DISTILLATION DE LA HOUILLE
Jadis, c'est-à-dire dans la première moitié du siècle dernier, la houille n'était distillée quen vue de la préparation du gaz de l'éclairage, et c'est sur ce gaz que se concentrait toute l'attention de l'industriel, désireux et obligé qu'il était, pour réussir, de ie livrer aussi pur et aussi éclairant que possible. Ce résultat n'a cependant pu être atteint d'un
t^} Lbscamot, Hnioire de la Nouf^lh-France , i6id. hdit. Ed. Fross, Paris, 1866, p. 8o5, 811 , Sao. Ge. XIV. — Cl. 87. — T. H. 1 1
jour à l'autre, et ce n'est qu'à la suite de nombreux tâtonnements et de multiples essais, qu'on a réussi à se rendre maître des réactions qui se passent dans les phases successives que traverse le gaz d'éclairage, avant d'être mis à la portée des consommateurs.
Or, les perfectionnements introduits dans cette fabrication ont eu le double effet, d'abord d'améliorer le produit qu'on avait principaJement en vue, et ensuite de diviser le travail d'épuration , ce qui rendait possible une première séparation , grossière il est vrai, des matières condensées. C'est ainsi qu'on a réussi à recueillir, d'une part, carbures, phénols, anilines et goudron, et d'autre part, composés ammoniacaux, soufre et cyanures.
Mais tous ces produits secondaires de la carbonisation de la houille, qui provenaient, nous le répétons, de l'épiu'ation du gaz, étaient peu utilisés au début; ils étaient plutôt considérés comme des matières encombrantes, jusqu'au jour où les recherches systématiques des honmies de science ont montré combien étaient nombreux, variés et particulièrement intéressants, les divers composés que recelaient ces masses résiduaires d'aspect poisseux et peu engageant.
L'étude du goudron de houille et de tous les autres produits provenant de la distillation du charbon de terre a été, à tous les points de vue, une des plus fécondes qui ait été faite dans la seconde moitié du xix' siècle.
Par ses résultats analytiques, elle nous a révélé les richesses considérables, et sans emploi alors, que nous pouvions tirer de toutes ces matières.
Elle a eu en outre, pour conséquence, de susciter des recherches d'ordre synthétique, en particulier celles qui ont eu pour but de préciser les conditions exactes dans lesquelles s'accomplissent les multiples réactions pyrogénées, auxquelles sont dus les divers constituants du goudron.
La quantité innombrable de dérivés obtenus en partant des principaux composés extraits de ce goudron, les particularités isomériques que beaucoup d'entre eux présentaient, l'embarras que cette isomérie causait au chercheur ont, en outre, eu pour effet de stimuler l'imagination de l'homme de science et de lui inspirer ces hypothèses et ces théories ingénieuses qui, depuis un demi-siècle, l'éclairent et lui servent de guide dans ses recherches délicates et laborieuses.
C'est sans contredit à l'industrie du gaz de l'éclairage, que la science est redevable des magistrales recherches de M. Berthelot sur les réactions pyrogénées, de l'hypothèse géniale de Kekulé sur la constitution de la benzine, et des théories sur la structure des molécules qui en ont été la suite. En nous montrant tout le parti qu'on pouvait tirer du goudron de houille , son étude a enfm donné naissance à des industries aussi savantes que fécondes , où la science règne en maîtresse souveraine et d'où l'empirisme est rigoureusement banni.
Personne n'ignore de nos jours que l'industrie des matières colorantes artificielles, si prospèï*e et si riche en découvertes, procède de nos connaissance sur le goudron de houille. On pourrait presque en dire autant de beaucoup de parfums et de médicaments nouveaux.
Nous ne croyons certainement pas exagérer en plaçant dans l'histoire de l'évolution de la science organique, une ère spéciale, celle du goudron de houille, ère féconde entre toutes, et par lesrénovations qu'elle a provoquées dans la science, et par les applications
qu elle a vu naître et enfin par les pratiques scientifiques et rationnelles qu'elle a su introduire dans les établissements industriels.
