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I. Préparation ob l'Indigo naturel

Depuis l'introduction, sur le marché, de l'indigo synthétique, les productem^s d'indigo naturel se sont avec raison préoccupés de l'avenir de la culture de la plante qui le fournit. Les gouvernements de la Grande-Bretagne et de la Hollande, directen\ent atteints dans leurs colonies, ont cherché un remède au nouvel état de choses, et ont saisi les hommes de science de la question. Il en résulte que, depuis quelque temps, on a étudié de plus près cette culture, et on a surtout cherché à améliorer les procédés d'extraction , de façon à augmenter le rendement en matière tinctoriale. Tous ces essais ont fait l'objet de communications, de conférences et de monographies, parmi lesquelles nous citerons en première ligne une conférence due à M. Rawson^^^, et insérée dans le journal de la Société des arts de Londres, une autre conférence faite par M. Nœlting à la Société industrielle de Mulhouse, et enfin celles de M. Baeyer et de M. Brunck, publiées dans le Bulletin de la Société chimique de Berlin. Nous avons, d'autre part, reçu des renseignements précieux de quelques-uns de nos colons de la Martinique et du Tonkin, ainsi que de certains exportateurs français de Calcutta, de telle sorte que nous pouvons à l'heure présente déjà nous faire une idée approchée des chances qui restent au produit naturel, et savoir quelles conditions de prix doit remplir l'indigo artificiel pour être en mesure de supplanter son rival.

S 1. Historique. — Il semble que l'emploi de l'indigo comme matière tinctoriale date de la plus haute antiquité. On a découvert que des tissus bleus, trouvés sur des momies égyptiennes vieilles d'environ cinq mille ans, avaient été teints à l'indigo. Dioscorides en fait déjà mention, et Pline en donne la description sous le nom à'indicum, et rdate qu'il fut importé des Indes en Europe; mais il paraît ne pas avoir connu ni son origine, ni sa composition. Dans plusieurs écrits anciens, le nom iVtVa a été employé pour désigner l'indigo et la plante dont il dérive.

Avant le xvi*" siècle, on employait très peu l'indigo en Europe, et, durant de nombreuses années, la consommation en était plutôt minime, pai' suite de l'opposition des cultivateurs de pastel qui, en Angleterre, en France et en Allemagne, incitèrent les pouvoirs publics à en proscrire l'emploi. Les cultivateurs de pastel prétendaient que c'était une drogue coiTOsive et pernicieuse; en réalité, ils craignaient que l'importation de l'indigo ne consommât la ruine de leur industrie.

En France, la loi était si sévère que Henri IV fit publier un édit condamnant à la peine de mort quiconque emploierait cette drogue pernicieuse , appelée « nourriture du diable r>.

('^ La plupart des données concernant la culture et le traiicnient des plantes A indi{jo sont empruntées à la Conférence remarquable de M. Rawson«

EXPOSITION UNIVERSELLE LMERNATiONALE DE 1900.

8 2. Origine. — L'indigo ne croît que sous les tropiques; les principaux lieux de production sont les Indes, et tout spécialement le Bengale, rOudhe, Madras. On le fabrique aussi à Java, à Manille, en Chine, au Japon, au Tonkin, au Cambodge, dans l'Amérique centrale (Guatemala, Mexique, Salvador), ainsi que dans certaines parties de l'Afrique. La plupart de ces pays ont tenu à montrer leurs produits à l'Exposition de 1 900.

Les principales plantes d'où l'on retire l'indigo sont : YIndigofera tinctoria, YIndigofera anil, YIndigofera disperma, YIndigofera lepiostachya et YIndigofera argentea. Il y a encore de nombreuses variétés de moindre importance.

D'autres plantes que celles de l'espèce Indigofera fournissent aussi de l'indigo, mais dans une proportion relativement moindre. Il en est ainsi de la WeighUa tinctoria (Madras), du Strobilanthes Jlaccidifolitis (Assam), du Tephrosia toxicaria (Bombay), du Polygonum tinctorium (Chine et Russie), du Lonchocarpus cyanescens (côte occidentale de l'Afrique), et de Yhatis tinctoria (Chine, Afghanistan, etc.).

Vlaatis tinctoria ou pastel, très répandu jadis en Europe, n'est plus guère cultivé que dans le Lincolnshire, et, sur le continent, dans le sud de la France, la Hongrie, etc.; mais on ne l'emploie plus isolément pour la teinture.

Fig. 88.

