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CHAPITRE V

Dentelles et broderies

Les maîtres flamands et hollandais du xvne siècle ont souvent représenté, clans leurs toiles, des dentellières en coiffe blanche, au visage placide, et dont les doigts agiles semblent jouer avec les fuseaux. Ces artistes choisissaient leurs modèles dans la vie familière, parmi les êtres qu'ils voyaient autour d'eux. La présence des dentellières dans leurs œuvres suffit à nous prouver qu'elles étaient nombreuses à cette époque. Nous savons, d'autre part, que les réseaux délicats et légers dont se pare la grâce féminine étaient déjà recherchés depuis longtemps au xvne siècle, mais nous ne connaissons ni le peuple qui les inventa, ni le moment qui les vit naître.

On a très longtemps confondu les dentelles et les broderies. Leur fabrication constitue cependant deux arts bien distincts : la dentelle est un tissu, sans chaîne ni trame, composé de fils qui s'entre-croisent de façon à former un dessin ; la broderie est un ornement, ou plutôt un tissu superposé à un autre tissu. Les auteurs qui font naître la dentelle dans l'antiquité orientale veulent évidemment parler de la broderie, le plus

ancien, peut-être, de tous les arts connus. Elle fleurissait à Babylone et chez les Hébreux. Pamphile, fille d'Apollon, l'enseigna aux Grecs qui l'importèrent aussi d'Orient et d'Asie Mineure. Elle avait atteint, dès cette époque, à une grande perfection. On n'y employait pas seulement les éléments en usage aujourd'hui, on la parsemait de pierres précieuses, de coquilles, d'écorces d'arbres, de paillettes d'ivoire ou de plumes d'oiseaux; parfois on la faisait courir sur les vieux habits usés : elle leur donnait une solidité nouvelle.

La première pièce qui nous parle de la dentelle est un traité passé en 1390 entre Bruges et l'Angleterre; mais l'existence de ce tissu devait être déjà assez longue : sa mention dans un acte officiel suffirait à le prouver. L'industrie de la broderie fut, au moyen âge, plus florissante encore que dans l'antiquité. Les fleurs brodées qui nous restent de cette époque n'ont jamais été surpassées. La réputation de Lyon était déjà universelle : ses étendards, ses chasubles, ses ornements religieux prenaient place dans les trésors des plus riches églises. Les brodeurs et les brodeuses de profession n'exécutaient alors qu'une partie relativement minime des broderies employées ; les châtelaines leur faisaient concurrence. La mode d'employer ses loisirs à la broderie s'est perpétuée à travers les âges. On la retrouve encore au xvme siècle; à cette époque même, les hommes, quand ils venaient en visite, aidaient, par galanterie, les dames dans leurs travaux d'aiguille.

A la Renaissance, la suprématie dans l'art de la dentelle, exercée jusque-là par l'Angleterre, passe à l'Italie, à la Flandre et à la France; mais la réputation de l'Italie n'est que passagère : les points de Gênes, de Milan et; surtout de Venise, perdent bientôt tout caractère artistique. Les xyne et xynie siècles sont l'âge d'or de la dentelle.

On l'emploie partout, elle décore les ornements d'église, complète le costume masculin, embellit les vêtements de femmes. Les sei gneurs et les grandes dames mettent des prix exorbitants à leurs manchettes, leurs collerettes et leurs cravates : la Flandre et la France ont peine à suffire aux commandes. Jusqu'à Colbert, la France est tributaire de la production flamande, mais le ministre prend l'heureuse inititiave de nous libérer. Il nomme le point d'Alençon point de France, et exprime le désir de n'en pins voir porter