Pour ne rester que dans le domaine des applications, outre le gaz, l'industrie du gaz de Tédiairage produit de l'ammoniaque et des sels ammoniacaux pour diverses industries et l'agriculture, des matières épurantes riches en cyanures pour les fabriques de prussiate, du goudron pour les usines de matières colorantes et d'autres usages, du charbon de cornue et en6n du coke. Les bénéfices qu'elle tirait de ces divers produits étaient considérables et permettaient , dans une très large mesure, de baisser le prix de vente du gaz, tout en rémunérant convenablement les capitaux engagés. Mais, depuis longtemps, le coke qu'elle produit ne suffit plus à la consommation générale et en particulier à relie de la métallurgie, qui s'est vue obligée de s'adresser aux cokeries établies à proximité des houillères. Or, pendant très longtemps, ces cokeries produisaient leur charbon dans des fours ouverts d'où s'échappaient, en brûlant, gaz et goudron. Ce n'est que depuis une vingtaine d'années qu'on a eu l'idée de faire la carbonisation de la houille en vase clos en instituant, en France et en Belgique d'abord, ce que l'on appelle àesfaur^ (irécupéraùondes sous-produiU , appareils dans lesquels les matières condensables , ammoniaque, carbures, goudron, sont recueillis, tandis que les gaz servent, ou bien au chauffage des chaudières à vapeur, ou bien pour des moteurs à gaz, ou bien pour l'éclairage.
Cette nouvelle source de matières premières pour les industries de produits organiques, a eu pour effet d'en abaisser le prix, et aussi de déplacer notablement la production qui constituait en quelque sorte un monopole au profit de l'Angleterre. Tous les pays qui sont en possession de houillères et qui fabriquent du coke pour leurs hauts-fom*neaux, ont actuellement intérêt à installer des fours à récupération des sous-produits, et à traiter ces sous-produits eux-mêmes, en vue de leur utilisation pour les fabriques de matières colorantes ou pour tout autre usage.
Il va sans dire que l'utilisation rationnelle de ces sous-produits (benzols et autres carbures, ammoniaque et sulfate d'ammoniaque) a une répercussion sur le prix du coke et partant sur celui du fer, de telle sorte qu'il y a une relation très étroite entre l'industrie des colorants et la métallurgie du fer.
On pourrait même ajouter que dans un avenir prochain , cette utilisation combinée avec celle de l'sdcool, ne manquera pas d'exercer son influence sur le chauffage et l'éclairage domestiques ainsi que sur la production de la force pour les petits moteurs et les automobiles.
L'Allemagne, les États-Unis, la France, sont entrés dans cette voie et le jour n'est pas loin oîi le continent européen se trouvera complètement affranchi de la Grande- Bretagne, au point de vue qui nous occupe.
FRANCE
Il n'entre pas dans le cadre de cette étude de donner une description des nombreux fours à récupération qui sont en usage ; nous nous bornerons de citer les systèmes et d'indiquer les houillères où ils sont installés dans les différentes régions du territoire français.
Au 3i décembre 1900, il en existait environ t,o5o, qui étaient répartis de ia Umm suivante :
180 du système Rumaux-Siebel, à la compagnie de Lens ; 190 du système CoUin, à la compagnie d'Aniche;
60 du système Solvay, à Dechy, à la compagnie d'Aniclie;
3o du système Solvay, à la même compagnie ; i5o du système GoUin, à la société Larroux de carbonisation ;
80 du système CoUin, à la compagnie de Nœux ;
5o du système Solvay, à la compagnie de Drocourt ;
60 du système Solvay, à la compagnie de Dom'ges ;
5o du système Solvay, à Wavrechin, de la compagnie d'Aiizin ;
5o sur 100, en pleine marchera Terre-Noire;
90 du système Carvei, à Bessèges ;
70 du système Carvei, à Tamaris;
3o du système Otto, aux mines de Decazevitle;
3o du système Seibel, aux mines de (Jrompagnac. Il y aurait enfin, à Blanzy, un certain nombre de fours Bniiick.
ÉTATS-UNIS
Le Ceiisus-Bureau , de Washington, a consacré l'année dernière un chapitre spécial à la récupération des sous-produits dans la fabrication du coke des Etats-Unis. Depuis la dernière statistique établie en 1889, cette industrie a pris un développement considérable. Les premiers fours ont été établis à Syracuse (Etat de New-York) en 1893, et fin 1899, il y en avait en tout 1,090, dont lâo dans l'Alabama, Ixoo au Massachusetts, 9 5 dans l'Etat de New- York, 2 55 en Pensylvanie, 60 dans la Virginie et Co dans Virginie de l'Ouest. Les trois systèmes Semet-Solvay, Otto-Hoffmann et Newton- Chambers sont représentés.
La production totale], pendant l'année où l'on a fait le relevé, se répartit de la façon suivante :