ESPAGNE
La savonnerie et la stéarinerie espagnoles ont participé à l'Exposition par l'intermédiaire de quelques-uns de leurs représentants les plus estimés. Ces industries n'ont certainement pas l'importance que possèdent celles de France et d'Angleterre, mais, étant donné le développement qu'a prise en Espagne l'industrie des toiles et tissus imprimés , et eu égard aussi au mouvement de rénovation qui s'est emparé de ce pays privilégié, il est certain qu'il ne tardera pas à monter et à augmenter ces fabrications de façon à être en mesure de s'affranchir de l'étranger. Gonmie ses voisins, il possède une des matières premières en suffisante cpiantité, et si, pour la seconde, il est encore tributaire des autres pays, le moment n'est pas loin où il caura produire lui-même cet article de première nécessité qui, avec l'acide sulfurique, forme en quelque sorte la base de toute industrie. Sel et houille ne lui font, du reste, pas défaut, pas plus que les capitaux nécessaires k la construction, et à l'organisation d'une soudière à l'ammoniaque qui formera le complément indispensable des grandes fabriques à acide sulfurique qui existent déjà à Biibao.
Parmi les exposants espagnols nous citerons :
M. Bachs y Bot [Jaime)^ à Badalona (province de Barcelone). A exposé des savons de toute nuance.
M. Chavvet (^Pablo)^ à Tortosa (province de Tarragone). Son exposition comprenait surtout des savons d*huile d*olive.
M. LizARiTDBRY Y Rbzola , à Saint-Sébastieu (province de Guipuzcoa). Bougies et savons fort bien fabriqués.
M. MoRciLLo Garcia [Josi)^ à Madrid, rue de Aguirre, i. Ses savoDS blancs et de couleur avaient bd aspect
M. Pages [AitroNJo), à Barcelone, rue Carretas, 1 1. Outre des savons , a expose différents spécimens d^huiies.
ÉTATS-UNIS
Bien que les industries de la savonnerie et de la stéarinerie soient relativement très développées aux États-Unis, leur production ne suffit pas encore aux besoins grandissants de la consommation. Les savons et les bougies stéariques sont , en effet, des objets d'importation assez conséquents , et ce sont en particulier les nations européennes qui concourent à cette fourniture, tandis que l'Amérique nous envoie en retour de notables quantités de matières grasses et principalement de l'huile de coton. C'est en effet l'huile qui nous est expédiée, car les graines de coton d'Amérique, pour des raisons multiples : constitution de la graine qui ne peut se dépouiller entièrement de son duvet, éloignement des lieux de production des ports d'embarquement rendant son prix de revient prohibitif, échauffement rapide de la graine en cours de route qui, dans les expériences faites, a détruit jusqu'à 85 p. 100 de la marchandise, cette graine pour toutes ces raisons ne peut être importée d'Amérique ^^\ Le commerce de cet article avec la France est devenu assez important dans ces dernières années. De 19969 tonnes qu'il était en 1887, il est ^^^^ ^ 69,561 tonnes en 1899. Ainsi, sur les 78,000 tonnes d'huile de coton, représentant s8,&o3,93& francs, que notre pays a consonunées en 1899, les Etats-Unis ont fourni près de 70,000 tonnes.
La France a en retour importé aux Etats-Unis, pendant la même année, 3o& tonnes de savons ordinaires, sans compter les savons de parfumerie. Ce chiffi*e est de beaucoup inférieur à celui de 1887, par exemple, qui s'est élevé à 566 tonnes.
On observe une diminution du même genre dans nos exportations de glycérine c[ui sont tombées à 1,968 tonnes en 1896 alors qu'elles étaient de â,i6& tonnes en 1887.
Ces chiffres sont un indice des progrès incessants que fait l'industrie de la savonnerie en Amérique. H est probable que celle de la stéarinerie suivra un développement parallèle. Depuis la création des soudières de Syracuse, dans l'état de New^-York, de Détroit, dans l'état du Michigan , il fallait s'attendre à ce que toutes les industries qui ont pour base la soude , progressent et s'agrandissent.
Une seule de ces industries de la savonnerie s'est fait représenter à l'Exposition.
M. Barritt {B, t.), Washington Street, 86, à New- York..
A exposé des échantillons de tous les produits principaux et secondaires de la savonnerie. Savons, glycérines, potasses, etc.
(0 Bamoh, loc. cil., p. 8.