Broderie italienne (xme siècle)

d'autre; les courtisans élégants se conforment à son vœu. On s'arrache les parures en point d'Alençon. Comme l'exécution en est très lente, la région ne peut bientôt plus suffire à la consommation. Les villes du nord de la France commencent alors à produire. Elles font venir de Flandre des contremaîtresses pour instruire leurs ouvrières : la valencienne est créée. En même temps l'industrie dentellière se développe en Normandie. C'est dans cette région qu'on a l'idée, pendant le règne de Louis XV, d'employer la soie comme matière première. On obtient ainsi des réseaux d'une finesse et d'un brillant incomparables, connus sous le nom de blondes : les blondes de Caen sont encore célèbres. Citons enfin les dentelles du Velay, le point de Chantilly, et nous aurons l'ensemble de notre production sous l'ancien régime. Les marchands forains, qui parcouraient déjà la France, colportaient tous les genres dans les provinces les plus éloignées; à Paris, le privilège de la vente appartenait à la corporation des passementiers.

Nos broderies ne furent pas moins à la mode que nos dentelles pendant les deux derniers siècles de la monarchie. Plusieurs villes occupaient un grand nombre d'ouvrières à leur fabrication. La consommation de la cour était telle qu'elle s'était attaché clés brodeurs qui la suivaient partout et qui avaient droit de réquisitionner, à tous moments, les meilleures ouvrières, pour le service du roi. Jusqu'en 1785 nous n'avons

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fabriqué que la broderie de couleur. La Saxe a gardé jusqu'à cette date, sans qu'on sache pourquoi, d'ailleurs, le privilège exclusif de la broderie blanche; mais, à ce moment, Nancy a com-

Broclerie flamande (xve siècle).

mencé à lui faire concurrence et son industrie est restée prospère jusqu'à nos jours.

Les dentelles et les broderies subirent la crise de la fin du xvme siècle, comme presque toutes les industries d'art françaises, mais elles souf-

f rirent moins longtemps que beaucoup d'autres du changement de régime. Le luxe de l'Empire avait besoin d'elles. Dès 1805 elles reparurent aussi délicates et plus choyées que jamais; mais elles allaient avoir à lutter contre une redoutable ennemie : la fabrication à la machine.

L'idée de fabriquer le tulle à la machine vint, vers la fin du xvme siècle, à un industriel de Nottingham. Il pensa qu'arrivant à produire mécaniquement des bas à jour il devait pouvoir exécuter aussi un tissu entièrement à jour. Il fit quelques tentatives heureuses, ses procédés furent perfectionnés, et, vers 1818, la fabrication du tulle bobin (parce qu'une bobine était l'élément nécessaire de son exécution) devint pratique et courante. Le public ne sut bientôt plus se passer du tissu nouveau ; la production augmenta avec une incroyable rapidité. Elle dépassa même la consommation, si bien que le mètre de tulle bobin, qu'on payait h0 francs en 1818, ne valait plus que 0 fr. 50 quinze ans plus tard. L'Angleterre voulut conserver le monopole du tulle bobin, mais elle ne put empêcher quelques-uns de ses contremaîtres et de ses ouvriers de venir nous enseigner ses procédés. Elle n'en livre pas moins encore à la consommation une quantité de tissu cinq ou six fois supérieure à la production du monde entier.

Longtemps on ne parvint à fabriquer mécaniquement que le tulle ; pour compléter la dentelle on y appliquait des motifs décoratifs exécutés à

l'aiguille ou au fuseau. Mais, clans la seconde moitié du xixe siècle, on transforma la machine à tulle par le procédé Jacquard et on obtint mécaniquement la dentelle complète, avec ses arabesques, ses fleurs et ses jours. Cette dentelle n'était encore comparable ni au point à l'aiguille, ni au point au fuseau. Elle était surtout beaucoup moins souple parce qu'au lieu d'être composée d'une seule série de fils entremêlés, elle

Broderie dessinée par Lucas de Leyde (1520).

en comportait deux, l'une formant chaîne, l'autre formant trame. Vers 1880, on remédia à ce défaut et on fabrique aujourd'hui des dentelles mécaniques dont la composition technique est identique à celle des dentelles au fuseau.

