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CHAPITRE III

Papiers peints et toiles peintes.

Le papier peint et la toile peinte ne servent pas aux mêmes usages; ils n'ont pas une égale importance parmi les arts industriels; on peut, pourtant, les étudier ensemble, parce que les progrès du machinisme ont rendu identique la fabrication des qualités courantes de l'un et de l'autre. Le papier peint est presque toujours plus artistique que la toile peinte; le travail à la main, l'habileté de l'ouvrier tiennent beaucoup plus de place clans sa confection ; ses dessins ne sont pas réglés, comme ceux des tissus, par un canon à peu près immuable ; la fantaisie et le goût peuvent s'y déployer à l'aise.

En réalité, les papiers et toiles peints usurpent leur nom ; ni les uns ni les autres ne sont peints; il faudrait les appeler imprimés, mais l'usage a prévalu sur la logique.

L'industrie du papier peint est une des plus importantes, mais sa vogue est relativement récente. On n'en retrouve l'équivalent ni chez les Grecs, ni chez les Romains; il n'entre pas dans la décoration arabe et le moyen âge l'a toujours ignoré. C'est au xve siècle qu'on com-

mence à trouver, clans les habitations, des papiers muraux enluminés à la main. Mais cette décoration n'aurait probablement pas pris une extension bien considérable si elle n'avait pas reçu de l'extérieur une puissante impulsion qui élargit le champ de son industrie. Au xvie siècle, vers 1555, les Hollandais et les Espagnols rapportent de Chine et du Japon des papiers imprimés à la planche. Depuis cette époque, on voit disparaître, petit à petit, les somptueuses tapisseries, les cuirs dorés et gaufrés qui couvrent les murs des maisons riches, et les nattes de jonc séché ou les enduits de chaux qui garnissent les demeures pauvres.

Les Anglais ont longtemps revendiqué le privilège d'avoir introduit en Europe l'industrie active du papier peint (163/j), mais il est prouvé, aujourd'hui, que notre compatriote Lefrançois. de Rouen, les avait devancés en fondant, dès 16^0, dans sa ville natale, une manufacture qui prospéra pendant la plus grande partie du xvne siècle. Les procédés employés pour peindre les papiers étaient encore très primitifs. On avait commencé par les enluminer naïvement à la main, puis on avait essayé avec succès l'usage de cette planche de métal découpé qu'on appelle pochoir et qui accélérait le travail en le régularisant. Peu à peu, on réalisa de nouveaux progrès. En 1668, le graveur français Papillon employa, pour la première fois, la planche à la décoration du papier ; mais l'industrie courante ne prit son

l^n atelier de papiers peints.

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véritable essor que lorsqu'on eut trouvé, en 1760, des tons solides et faciles à appliquer sur papier. C'est à cette date qu'on eut l'idée d'employer des couleurs broyées à l'eau et mélangées à la colle de peau avec addition de mordant.

Tant que les procédés demeurèrent primitifs et les résultats grossiers, le papier peint n'eut la faveur que des petites gens. Les riches ne l'employèrent d'abord que dans leur garde-robe, mais il envahit peu à peu leur demeure tout entière. Au milieu du xvme siècle, Réveillon, un ancien papetier, monta au faubourg Saint-Antoine la première grande fabrique de papiers peints (on se souvient que c'est par le pillage de ses ateliers que commença la Révolution de 1789). Le succès de Réveillon encouragea d'autres industriels; sous le règne de Louis XVI, les fabriques devinrent nombreuses et importantes. Un des fabricants recommandait en ces termes ses produits à la faveur du public : « Ces papiers ont plusieurs avantages sur la plupart des étoffes qu'on emploie en tapisserie. Ils l'emportent, d'abord, infiniment en coup d'œil sur toutes celles de coton et sur les indiennes ou toiles peintes. De plus, ils meublent plus décemment et coûtent moins; ils ne sont pas sujets à se graisser comme les damas et sont d'un aussi bon usage. Ces papiers ne sont pas sujets à la piqûre des vers comme les tapisseries de laine ; enfin, rien n'est plus facile que de les mettre en œuvre. » Ce curieux factum montre bien que la classe riche était dès lors conquise aux papiers

peints : c'était à elle que s'adressaient les fabricants. Bientôt, d'ailleurs, la mode devint générale. Il ne fut pas rare de A^oir sur les écriteaux annonçant des appartements à louer la mention « orné de papier peint ». Le papier ne se mettait pas en œuvre de la même manière qu'aujourd'hui : on le collait sur un châssis recouvert de toile, et, quand on quittait un appartement, on cherchait à céder son papier à son successeur ou bien on le mettait en vente comme on fait aujourd'hui des tapisseries.