GRANDE-BRETAGNE
Les maisons qui s'occupent de la fabrication des savons et des bougies stéariques ou de paraffine, qui ont participé à l'Exposition, figurent parmi les plus considérables du Royaume-Uni. Ces maisons se distinguent, en eflfet, par une organisation technique et commerciale remarquable, par une production colossale et par une puissance que peu de maisons similaires du continent ont pu atteindre.
Sans doute, (chacune d'elles croit avoir été la première à imaginer ou employer tel ou tel procédé, à fabriquer tel produit fourni de longue date par d'autres établissements; chacune encore se figure être en possession de la première manufacture du monde, mais il n'en est pas moins vrai que, si Ton fait la part de cette sorte de bluff dont ils sont coutumiers, et de la prodigieuse réclame qu'ils font autour de leurs produits, il faut reconnaître que nos voisins d'outre Manche voient grand, et savent faire converger vers un but utilitaire toutes les ressources que leur procure un trafic bien organisé et la connaissance des principales sources de matières premières.
Plus que tout autre, le peuple aurais perçoit nettement que les conditions techniques commerciales sont telles que les entreprises industrielles, comme les exploitations agricoles, demandent pour fournir des résultats rémunérateurs, h être conçues largement et à être dirigées avec un grand discernement et beaucoup d'esprit de suite.
La savonnerie et la stéarinerie anglaises procèdent des industries similaires françaises. Si en Grande-Bretagne la fabrication des bougies stéariques a été inspirée par les travaux de Chevreul et les succès industriels d'un de Milly, c'est à l'Angleterre que paraît revenir le mérite d'avoir su tirer parti de l'ozokérite et d'avoir créé l'industrie des bougies de paraffine. Ce sont aussi ses industriels qui les premiers ont réussi à produire sur une grande échelle de la glycérine distillée et pure, telle qu'elle est employée en pharmacie et en thérapeutique.
Gomme le montre la statistique d'exportation, la savonnerie est en plein progrès, puisque les produits vendus à l'étranger ont presque doublé depuis 1899. Quant à la stéarinerie elle semble plutôt stationnaire.
VALEUR EN LIVRES STERLING DES EXPORTATIONS DES SAVONS ET R0U6IES STEARIQUES PENDANT LA PERIODE DE 1892 À 1900.
SAT0N8. BOUOIBS.
Fjeld, LIMITED [J.-C. ET J,)jk Londres S. E. Uppe Marsh Lambeth.
Fondée en 186 a, cette maison ne fiit transfonnëe en société à responsabilité limitée qu'en 1887. Cette importante maison, qoi a plusieurs usines, dont la plus importante est celle de Lambeth, a exposé différentes variétés de blanc de baleine, de cire, de lozukérite, de la paraffine, de la stéarine, de Tole'ine, de la glycérine; et, parmi les produits manufacturés, des bougies de sperma-ceti, des bougies de paraffine blanches et colorées, des veilleuses, des savons pour ménage et pour teinturiers d^raissears ; des savons de toilette , des savons médicinaux , des huiles animales et minérales , etc.
Outre rindustrie de la sléarinerie et de la savonnerie , à laquelle la maison a donné un développement considérable, elle s*est attachée k tirer parti de lozokérite dont elle possède et exploite des gisements très importants. Cette matière première est purifiée et transformée, dans ses usines, en bougies, veilleuses et autres produits servant à Téclairage.
MM. G088ÀGB ET FILS, de Widnes.
Cette maison, dont il a été question dans la grande industrie chimique, fabrique également et a exposé dn suif pur, de la glycérine brute et chimiquement pure, de la nitroglycérine, du savon, des huiles de coco, de palme, de lin, de la colophane. Ce dernier produit, montré en même temps que du savon , semble prouver que celui-ci est résineux.
MM. Lever Brotbers, Limited, k Port Sunlight (Cheshire).
Si les savons et autres produits de MM. Leveb Brothbrs ne sont en rien supérieurs à ceux de fabrication française et ne se distinguent que par Ténorme publicité k laquelle ils sont sujets, il ne saurait en être de mémo de Torganisalion de cette maison et des moyens puissants qu'die a su mettre en œuvre. C'est donc a ce point dl^ vue seulement qu'elle mérite d'être mentionnée. Sa conception est bien moderne et digne de l'esprit d'initiative du génie anglo-saxon pour lequel les entreprises industrielles ne deviennent réellement intéressantes et productives que lorsqu'elles ont une grande envergure et qu'elles sont établies sur des bases quelque peu larges et solides. Seides, d'ailleurs, les grandes maisons sont en mesure de supporter certains frais généraux, parmi lesquels il faut placer en première ligne l'amélioration des conditions de l'ouvrier et la collaboration d'hommes de science et de techniciens de toutes les spécialités, qu'exige un vaste étabUssement.