La production mécanique de la broderie est relativement moins importante que celle de la dentelle; elle est moins ancienne aussi. En France, elle n'a guère pris de l'importance que depuis 1870 : elle n'en a pas moins porté déjà un coup sensible à la fabrication à la main.

On a pu redouter, même, pendant un temps, la

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la disparition complète des dentelles et des broderies à la main; mais, si acharnée qu'ait été la concurrence, elles semblent maintenant en avoir triomphé ; leur avenir paraît définitivement assuré. Pendant les temps difficiles, l'Amérique leur a ouvert un débouché qui les a peut-être empêchées de mourir; il leur a permis, en tout cas, de se transformer selon les nécessités de l'industrie contemporaine. Elles ne sont plus exclusivement des parures de luxe, toujours chères. On en fabrique aujourd'hui à tous prix, de toutes qualités ; elles tiennent une place importante dans les transactions régulières. Elles n'ont cependant rien perdu de leur caractère artistique : les modèles contemporains peuvent rivaliser avec les plus beaux des xvne et xvnie siècles. Leur destination n'a pas beaucoup changé. Elles ont disparu du costume des hommes, mais les femmes en font encore grand usage, l'Église en consomme toujours une bonne quantité et l'ameublement les emploie beaucoup plus qu'autrefois.

La France tient une place importante dans la fabrication contemporaine, et nous avons vu qu'il y a longtemps qu'elle l'occupe. Les types de dentelles fabriqués chez nous sont très divers, grâce à la multiplicité des centres producteurs. C'est un phénomène qu'on a constaté depuis longtemps : jamais deux centres dentelliers ne fabriquent le même point; le modèle de l'un transporté dans un autre perd aussitôt son caractère et se transforme jusqu'à devenir méconnaissable. Les vieux

centres français que nous citions dans le résumé de l'histoire de la dentelle ont cà peu près tous repris leur ancienne activité. Quelques-uns se sont déplacés ; celui de Valenciennes, par exemple, s'est transporté à Bailleul. En Normandie, la len-

Dessin de broderie tiré de la Corona délie virtuose donné par Cesare Veeellio.

teur de la fabrication aurai: peut-être tué l'industrie si l'on n'avait ingénieusement trouvé moyen d'y remédier. Une ouvrière, nommée Cahanet, a inventé un point invisible qui permet de réunir des fragements de dentelles fabriqués séparément on peut, par conséquent, faire exécuter simultanément les pièces importantes par plusieurs ou-

vrières et en réunir ensuite les morceaux à l'aide du point de raccroc ou deCahanet.Dans le Velay, la fabrication des modèles communs a pris une extension considérable. Il n'y a pas de femme du pays qui ne s'y emploie; on compte au moins là. 000 ouvrières dans la région du Puy.

La production de la Belgique vient immédiatement après la nôtre. Les malines, les bruxelles, les points de Venise qu'on y fabrique, ont une réputation universelle; leur nom seul éveille l'image d'oeuvres d'art délicates et légères. Il est malheureusement à craindre que ces appellations, qui nous sont familières, ne disparaissent dans un avenir assez rapproché. Les fabricant ont entrepris de les changer, sans se douter qu'ils font du tort à l'industrie. On ne connaîtra plus bientôt que les merlins à mouche, les serpents à l'araignée, les arcades de la prude, les pattes de loups, les os de mort, etc. Le pittoresque y gagnera, mais le public ne comprendra rien à ces noms difficiles qui désignent des dessins; et les vieilles réputations, couvertes des vieilles étiquettes, seront oubliées au grand détriment des centres producteurs.

Il n'y a pas de pays, en Europe, où l'on ne fabrique au moins un peu de dentelle. La Saxe produit les modèles extrêmement bon marché et très communs. L'Angleterre soigne un peu mieux son exécution sans fabriquer jamais cependant des pièces de prix. Les blondes d'Espagne rivalisent avec les blondes de Normandie : leurs dessins sont

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plus originalement conçus, mais moins purement exécutés.

