^ endurcis, et vous comprendriez alors pourquoi hommes et femmes entreprennent ce pèlerinage pénible : et vous diriez si le caractère d'une telle institution est l Indulgence accordée au crime, la facilité donnée au, péché ». (Cf. Wisemann. Die vornehnisten Lehren und Gebrduche der Kathol. Kirche, Katisbonne 1847, \2'' i conférence). ;

L'incrédulité même s'est vue contrainte de reconnaître et de con-; fesser l'elficacité des Indulgences pour le maintien et l'augmentation 1 (le la foi et de la vertu. D'Alemberl se plaignait du jubilé de 1773, i

f>ér]itence. — En effet on reconnaît sans peine qu'une religionqui abolit la con-| les?ion, supprime toute l'austérité de la satislaction, décrie la macération du' corps, l'ait cesser l'obligation du jeûne, et dépouille ainsi la pénitence de toutes les œuvres humiliantes, laborieuses et pénibles, ne peut pas être la reliL;iun lie relui qui a dit : « Le royaume des cieux soufl're violence, et les violents ssuls le ravissent ». Malth. XI, 12.

52 ire PART. — ENSEIGNF.MENT CATIIO!.. SUR LRS IXni'I.r.F.Nr.F.S

(jiii avait, selon lui, retardé la Rèvolalioii de vingt ans. — Encore un jubilé pareil, avait dit Voltaire, et c'en est fait de la philosophie.

Loin donc de favoriser l'abandon des œuvres et des vertus chrctiennes, la grâce de l'Indulgence ne fait, au contraire, que les encourager et exciter la ferveur, la dévotion et le zèle des peuples.

Nous l'expérimentons chaque jour ; car jamais nous ne faisons plus d'efforts sur nous-mêmes, jamais nous ne luttons avec plus d'énergie contrôla pente de nos habitudes vicieuses, et n'évitons les rechutes avec plus de soin ; jamais, en un mot, nous no formons avec plus de ferveur le dessein d'une vie nouvelle que quand nous nous disposons à gagner une Indulgence plénière.

Remarquons enfin que lorsque les Vicaires de Jésus-Christ accordent des Indulgences, il ne les accordent que pour des fins pieuses., tendant toutes à la gloire de Dieu et au salut des âmes. Il s'agira, par exemple, de contribuer à la propagation de la foi au-delà des mers, dans les pays barbares, de concourir à l'œuvre si touchante et si sainte du baptême des petits Chinois et des petits Indiens, d'obtenir la conversion des pécheurs par la médiation du Cœur immaculé de Marie, d'engager les fidèles à s'enrôler dans les confréries du Sacré-Cœur de Jésus, du Saint-Sacrement, ou dans les congrégations de la Sainte Vierge, de favoriser les pieux pèlerinages, la fréquentation des sacrements, de soulager plus efficacement les pauvres âmes du purgatoirei, etc., etc.. Certes, si l'Eglise, par la dispensation des Indulgences, obtient ces heureux résultats, ne faut -il pas la bénir, bénir les Indulgences, et proclamer avec les Pères du concile de Trente, que /eur usage est des plus fructueux pour le peuple chrétien ?

1. La plupart des Indulgences accordées actuellement par les Souverains Pontifes sont applicables aux àines du purgatoire, l'iusieurs même d'entre elles, cimme celles de Pacte héroïqu-^ de charité et de l'autel privilégié (voyez plus loin, partie II, Sçct. II et Secl. III) ne sont destinées qu'à la délivrance de ces âmes. — De nos jours, Sa Sainteté Léon XIII, en mémoire de la fête de son cinfiuaniiènie ;mniversaire de sacerdoce, a ordonné que le dernier diniMiiclie do septembre un service divin l'iit célébré pour les morts. Ce même jour, les prêtres ei les fidèles pouvaient gagner une Indulg'-nce plénière applicable aux défunts (Bref du jour de Pâques 188S. Voir le Canoniste contemportiin, année 1888, p. Wt). La ferveur et la charité des catholiques se montrèrent avec éclat en ces circonstances solennelles, et réjouirent le cœur du Saint-Père, en soulageant l'Église »ou niante.

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