‹ Les Indulgences, leur nature et leur usageChapitre 53 sur 396 · X. LA SATISFACT. PERSONNEL- ET LES CONDIT. d'iNDULG · texte numérisé non relu

X. LA SATISFACT. PERSONNEL- ET LES CONDIT. d'iNDULG

Mais si l'Indulgence est accordée sans la clause qu'elle se termine au couciier du soleil, le temps de l'Indulgence, comme nous l'avons déjà dit, dure de minuit à minuit.

Après avoir traité des différentes conditions prescrites pour gagner les Indulgences, il y a lieu de dire quelques mots de la question suivante :

Ces diverses conditions suffisent-elles entièrement, ou ne doiton pas, en outre, pour gagner les Indulgences, satisfaire à la justice divine dans la mesure de ses forces par des œuvres de pénitence personnelles ?

Affirmer qu'en soi cette salisfaclion est nécessaire, ce serait amoindrir la notion même de l'indulgence. En effet, la rémission des peines temporelles, moyennant l'Indulgence, ne se fait pas à proprement parler à cause des œuvres accomplies, ni par conséquent dans la mesure où ces œuvres le méritent par ellesmêmes; mais elle a lieu plutôt, comme nous l'avons déjà dit, en vertu d'une application que nous fait la sainte Église des satisfactions de Jésus-Christ et des saints. Cependant celui qui pratique spontanément des œuvres de pénitence, gagne plus sûrement les Indulgences dans toute leur étendue, qu'un autre qui se soucie peu de cette satisfaction personnelle ; et cela pour deux raisons : d'abord, parce que cette générosité est pour Dieu un motif très puissant de lui accorder l'Indulgence, et ensuite parce qu'il se sera plus efficacement purifié de tout péché même véniel, ce qui est très difficile au fidèle peu mortifié. Au reste, l'effort que nous faisons pour gagner les Indulgences en accomplissant les œuvres prescrites, est déjà une pénitence. — Saint Thomas dit à ce sujet fort à propos : Dicitur : omnibus vere pœnitentibus et confessis ; non dicitur : et satisfacientibus, quia Indulgentia non excusât a contritione et confessionc^ sed cedit in locum satisfactionis [Quodl. Il, q. 8, art. 16). — Benoit XIV désapprouve également l'opinion plus sévère et dit dans ses Institutions, 53, § 11, qu'il ne connaît aucun induit papal où cette satisfaction personnelle soit exprimée comme condition nécessaire de l'indulgence.

Une grande variété d'opinions régnait autrefois sur cette question parmi les théologiens.

Saint lionaventure,Cnjétan, Navarrus, Baronius, Bellarmineld'au-

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82 r« PART. — ENSEIGNEMENT CATIIOL. SUR LES INDULGENCES

très grands docleurs pensent qn'il faut s'edoirer aussi de satisfaire personnellement; Sotus, Svlvius, Suarez, Vasquez, deLuijo et d'autres scolastiques et casuistes enseiiïiient au contraire que cette satisfaction personnelle n'est pas requise, qu'il suITlt d'accomplir consciencieusement les œuvres prescrites. Cldle dernière opinion a été attaquée, au siècle précédent, par Eusèbe Amort, dans son ouvrage de Origine, progressa, ralorc ac friictu Indulgent iarum, Aug. Vindelic , 1735 (part. II, sect. IV, p. 208-280). Ce" théologien envoya au Souverain Pontife une dissertation sur cette malièie, en le priant de condamner l'enseignement de ceux qui nient la nécessité de la satisfaction personnelle. Deux consulteurs de la S. Congrégation des Indulgences lurent son travail et en pesèrent mûrement la valeur. Puis on demanda à la S. Congrégation s'il fallait décider ou faire décider quelque chose au sujet des dispositions requises dans le pénitent i)our gagner les Indulgences. Voici comment elle formula son avis, en date du 11 mai 1737 ; « La réponse est différée et la question ne doit plus être posée. — Dilata et ad mentem Emi Pr;efecti^ quœ est, ^^t prxsens causa non amplius proponalur ».

Voici comment s'expliquait sur cette question Benoit XIV, alors qu'il était encore archevêque de lologne. Dans sa oo"-^'"" Institution, qu'il adressa à ses diocésains pour leur annoncer le jubilé accordé par Benoît XIII, il dit: «Le saint pape Grégoire ^'I1 avait accordé une Indulgence plénière à l'évèque Bemi de Lincoln. « à la condition « cependant qu'il s"e(Torcerait, autant que possible, défaire des bonnes « œuvres, de pleurer ses péchés passés, et d'olïrir ainsi son corps « à Dieu, comme un temple purilié de toute souillure ». — Le cardinal Baronius, en rapportant ces paroles, ajoute : « afin qu'on sache bien « que les Indulgences accordées par le Saint-Siège sont données à « ceux qui n'omettent pas de faire le bien dans la mesure de leurs « forces, et non à ceux qui vivent dans une négligence coupable et « une lâche inaction ». Le cardinal Cajétan pensait que, pour gagner une Indulgence, il fallait non-seulement accomplir les œuvres prescrites, mais aussi effacer, par uiiu pratique salutaire de la pénitence, les taches du péché. Navarrus adopta cette manière de voir, quoique plusieurs autres ne voulussent en aucune façon l'approuver ; et nous aussi, qui n'aimons pas la nouveauté des opinions, nous la rejetons également : car nous n'arons jamais vu d'itidult papal dans lequel cette condition particulière se soit rencontrée.

« Cependant nous croyons devoir recommander à tous l'enseignement du cardinal Bellarmin, qui dit : « Les chrétiens prudents accep- « tentles Indulgences de telle sorte qu'ils s'ellorcent de porh^r de di- « gnes fruits de pénitence, et de satisfaire à Dieu pour leurs pè- (( chés ». Le cardinal Pallavicini, en parlant du même sujet, e\|)lique cette doctrine. et réfute l'opiaioude ceux (|ui prétemlent que par l'usage des Indulgences les chrétiens deviennent moins empressés à faire le bien. « Lu vérité », dit il, « l'usage des luilulgences a ne produit pas dans les hommes une inaction qui les empêche tlo « rien faire deplu^; pour payer hMirs dettes: car.comme ils ignorent

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