S 3. Culture. — De (outes les plantes que nous venons de citer, la plus répandue est, sans contredit, YIndigofera tinctoria, qui seule est cultivée au Bengale. Avant de semer la graine, la terre est soumise à une préparation assez laborieuse. En octobre, dès que la saison manufacturière est terminée, la terre est défoncée au moyen d'une

grande houe, après quoi elle reçoit un labour par la charrue ((ig. 88). Dans le but de casser les mottes et de l'adoucir, on promène sur la terre, soit une pièce de bois de cinq à huit pieds de long et ayant un côté plat, soit un rouleau très lourd. On laboure la terre encore trois ou quatre fois, et finalement les petites mottes de terre sont finement pulvérisées par des femmes et des enfants qui emploient à cet effet des baguettes courtes mais solides. La graine est semée au moyen d'un semoir vers la fin de février ou au commencement de mars.

Fig. 89

Elle lève au bout de quatre à cinq jours et, vers le milieu de juin, époque à laquelle la saison manufacturière commence habituellement, la plante a atteint la

(*) Ces figures nous ont oté communiquées gracieusement par M. Karpelès, grand importateur d^indigo , qui en a illoslrc une carte très soignée, indiquant les différents districts des Indes où Ton pratique la culture des pbntes à Indigo.

hauteur de trois à cinq pieds (fig. 89), avec une tige ayant environ un quart de pouce de diamètre^^^

La récolte de l'indigo est des plus précaires. L'abondance de pluies, comme leur rareté, est également nuisible. Quand la saison n'est pas favorable, il arrive -que l'on soit obligé de semer trois fois et même quatre fois. Outre les fluctuations du temps, trop grande humidité ou trop grande sécheresse, la destruction de la plante peut encore se produire du fait de petites punaises, de chenilles et même de certaines fourmis blanches.

La feuille de l'indigo est d'une couleur vert jaunâtre et rien n'indique qu'elle contient une matière colorante bleue.

Le rendement de l'indigo à l'acre (4,o46 mètres carrés) varie considérablement.

Le rendement d'une récolte de bonne moyenne peut être évalué de 5o à 60 quintaux (â,5oo à 3,000 kilogrammes) à l'acre. En prenant pour base le chiffre le plus faible, on trouve qu'une récolte d'indigo enlève à l'acre 53 kilogr. 5 00 de matière minérale, dont h kilogrammes d'acide phosphorique et 1 a kilogr. &5o de potasse. L'azote y figure en outre pour 17 kilogrammes; mais comme l'indigo est une plante de la famille des légumineuses, il est probable qu'une partie de cet azote est fournie par l'atmosphère. La plante épuisée, ainsi que celle de rebut, sont à peu de chose près les seuls engrais utilisés aux Indes. Cette dernière constitue même un engrais supérieur, car elle contient tout ce qui est nécessaire aux besoins d'une nouvelle récolte.

Aux Indes, dans le Bas Bengale et le Nord-Ouest, la cidture de l'indigo constitue une monoculture (^); mais, ainsi que le fait observer un de nos producteurs les plus avisés de la Martinique, on peut aussi l'envisager comme plante d'assolement productrice d'engrais. Dans ce dernier cas, elle permettrait la régénération des terres épuisées par une trop longue monoculture de la canne à sucre. M. Thierry a fait, à ce sujet, des expériences pratiques établissant que non seulement la culture de l'indigo restait lucrative, mais améliorait le terrain à tel point que les cannes à sucre cultivées après un tel assolement donnaient un rendement presque double du rendement normal, sans augmentation de dépenses.

Et M. Thierry ajoute : par l'indigo ce serait la culture perfectionnée qu'on pourrait appliquer dans les contrées ruinées par la monoculture de la canne à sucre ^^^.

t^) Dans le district de Béaarès, au moment de ]a récoite, les plants atteignent jusqu'à a m. 5o de hauteur et renferment par conséquent jusqu'à 5o à 66 p. ] 00 de ti[{es complètement exemptes d'indican et par suite inutiles.

Au Cambodge et en Gochinchine , on coupe la plante quand elle mesure de 5o à 80 centimètres et, dans ce cas, elle ne contient que 3oà35p. 100 de tiges.

t*^ Selon M. Karpelès, dans le Béhar (districts de Chuprah, Ghumparum, Tirhoot, etc.), on pralique

depuis de longues années Tassolement. Cette pratique ne se fait il est vrai, que sur une échelle asseï restreinte, mais, d'après M. Karpelès, elle s'étendra d'année en année. Le rebut des plantes n'est pas utilisé seulement comme engrais pour les champs en culture d'indigo : il sert surtout de matière fertile pour la culture du tabac, et principalement dans le Durbunjah et Sarun , où le paysan paye jusqu'à 80 roupies par acre avec engrais d'Indigo crSeet» contre 6 à 8 roupies sans engrais.

(•'*) Soit Reime dei culture» colontaleê^ iQt^a*

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