Quant à la broderie, il est à peu près impossible d'indiquer ses centres principaux : on en fabrique partout. La production totale de la France

Rabat en point de Venise. (Musée de Cluny.)

est très importante. L'étranger nous achète les broderies de luxe de Paris et les modèles courants de Lyon, Tarare, Saint-Quentin et Nancy. Pendant une bonne partie du siècle dernier, la Suisse nous a fait dans nos propres frontières une concurrence acharnée et souvent heureuse : Nous

lui en avons fourni nous-mêmes les moyens. Nos fabricants, n'arrivant pas à suffire aux commandes et ne trouvant plus d'ouvriers en France, expédièrent en Suisse des modèles qu'on leur brodait à très bas prix. Ils finirent par y envoyer non plus l'excédent mais la plus grande partie de leurs modèles, au grand détriment de nos ouvriers, et au grand profit de l'industrie suisse, qui pouvait d'autant plus facilement baisser ses prix qu'elle introduisait chez nous sa marchandise en fraude. A ce régime l'industrie française périclita un instant, et il fallut, pendant vingt ans, toute l'énergie des fabricants, avertis du péril, pour sortir de la voie où nous engageaient nos rapports avec notre voisine.

La dentelle et la broderie sont les industries d'art dont les moyens d'exécution sont les plus simples. L'aiguille suffit aux travaux les plus fins de broderie. Le métier ou tambour, même, importé de Chine vers 1750, est utile sans être indispensable : il a le grand avantage d'accélérer le travail; les brodeuses suivent plus aisément le dessin de leur tissu tendu sur un tnmbour.

Il y a des centres où l'on emploie exclusivement l'aiguille à la fabrication des dentelles, mais la lenteur du procédé lui interdit une grande extension. La plus grande partie de la dentelle à la main se travaille, depuis des siècles, aux fuseaux. Le carreau et. les fuseaux sont les deux instruments nécessaires à la dentellière. Le carreau est un petit métier ovale ou rectangulaire, formé

d'une planche rembourrée et recouverte de drap. Les fuseaux sont des petits instruments en bois lisse qui se divisent en trois parties : la poignée, la casse, sorte de petite bobine qui continue la poignée, et la tête, petit cran destiné à retenir le

Bonnet alsacien. — Broderie d'or sur velours noir.

fil. La dentellière prend son carreau sur ses genoux. Au sommet elle pique une rangée de grosses épingles ornées de perles, puis elle les charge, c'est-à-dire qu'elle y enroule l'extrémité des fils de ses fuseaux ; enfin elle place tous ses fuseaux adroite, en prend quatre, les amène au milieu, les tord pour obtenir le point nécessaire et les

rejette à gauche ; puis elle passe aux suivants et ses doigts courent bientôt sur le carreau. Ils ne s'arrêtent qu'un instant, de temps à autre, pour consolider d'une épingle un point d'appui de l'ouvrage.

Autrefois les dentellières n'étaient presque jamais réunies en ateliers. Aujourd'hui, dans quelques pays où la fabrication s'organise en industrie active et régulière, les ateliers deviennent de plus en plus nombreux. Ils permettent de diviser le travail, de confier à plusieurs ouvrières les différents fragments d'une même pièce : la brocheteuse fabrique le réseau même, la dentellière fait l'engrelure ou lisière de la dentelle, la faiseuse de point à l'aiguille confectionne uniquement les fleurs en points, la jointeuse coud les différentes bandes de dentelle, la platteuse confectionne les fleurs au fuseau et l'appliqueuse les coud sur le réseau.

C'est en Belgique que les ateliers de dentellières sont le plus nombreux. En France, on les connaît en Normandie, à Alençon, mais, dans la plupart de nos centres, les ouvrières travaillent encore chez elles : il faut espérer que cette coutume ne disparaîtra pas : les femmes peuvent ainsi exercer leur métier sans négliger les soins du ménage. Dans le Velay, elles s'installent pendant la bonne saison devant leur porte, au grand air ; l'hiver elles se réunissent par groupes autour des béates. Les béates sont des femmes très dévotes affiliées parfois à des congrégations. Elles four-

nissent le chauffage aux ouvrières qui viennent travailler chez elles, elles les protègent contre l'ennui de la solitude, mais elles exercent aussi sur elles une pression morale.

