VII. LES INDULGENCES DE LÉON X
Luther et ses partisans ne se sont point contentés de traiter les Indulgences d'inventions humaines : mais, par une insigne calomnie, ils les ont taxées de trafic mercenaire et intéressé, de négoce sacrilège et simoniaque des choses saintes. Il est à propos de rappeler sur quoi est fondé cet odieux reproche, si souvent répété depuis, et qui n'a pas laissé que de faire mauvaise impression même sur un grand nombre de catholiques mal instruits ou prévenus. Voici les faits, que le lecteur en juge.
Le pape Léon X, profondément pénétré de la grandeur de notre sainte religion, voulut faire achever dans la ville de Rome la magnifique basilique de Saint-Pierre, ce temple qui par sa splendeur matérielle devait être, autant que possible, l'image de la majesté et de la dignité suréminente de l'Église catholique. En conséquence, il accorda des Indulgences à tous les fidèles qui de leur plein gré concouraient à la construction de l'insigne basilique. D'un autre côté, le Pontife fut vivement alarmé des rapides progrès des Turcs qui, après avoir détruit l'empii'e des Grecs, après avoir vaincu le roi de Perse et le sultan d'Egypte, menaçaient de tourner leurs armes contre l'Europe, d'y anéantir le christianisme dans son centre, et d'établir sur ses ruines le Coran victorieux. Il invita donc tous les princes chrétiens à se liaiier contre Sélim I, et ouvrit aux nouveaux croisés les trésors de l'Église. Il accorda même une Indulgence à tous ceux qui, ne pouvant, à cause de leur âge, de leurs engagements ou de leur état, servir dans cette guerre, contribuaient de leurs facultés au succès d'une si utile et si glorieuse expédition.
Qui le croirait ? Des charités si raisonnables, si légitimes et si bien placées, ont été néanmoins l'occasion de la funeste révolte de Luther ; et c'est sur ce prétexte qu'on a crié si haut que les Papes vendaient la grâce du Sauveur, qu'ils faisaient un commerce infâme et sacrilège des Indulgences.
Sans doute il y eut de la part de certains quêteurs des abus, et des abus parfois révoltants dans la manière de recueillir les aumônes. Hélas 1 de quoi les passions humaines n'ont-elles pas abusé dans tous les temp>? Mais ces désordres, l'Église ne les autorisait pas ; au contraire, elle prit des mesures énergiques pour les empêcher. « Tetzel, orateur populaire, fut nommé par l'archevêque Albrecht de Mayence sous-commissaire, pour publier dans l'Allemagne du Nord l'Indulgence accordée par le pape Léon X, pour la construction de la basilique de Saint-Pierre. 11 prêcha partout aACc un grand concours du peuple. Dans l'instruction qu'il donna aux curés et aux confesseurs, il fit bien entendre que l'Église imposait aux fidèles, comme coiulitions nécessaires pour gagner l'Indulgence, la confession, la communion, et le jeune la veille de la confession. Il recommandait, en outre, aux prédicateurs de l'Indulgence d'évileiles lieux de réunion publique, les dépenses inutiles, et tout commerce avec des personnes suspectes » (Janssex. Hif<(oire du peuple allemand, tome II, p. 77; cfr Grûne, Tetzel et Lullier^]}. 22).
Du reste bien avant la Uéforme, la ri'|)ression de ces abus avait déjà été ordonnée par les papes Innocent 111, au concile de Lalran. Innocent IV. à colui de Lyon, et Clément V, à celui de Vi(M)ii!>
H\ rc PART. — ENSEIGNEMENT CATIIOL. SUR LES INDULGENCES
Dans la suite, comme nous l'avons vu (p. 13), lo saint concile de Trente a sévèrement interdit toute sorte d'exaction, et aboli Voffice des què/eur.'i.U décréta, en outre (sess. XXI. cii. ix), (jue « les Indulgences ou autres faveurs spirituelles, dont il ne fallait pas pourtant priver les lidèles, à cause des abus, devraient élre annoncées au peuple en temps opportun par l'Ordinaire du lieu conjointement
lavec deux membres du (lliapitre, et qu'à ceux-ci était donné le pouvoir de recueillir lidélement les aumônes et les olïrandes, sans
'exiger aucune compensation, alinque tout le monde reconnût en vérité que les biens spirituels de l'Église sont administiés, non par le désir du gain, mais par esprit de piété ».