La Révolution, loin d'arrêter le développement de l'industrie du papier peint, le favorisa. Le papier était une décoration démocratique qui s'harmonisait à merveille avec les idées du temps* Des fabriques nouvelles se fondèrent. Quelquesunes d'entre elles lancèrent des modèles ornés d'emblèmes révolutionnaires qui firent fureur. Cette vogue, sans cesse croissante, devait fatalement conduire les esprits ingénieux à chercher des perfectionnements clans la fabrication. Un certain Ziïber fonda, en 1790, une manufacture à Rixheim (Haut-Rhin). Il transforma l'industrie en appliquant au papier les procédés employés à la décoration des toiles. La fabrication augmenta dans des proportions incroyables et avec une rapidité inouïe. Le règne de Louis-Philippe vit l'apogée du mouvement. On employa à cette époque le papier peint à tous les usages. Ce devint une exagération, une folie. Les murs se couvrirent de véritables tableaux en papier peint,

on fabriqua des imitations de rideaux en papier peint. La décoration intérieure des appartements souffrit de cet abus. Elle n'a jamais été si pauvre et si terne en France qu'à l'époque de Louis- Philippe.

Pendant que le papier peint parcourait sa carrière triomphale, l'industrie des toiles et tissus imprimés progressait aussi ; son développement était moins brillant, mais elle assurait la richesse des pays où elle s'implantait. De France, où elle prospérait au xvne siècle, elle gagna l'Angleterre et la Suisse, importée pardes ouvriers protestants, après la révocation de l'édit de Nantes. Son développement fut entravé par des obstacles continuels pendant le xvme siècle. Comme elle s'établissait au milieu d'autres industries, auxquelles elle faisait une concurrence toujours heureuse, elle suscitait des haines puissantes. En Allemagne, ce n'est qu'en 1756 que Schale d'Augsbourg obtint un privilège l'autorisant à fabriquer des toiles peintes dans sa ville natale. A Mulhouse, qui devait devenir un des grands centres de production de tissus imprimés, le règlement régissant l'industrie était teliement sévère que les premières fabriques ne purent s'établir dans la ville et se disséminèrent dans la campagne.

Des difficultés d'un autre ordre entravaient encore au xvme siècle le développement des toiles peintes. On filait et on tissait très mal ; les procédés connus pour blanchir les toiles étaient

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primitifs, l'industrie de la teinture moins avancée encore. Pour décorer les tissus on enduisait au pinceau la place des dessins d'un mordant métallique et l'on colorait ensuite à l'aide d'une teinture végétale, garance ou autre. Ce procédé était déjcà connu des anciens ; Pline en attribue

Galerie poétique. — Panneau de papier peint. Milieu du xixe siècle. (Modèle Desfossé et Karth.)

l'invention aux Égyptiens ; de nos jours encore on n'en emploie pas d'autre dans l'Inde.

La variété de toiles peintes que l'on préféra, du milieu du xvnc au milieu du xvmc siècle prit d'abord le nom de tapisserie de tonture, puis de tapisserie de tontisse, puis tout simplement de tontisse. C'était une imitation de tapisserie assez artistique. On l'exécutait avec une grande perfection. On parvint à reproduire en tontisse non seulement des verdures, des paysages, des natures mortes, mais

même des personnages et des scènes animées. Pour fabriquer une tontisse, on enduisait la toile d'un mordant métallique, puis les ouvriers la veloutaient avec des résidus de la tonte de laine préalablement réduits en poussières impalpables. Il fallait une grande habileté pour poser chaque teinte à sa place exacte. Les tontisses ne se fabriquaient pas nécessairement sur toile ; le papier servait assez souvent de fond. Lefrançois, de Rouen, que nous avons déjà cité, exécutait beaucoup de papiers décorés avec des résidus de laine qu'il trouvait en abondance dans les draperies rouennaises. Notre papier velouté donne une idée exacte de l'ancienne tontisse : on l'exécute par les mêmes procédés.

Nous passons, aujourd'hui, la plus grande partie de notre vie entre des murs tapissés de papier peint sans nous intéresser à la fabrication de la décoration qui nous entoure. Son histoire contient cependant des enseignements précieux et permet de mesurer tout l'effort accompli pour mettre un modeste confort à la portée des plus humbles.