Dans le Velay, et, en général, dans tous les centres où les ouvrières travaillent à domicile, il existe entre elles et les fabricants un intermé diaire : le leveur ou la leveuse qui prélève 10 °/0 sur le prix du travail qu'il apporte. Il est regrettable qu'on n'ait pas appris encore à se passer de ce courtier.

La situation de la plupart des dentellières est assez précaire pour que l'impôt qu'il lève constitue pour elles une charge très lourde.

Le salaire des dentellières ne dépasse presque jamais 1 franc ou 1 fr. 35 par jour; il descend souvent à 0 fr. 50 et quelquefois plus bas. Il était

Guipure du Puy. — Soie noire,

beaucoup plus élevé avant la crise des dentelles. C'est en Saxe que les ouvrières sont le plus malheureuses. En travaillant toute la journée elles gagnent à peine 0 fr. SO. Dans l'Erzgebirge les hommes s'occupent du soin du ménage pour que les femmes ne salissent pas leur ouvrage. Le gouvernement saxon s'est ému de cette situation, et, pour venir un peu en aide à ces pauvres gens, il a acheté, il y a quelques années, pour 500.000 fr. de dentelles. Il pensait ainsi relever un peu les salaires; il n'a fait que débarrasser les fabricants des stocks qui les encombraient : la condition des ouvrières est restée aussi misérable.

Le travail de la dentellière ne paraît pas, au premier abord, bien pénible; c'est, ru contraire, un des métiers féminins les plus épuisants. En Belgique, on entasse les ouvrières dans des ateliers obscurs, bas, mal aérés, où leurs yeux se fatiguent où leur sang s'anémie. La minutie du travail, qui contraint à suivre sans cesse les points, à regarder les fuseaux s'entre-croiser sur le carreau, amène une myopie rapide, et parfois la perte complète de la vue. La position assise et penchée, gardée pendant de longues heures, favorise le développement de la tuberculose et rend à peu près inévitables les déviations de la taille.

11 n'est guère possible d'établir une statistique exacte de la production, cle la consommation et du trafic des broderies et dentelles : ces industries sont trop morcelées. Les chiffres que l'on a

Ecole de dentellières, fondée à Maliaes, par Mlie Van Gostenoble.

proposés, s'ils ne sont pas d'une rigoureuse exactitude, indiquent, en tout cas, quelle importance on attribue aux dentelles et broderies en Europe. Blanqui, rapporteur de la classe des tissus à

Une dentellière, d'après Ver Meer, de Delft.

l'Exposition de 1835, évaluait à âO millions la fabrication des broderies en France. En 1851 on doublait à peu près ce chiffre, et on comptait approximativement 700.000 brodeuses en Europe. Les dentellières ne sont pas beaucoup moins nombreuses : on ne doit pas être loin de

la vérité en fixant leur nombre à 600. 000 environ. En Belgique déjà, on en compte à peu près 100.000, et plus du double en France. La valeur de leur travail est impossible à fixer. Le prix d'une dentelle s'apprécie souvent comme celui d'un tableau: il ne dépend pas seulement de la beauté, mais encore de l'amateur.

L'avenir se présente sous un jour assez favorable pour la dentelle et pour la broderie à la main : leur développement paraît assuré ; aussi, maintenant, faudrait-il se préoccuper de la situation des ouvrières. Elles ne possèdent ni syndicat, ni association; elles sont à la merci des fabricants qui en abusent, sans se souvenir qu'il y aurait encore, dans l'état actuel des choses, une cause de mort pour leur industrie : ce serait la disparition des dentellières et des brodeuses.

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