La création de la maison Lever Brothers date seulement de l'année 1886. A cette époque, le savon Sunlight ^'^ était fabriqué k Warringlon et la production ne comportait que ùo tonnes par semaine. Ce n'est qu'en 1888 que le village et l'usine de Port Sunlight lurent fondés, en même temps qu'on ouvrait des bureaux k Montréal et k Bruxelles, puis en 1889 k Rotterdam, Sydney, en 1890 k Toronto an Canada.
En 189&, époque k laquelle la maison fut organisée sous la raison sociale de Lever Brothers, Limited, elle créa une fabrique d'huile de coton k Vicksburg, aux Etats-Unis, et en 1 896 fut établi un bureau k New- York. La même année, la Société fonda un moulin d'huile de coprah k Sydney, en Australie, et, en 1897, elle construisit paiement une fabrique d'huiles et de tourteaux k Port- Sunlight même, tout en agrandissant sa savonnerie de façon k porter la production k 9,^00 tonnes par semaine. Les années 1898 et 1899 sont mai*quées par la création de savonneries k Olten (Suisse),
^^' Diaprés des formules de savon Sunlight Iroiivées dans la littérature chimique, ce savon serait notablement inférieur au produit de Manteille , puisqu'il renferme de la résine.
Boston (États-Unis), BraxeQes (Belgique), Mannheim (Allemagne), Philadelphie (États-Unis), Sydney (Austi^alie), Toronto (Canada). I^ capacité de production de chacune de ces usines est de 100 à âoo tonnes de savon par semaine, et la sîiperficie des emplacements varie de lo à 93 acres.
Il serait fastidieux d*énumërer ici tout le matériel, toute la machinerie qui servent à l'exploitation de Tusine de Port-Sunlight. Qu'il nous suffise de diie que cette dernière ne possède pas moins de 1 o8 chaudières, de &.s mètres de profondeur, pour la cuisson de son savon et de a,ooo châssis pour sa coulée sous forme de blocs qui sont ensuite découpés en barres ou en morceaux.
Le maisoti possède, en outre des bateaux, des chalands qui lui permettent d'assurer le transport de ses matières premières des lieux de production à ses usines et les produits fabriqués dans les diflférents pays qu'elle dessert.
Établie dans une région inhabitée jusqu'alors, la Société s'est donnée comme tâche de créer pour ses ouvriers tout un village comprenant non seulement des habitations, des cottages ^^^ très confort tables, qu'elle loue à raison de 5 francs à 7 fr. 5o par semaine, mais enox)re des écoles pour tous les Âges, un institut de jeunes filles, un club pour les hommes, des salles de gymnastique, une bibliothèque, etc. , en un mot un ensemble d'institutions destinées à élever le niveau moral de ses ouvriers, à développer leurs facultés et, par suite, à cimenter leurs attaches avec l'établissement. Ce village comprend actuellement 3,000 habitants. Rappelons enfin que le système de huit heures de travail est adopté dans les usines.
Patent Borax Company Limited, h Ladywood, près Birmingham.
Cette Société, qui raffine le borax de Californie, le préconise non seulement comme antiseptique mais encore comme matière k blanchir I A côté du borax pur en poudre, granulé ou en cristaux, elle a exposé des mélanges de borax et de savon, du savon pur, du savon à la glycérine et au borax, du cold cream au borax, etc.
MM. ScRUBB et C*, Guildford Street, York Boad, Lambeth, London S. E.
Comme la précédente maison, MM. Scrubb et C'* exposent des produits servant au blanchissage et, en particulier, des solutions ammoniacales.
Pears Limited, A. et Fe,, 71-75, New-Oxford Street, London W. G.
Fondée en 1789 par M. A. Pears, cette maison, qui ne le cède en rien comme réclame à celtes citées plus haut , a comme spécialité la fabrication des savons transparents qui s'obtiennent , comme on sait, en dissolvant dans l'alcool du savon blanc de Marseille, filtrant et évaporant. Cette fabrication est, en partie, remplacée par une autre qui consiste à ajouter au savon obtenu à froid, de l'alcool, de la glycérine, etc, , afin de le rendre transparent.
Prices Patent Candlb Company, Limited, à Londres, S. W. Belmont Warks, Battersea.
Cette Société, au capital de i5,i5o,ooo francs, fut constituée en 18&7. Elle acquit à celte époque les établissements de la Société Edward Price et C', qui avait été fondée en i84o par MM. William
^^) Ud modèle de ces cottages a figuré à fexposition de Vincennes.