Les découvertes de Zùber, de Rixheim, furent bientôt dépassées. Vers 1835 on employa, pour la première fois, les rouleaux de papier dits « sans fin », longs de 850 mètres et fournissant 100 rouleaux de la taille courante de 8 mètres 50. Mais on ne travaillait encore qu'à la planche et la fabrication était relativement lente : un

ouvrier ne produisait que cent rouleaux à une seule teinte par jour.

L'invention de la machine à bras accéléra la

Le Brésil. — Décoration murale en papier peint. Milieu du xixe siècle (Modèle Desfossé et Karth.)

production. C'est le fabricant Leroy, de Paris, qui, en 18it0, eut le premier l'idée d'appliquer à la coloration du papier la machine à imprimer les étoffes, légèrement modifiée. Son invention n'eut aucun succès chez nous, mais elle fut adoptée

en Angleterre et les fabricants français la reçurent avec enthousiasme quand elle repassa le détroit. Au début, la machine ne servit qu'à la fabrication du papier à rayures, dune seule couleur, mais, petit à petit, on l'adapta aux différents modèles et aux différentes teintes. En 1851, on ne comptait encore en France que âO machines à fabriquer le papier peint : il y en avait 100 en 1867. Il est vrai qu'une révolution s'était accomplie clans le fonctionnement de la machine : depuis 1865, en France, elle était actionnée à la vapeur, ce qui la rendait capable d'une production â5 fois plus rapide. Mais les États- Unis nous avaient devancés dans l'emploi cle la vapeur : elle actionnait leurs machines dès 1850. Ils comptaient autrefois parmi nos meilleurs clients; maintenant ils sont eux-mêmes les plus gros producteurs du monde. Ils fabriquent annuellement pour 30 millions de francs, et possèdent au moins 50 fabriques actives.

Depuis 1867, des perfectionnements successifs ont été apportés à la machine primitive. Une seule machine peut imprimer aujourd'hui plus de 50 couleurs différentes sur le même rouleau. La découverte des couleurs d'aniline a été précieuse pour la coloration du papier. Leur fragilité, qui empêche trop souvent de profiter de leur éclat, n'a pas été un obstacle à leur emploi. Par destination le papier peint ne dure pas très longtemps : les teintes se conservent au moins aussi longtemps que lui, d'autant plus qu'elles sont

soustraites à l'action directe de l'air. On a essayé récemment d'employer les encres typographiques à la décoration du papier; ces tentatives ont été très heureuses. La fraîcheur et l'éclat des tons obtenus sont remarquables.

Le développement de la fabrication à la machine n'a pas tué complètement la vieille fabri-

Les Arts.

Frise décorative; imitation de sculpture. (Modèle Desfossé et Karth.)

cation à la main. Les papiers de luxe s'exécutent encore à la planche. C'est en France qu'on a conservé, au moins jusqu'à ces dernières années, le monopole du beau papier, et que l'emploi de la planche est resté le plus courant.

La planche et la machine utilisent l'une et l'autre un même papier, de confection assez grossière. On commence par le foncer, le lisser et le satiner. Ces trois opérations s'exécutent presque toujours mécaniquement, même pour les papiers

de luxe. Le fonçage donne au fond sa teinte définitive : on l'obtient en faisant passer le papier entre deux brosses chargées de couleur : le lissage fait disparaître, entre des règles de bois, les rugosités produites par le fonçage; puis une machine saupoudre le papier de talc et des brosses tournantes le font briller : c'est le satinage. Les qualités très ordinaires ne passent pas par ces préparations : elles sont colorées dans la pâte en blanc, gris ou chamois.

Pour imprimer à la planche, l'ouvrier se sert de petites planches en poirier, gravées ou garnies de plaquettes de cuivre affectant, en relief, la forme du dessin. Son aide, ou tireur, lui prépare, sur un châssis, les couleurs dont il enduira ses planches. Pour les dessins unicolores, l'opération est simple. L'ouvrier pose sa planche sur le papier, appuie sur le bras d'un levier pour donner la pression nécessaire, puis passe aux dessins suivants. Le travail est plus compliqué dès qu'il faut superposer plusieurs teintes pour obtenir une couleur complexe. 11 est nécessaire, d'abord, d'attendre que la première teinte soit sèche pour appliquer la seconde, et il est très difficile cle poser les planches successives à la même place, d'éviter les bavures et les débordements de couleurs. La beauté du papier dépend, alors, de l'habileté de l'ouvrier qui devient un véritable collaborateur-artiste du dessinateur.

