IX. OXYCÉTONES. - ALIZARINES
L'histoire des colorants dérivés de l'anthracène et surtout de l'alizarine est bien connue; on sait qu'on extrayait autrefois des racines de garance un principe colorant qui teignait en nuances rouges très solides les mordants métalliques, et que les nombreux travaux scientifiques entrepris pour déterminer la nature de ce colorant, aboutirent à la synthèse et à la production industrielle de l'alizarine ( 1869-1 868 ),,c[ui fit disparaître la culture de la garance mais qui fut en revanche l'origine de nombreux progrès industriels.
Les remarquables recherches de Roussin sur la naphtazarine et l'alizarine et surtout de Graebe et Liebermann sur la synthèse de l'alizarine sont trop connus poiu* qu'il soit utile de les rappeler ici; nous citerons seulement pour mémoire qu'on obtient l'alizarine en oxydant l'anthracène en anthraquinone qui est ensuite bromée ou sulfonée. Ces dérivés enfin fondus avec les alcalis pour remplacer le ou les groupes substituants par OH.
Depuis 1868, date de la découverte de Graebe et Liebermann et de l'industrie des alizarines, celle-ci s'est considérablement développée grâce aux recherches scientifiques très nombreuses dont cette importante série a été l'objet. En 1889, on connaissait et exploitait des jaunes, des oranges, des rouges, des grenats, des marrons, des bruns, des ver'?, des bleus et des noirs d'alizarine; néanmoins, on a découvert depuis cette époque un nombre assez considérable de colorants oxycétoniques parmi lesquels nous citerons :
Jaune d'alizarine A. Acide }>enzoïque et pyrogallol (tiûoxybenzophénone). (Brevet fi*. 199381
[Badische].) Jauoe d'anthracène. Dibromdioxy |3 méthyl coumarine. (D.R.P. 89997 [Bayer].) Vert d'alizarine S. Chauffage du grenat d'alizarine (aamidoalizarine) avec de la glycérine, du
nitrobenzol et de l'acide sulforique (réaction de Skraup pour l'oblention de dérivés quino-
léiques, et solubilisation du produit par bisulfite de soude). (Brevet fi*. 393766 [Meister
Lucius] .) Bordeaux d'alizarine B. Tétraoxyanthraquinone 1.3.5.8. (D.B.P. 6o885 [Bayer].) Vert d'alizarine G. Disulfhydranthraquinone tétrahydroxylée disulfonée. ) ^Brevet fi*
OH. S0%. OH. SH. OH. S0%. OH. SH. ),iiLno )
Bleus d'alizarine BB et G.B. Hexaoxy (i.3.â.5.6.8 ) anthraquinones disulfonées. (Brevet &*•
333906 [Meister Lucius].) Bleus d'anlhracène \VB , WG , WB qui sont des hexoxyanthraquinones que l'on obtient par
l'action de l'acide sulfuriqiie fumant et du soufre sur la dinitroanthraquinone i.5. (D.B.P.
67103 et 71435 [Badische].) Alizarines cyanines B, sR et 3R qu'on obtient par l'oxydation du bordeaux d'alizarine et qui sont
des pentaoxyanthraquinones 1.9.&.5.8, ou des hexaoxyanthraquinones i. s. 4.5.6.8 —
1.2.4.5.7.8 — sidfonées. (D.R.P. 62018 [Bayer].) Alizarines saphirok.
Vert fonce d'alizarine. Naphtazarine-phënol. (Badische.) Noir d^aiizarine S.R.A. Anilidonaphtazarine sulfîtéé. (Bohn-Badische.) Noir d'alizarine. ^quinoléine de la flavopurpurine. (M. Lucius.) Noir d'alizarine cyanine G. (Bayer.) Noir d'alizarine T. (Bayer.) Acide dinitroanthrachrysone disulfonique. (Laubmann, M. Lucius.) L^anthrachrysone est la tëtra-
oxynthi*aquinoDe 1.3.57.
Comme on le voit, les principaux efforts ont porté vers l'obtention de dérivés anthra* quinoniques de plus en plus complexes et comprenant un nombre de plus en plus considérable et allant jusque 6 sur 8 possibles de groupes OH ; on a même vu des exemples d'anthraquinones entièrement substituées. Toutefois, il faut signaler un travail assez important dans la direction inverse, celui qui conduit à l'obtention de Tanthracène monosulfoné; ce corps n'avait pas été obtenu directement et on considérait sa formation comme impossible par sulfonation directe , M. Chapuis a montré que l'action de l'acide sulfuriqueà53 degrés Beaumé (brevet fr. 227396 [Saint-Denis]) sur de l'anthracène à 70-80 p. 100 de produit pur, donne le /3 monosulfoanthracène qui, soumis à une seconde sulfonation, donne les disulfos 2.6 et 2.7. Ces trois produits, soumis aux réactions habituelles (oxydation et fusion alcaline) engendrent respectivement : la dioxanthraquinone 1.2 (rouge d'alizarine); la trioxyanthraquinone 1.2.6 (flavopurpurine); la trioxyanthraquinone 1.2.7 (isopurpurine).
A signaler également des dérivés anthraquinoniques amidés disubstitués obtenus par MM. Haller et Guyot en partant 'des acides benzoylbenzoïques et benzylbenzoïques amido- substitués et en les traitant, les premiers par l'acide sulfurique, les seconds par l'acide sulfurique et un oxydant. (Brevet fr. 277610 [Saint-Denis].)
Citons, enfin, un très beau colorant bleu solide, obtenu par la Société Badoise en fondant à 2 00-3oo degrés de la /3 amidoanthraquinone avec de la potasse caustique. Il se forme aussi un leucoderivé qui, par oxydation, fournit la matière colorante bleue appelée itidanthrène.
En portant le mélange à 33o-35o degrés, on obtient un autre dérivé soluble en bleu dans les réducteurs alcalins. Il forme, dans ce dernier cas, une véritable cuve et teint le coton en nuances bleues, jaunissant à l'air et sous l'influence des oxydants. Ce jaune, sffeléjlavanthrène est très résistant. (Brevet 3o95o3.)