Wilson et Lancaster, rrpour exploiter industriellement un brevet qu'elle avait acquis pour séparer les principes solides et liquides de Thuile de coco, afin d'utiliser la partie solide dans la fabrication des bougies et la partie liquide comme huile d'éclairage. » La première spécialité introduite par la maison fut la bougie ir composite t) préparée avec un mélange d'acide stéarique, retiré de l'huile de palme, et de stéarine obtenue avrc l'huile de coco. Gomme mèche on se servit de la mèche tressée, qui avait été brevetée en France, en i836, par Cambacérès.
Elle breveta et appliqua plus tard des procédés pour l'acidification de corps gras à une température relativement élevée, et distillation subséquente des acides gras à l'aide de la vapeur d'eau surchauffée, brevets qui permirent d'obtenir de lacide stéarique blanc et pur en partant de matières grasses colorées comme l'huile de palme et les produits provenant du dégraissage des os, des peaux, etc. (Brevet de John et Wilson en s8&9, de Gwinne et Wilson en tSlik). En i853, M. Wilson prit un nouveau brevet pour la production de la glycérine pure par la distillation à l'aide de la vapeur surchauffée. Encore actuellement la Glycérine Price, ainsi obtenue, est très appréciée en thérapeutique. Lorsqu'en i85o, apparut sur le marché la paraffine, la Société porta tous ses efforts sur cette malière nouvelle, chercha des méthodes pratiques pour le raffinage de cet hydrocarbure, méthodes qui firent l'objet des différents brevets [Hodges 1871, 1898, brevet Calderwood et Hodges 1894] auxquels il faut ajouter plusieurs aulres brevets sur des perfectionnements apportés dans les machines et les appareils.
E31e a créé différents types de bougies et de veilleuses h la paraffine, fabriquées avec des mélanges de paraffine et d'acide stéarique, l'hydrocarbure non mélangé ne convenant pas pour les pays chauds.
Outre l'industrie stéarique proprement dite, la maison s'occupe également de la fabrication des savons de ménage, des savons industries, des savons de toilette, etc.
Le grand commerce d'huile qu'elle pratiquait depuis longtemps et qui prit une nouvelle extension en 1889, époque à laquelle la maison Veitch Wilson, HoUiday et G' lui céda sa fabrique d'huiles à graisser, la mit en mesure de produire des huiles de graissage , en même temps que des huiles pour apprêt des étoffes.
La Compagnie possède deux usines, l'une située à Battersea (fBelmont Works ^ , près de Londres, qui couvre uùb étendue de A hectares et demi et qui possède sur la Tamise un excellent abord de a63 mètres et sur la voie publique une façade de 3oo mètres; l'autre h Bromborough Pool, à environ 5 milles de Liverpool, d'une étendue de a 5 hectares: h ces fabriques il convient d'ajouter les établissements d'huile qu'elle possède à Manchester, de sorte que l'étendue totale des terrains appartenant à la Compagnie s'élève aujourd'hui à 3a hectares et demi.
Le nombre total de ses employés et ouvri^^rs dépasse a,a5o, dont i,55o sont attachés à Belmont Works, près Londres, et environ 700 à Bromborough, près de Liverpool.
La somme annuelle des salaires s'élève à 4, a 00,0000 francs. Le chiffre des ventes a été en moyenne de i4,aoo tonnes par an, pendant les années 1847-1861; il a atteint durant ces cinq dernières années 1895-1899, i53,i3i tonnes par an.
Étant donné l'impoiiance de cette production et aussi la multiplicité des appareils, des machines en usage, il va sans dire qu'outr<3 les ateliers de production, les élablissemenls possèdent des ateliers de construction mécanique, de menuiserie, de cartonnages, de fabrication de mèches, une imprimerie, etc.
Le bien-être matériel, moral et social de l'ouvrier est également l'objet de la sollicitude de la Compagnie.
A Bromborough elle a créé un véritable village consistaat en i4a maisons d'habitation, avec chapelle, école, hôpital, bibliothèque, champ de récréation, etc. A Belmont, où les facilités d'instruction et de récréation existent en dehors de la fabrique, le besoin de pareilles institutions était plus restreint qu'à Bromborough Pool Works. On y a, néanmoins, installé un institut et une bibliothèque, et les classes ainsi que les dubs récréatifs y rendent de grands services.
Il existe enfin, depuis 189&, une caisse de retraites pour les ouvriers, dont les fonds nécessaires sont fournis entièrement par la Compagnie, sous la direction et le contrôle exclusif du conseil d'administration.