La coloration à la machine est beaucoup plus rapide, beaucoup moins parfaite et aussi beau-

coup moins coûteuse, à condition, toutefois, de fabriquer de grandes quantités du même modèle. La machine se compose essentiellement d'un cylindre central autour duquel passe le papier sans fin. Des rouleaux, sur lesquels les dessins sont clichés en matière d'imprimerie, sont placés autour du cylindre : on peut disposer ainsi jusqu'à cinquante rouleaux. Ils s'imprègnent de cou-

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Cortège antique. — Frise de papier peint. (Modèle Desfossé et Karth.)

leur sur un drap sans fin qui s'humecte luimême dans une petite auge placée en arrière du rouleau. La machine réglée et mise en train, chaque rouleau imprime son dessin et la couleur dont il est chargé sur le papier qui passe. Comme les teintes se superposent avant d'être sèches, les bavures sont à peu près inévitables. Un seul ouvrier suffit à surveiller une machine en train. Comme elle produit autant que 35 ouvriers travaillant à la planche, on comprend que la fabrication mécanique soit infiniment moins coûteuse; mais on conçoit aussi que l'économie n'est réelle

que sur de grandes quantités : la mise en train de la machine est une opération assez longue et assez chère.

La fantaisie contemporaine a exercé sa verve sur le papier peint : les genres et les modèles en usage sont innombrables. Le papier velouté, un des premiers connus, est encore un des'plus employés. On l'obtient à peu près par les mêmes procédés qu'autrefois. Le papier, enduit d'un mordant, passe dans une longue caisse aux parois élastiques qui contient de la laine pulvérisée. En frappant sur les parois, on projette la laine sur les parties mordancées. Pour argenter ou dorer des dessins, on les imprime avec un mordant et on les recouvre de feuilles d'argent ou de cuivre. On obtient des imitations de jaspe en faisant tomber sur le papier une pluie très fine de gouttes colorées; on nacre en posant au pinceau une solution d'écaillés d'ablettes et d'ammnniaque ; le cylindrage donne les grains de l'étoffe ou de la tapisserie, et l'estampage au balancier imprime le relief des cuirs. Les imitations de tissus et de cuirs que l'on fabrique aujourd'hui sont parfaites; en rectifiant à la main le relief de l'estampage, on donne jusqu'aux hésitations, aux petites maladresses qui sont un des charmes du cuir travaillé à la main.

Dans ses grandes lignes, l'impression du tissu ne diffère pas sensiblement de celle du papier. On l'exécute aussi à la planche et à la machine; mais la composition et la préparation des

couleurs ne sont pas semblables. Il y a trois procédés pour fixer les couleurs sur les étoffes: 1° on imprime d'abord un oxyde métallique que l'on teint

Panier de fleurs. — Fragment de papier peint.

(Modèle Desfossé et Karth.)

(L'impression de ce papier a nécessité plus de 180 planches.)

ensuite à l'aide d'une matière colorante; 2° on pose directement la couleur sur le tissu et on la fixe à la vapeur d'eau ; 3° on emploie des couleurs préalablement épaissies avec des substances qu'on

coagule sur le tissu par la chaleur. Les tissus imprimés ont pris dans notre civilisation une place peut-être encore plus importante que les papiers peints. Il n'y a pas d'étoffe que l'on ne décore, depuis le velours et la soie jusqu'aux toiles grossières. Des villes, des régions entières, doivent leur prospérité à cette industrie; elle tient cependant parmi les arts industriels une place beaucoup moins importante que le papier peint.

Cette infériorité s'explique aisément. Presque tous les dessins qui ornent les tissus sont réglés par une coutume qui a presque force de loi. Les fabricants reproduisent indéfiniment les mêmes genres : le genre perse qui entremêle les fleurs, les fruits, les oiseaux, le genre cachemire décoré de palmes comme les cachemires de l'Inde, le genre rayure, le genre écossais, le genre mille points, En dehors de ces séries cataloguées, il y a bien une place pour la fantaisie, pour la nouveauté, mais elle est assez peu importante, très limitée par l'usage auquel sont destinés les tissus.

La décoration du papier peint, au contraire, n'est régie par aucune règle. La plus grande fantaisie s'y donne libre cours. Il faut pouvoir satisfaire les goûts très divers des clients, trouver des tons et des dessins qui s'harmonisent avec les mobiliers les plus différents : le meilleur fabricant est celui qui possède la plus grande variété de modèles et de couleurs. Aussi la plus vive émulation s'est-elle manifestée entre les industriels depuis plus d'un siècle. Quand ils se sont trouvés

Décoration murale en papier peint, style empire. (Modèle Desfossé et||Karth.)J

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à court d'idées, ils ont fait appel aux artistes qui ont été heureux de trouver un débouché nouveau et intéressant. C'est grâce à leur collaboration que le papier peint a pris une telle place parmi les arts industriels : l'habileté de l'ouvrier n'aurait pas suffi à la lui donner.

La France a eu, pendant assez longtemps, le monopole des modèles nouveaux et originaux; mais la crise qu'ont subie nos industries d'art n'a pas épargné le papier peint. Nos modèles ont cessé de se renouveler et l'étranger ne nous a plus suivis. Bientôt il s'est mis à créer lui-même. Il a tâtonné pendant quelque temps, mais la naissance du modem style clans le mobilier a donné une direction à ses recherches. L'Angleterre, la Belgique ont composé des papiers peints dont le dessin, le coloris essayait de s'harmoniser avec les meubles nouveaux. Beaucoup n'ont été qu'étranges, mais plusieurs ont été assez intéressants pour s'imposer à l'industrie et provoquer un mouvement qui est capable de transformer complètement l'esthétique classique du papier peint.

La crise artistique du papier a été naturellement accompagnée chez nous d'une crise industrielle. Sous Louis-Philippe, nous fabriquions pour 30 millions de francs par an; notre production n'est plus que de 18 millions à peine : mal7 gré tout, nous gardons encore un bon rang parmi les nations qui pratiquent cette industrie. Dans le travail à la planche même, nous n'avons pas de

rivaux heureux. Mais notre obstination à produire des modèles beaux et chers est en contradiction avec les conditions nouvelles de l'industrie et n'a pas été sans influence sur notre crise. A Paris, en 1889, nous avions encore 200 machines qui fabriquaient âOO.000 rouleaux par jour, et la province,

,a Saison des fleurs. — Panneau décoratif en papier peint. (Modèle Desfossé et Karth.)

Lyon, Marseille, ouvraient des manufactures actives.

L'Angleterre est encore notre tributaire pour les papiers de luxe, mais nous sommes obligés d'acheter chez elle les modèles ordinaires; elle en fabrique depuis 0 fr. 10 le rouleau. Dans un avenir assez rapproché toutes les nations produiront probablement elles-mêmes tout le

papier commun dont elles auront besoin ; elles y trouveront profit, car les droits de douane, les prix de transport et de commission, très élevés sur ce produit, en augmentent sensiblement le prix dans les pays qui l'importent.

La condition des ouvriers en papier peint s'est transformée clans le cours du siècle. A Paris, on en comptait 5.000 environ il y a 70 ans ; leur nombre oscille aujourd'hui entre 3.500 et 3.000. Cette diminution est une conséquence du perfectionnement du travail à la planche et de l'emploi de la machine. Le développement de la fabrication mécanique a aussi amené une réduction dans les salaires. Par contre les bons travailleurs à la planche se payent beaucoup plus cher qu'autrefois parce qu'ils sont devenus plus rares : les manufacturiers leur donnent parfois jusqu'à 9 francs par jour.

Nous avons vu, en commençant, que l'industrie du papier peint nous a été enseignée parla Chine et le Japon. Le Japon continue à fabriquer avec la même activité qu'autrefois, mais il se produit aujourd'hui entre ses manufactures et les nôtres, un échange curieux. Tandis que nous allons volontiers chercher en Extrême-Orient les dessins originaux, les modèles harmonieusement composés et délicatement nuancés, les Japonais nous empruntent nos papiers veloutés, nos imitations d'étoffes et de cuir. On peut craindre que l'art n'ait pas à se louer de ces transplantations. Les deux traditions sont trop distinctes et fondées

sur des civilisations et des besoins trop différents. La beauté japonaise peut être admirée chez nous, elle ne peut pas s'introduire dans nos mœurs; l'Extrême-Orient, de son côté, doit être rebelle à notre goût, Il vaudrait mieux que chacun suivît sa nature. Les ressources d'art que la nôtre peut nous fournir sont encore infinies et les produits que le Japon nous envoie prouvent que la sienne n'est pas encore stérile.

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