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ÉTIENNE

métier, pour lequel 11 a un attachement si profond qu'il semljle en faire un être familial ; aux temps antiques, il l'eût sacré dieu lare.

Le passementier transmet généralement son atelier en héritage ; et forme ses fils ou ses neveux au métier, La situation à Saint-Etienne, au point de vue de l'apprentissage, est différente de celle constatée à Lyon. On y fait aujourd'hui des apprentis et aussi sérieusement qu'autrefois, dans les mêmes idées industrielles et sociales. Toutes les déclarations recueillies à cet égard, au cours de mon étude, sont unanimes sur les avantages qu'il présente pour le maintien de la fabrique sléphanoise. « Pour nous, m'a-t-il été dit à la Chambre syndicale des tissus et matières textiles, l'antique méthode d'apprentissage dans l'atelier et les traditions de famille transmises de père en fils sont encore la meilleure école. Il s'agirait de les conserver le plus possil)le et d'y ajouter quelques données plus scientifiques et des connaissances plus générales, sans oublier que nous devons développer surtout les connaissances techniques de nos ouvriers. Nous avons besoin de bons tisseurs. » C'est cet enseignement que l'Ecole pratique d'industrie a pris à tâche de fournir à la population ouvrière de la rubanerie stéphanoise.

L'École pratique L'Ecolc pratique d'industrie a été fondée il y a i4 ans. Le 17 juillet

d'iiuluslrie. . . . , . i . m •

1882, le Conseil municipal en votait la création, et affectait une somme de i3o,ooo fr. pour l'installer dans un local appartenant à la ville. 49^500 francs, en outre, devaient être employés à l'aménagement du local, à l'achat du matériel et de l'outillage d'enseignement. Quand la délibération fut approuvée par le ministre de l'instruction publique, le conseil vota une nouvelle somme de i6,5oo fr. pour le traitement du personnel. L'école était inaugurée, le 1 7 novembre de cette même année, avec 54 élèves. Les atehers de travaux manuels commençaient à fonctionner vers le milieu de l'année suivante. Mais, dès i883, la municipalité, prévoyant qu'elle ne pourrait lui donner toute l'extension désirable dans l'immeuble où elle était installée, étudia et vota un projet de construction spéciale, dont les dépenses se sont élevées à 678,000 fr. Les cours enseignés à l'Ecole pratique d'industrie sont de deux ordres : les cours classiques, communs à tous les élèves d'une même division, qui ont pour but l'instruction générale des écoles primaires supé-

rieiires ; el les cours lecliiiiqiies. L'originalité spéciale do riiislilution est dans ces cours techniques, destinés à fournir aux élèves les moyens de faire l'apprentissafje scientifique et manuel d'un métier. En première année, les élèves passent dans tous les ateliers et s'initient au maniement des outils de travail du hois et du fer, de l'ébauchoir du modeleur et du ciseau du sculpteur. Après cette période d'essais, ils sont spécialisés, suivant les goûts et les aptitudes qu'ils ont pu manifester ; l'administration les répartit en conséquence dans les ateliers respectifs. Ils travaillent trois heures par jour manuellement, en deuxième année ; quatre en troisième, cin(| en (juatrième ; et, même, pendant le deuxième semestre de cette dernière période, on les garde dans les ateliers jusqu'à sept heures par jour, afin de les entraîner graduellement à la journée ouvrière normale, qir'ils seront appelés à fournir le lendemain de leur sortie de l'institution. Gomme les travaux manuels à l'école n'ont pas pour but de produire, mais uniquement d'instruire par la pratique, les difficultés sont présentées aux élèves d'une façon méthodique ; et le travail aux ateliers est facilité par un cours teclmologique. En même temps, le dessin est sévèrement enseigné en raison de son utilité pour les métiers. En première année, tous les élèves font du dessin à main levée pour s'habituer à manier le crayon et à juger des proportions. Ils dessinent d'abord, d'après des modèles muraux, des motifs à deux dimensions, puis les principaux solides géométriques représentés par leiu's arêtes ou contours en fil de fer ; et apprennent pratiquement les principales règles de la perspective. A partir du commencement de la deuxième année, l'étude du dessin est spéciale à chaque section ou groupe de section.

Actuellement, les élèves de l'école sont en nombre moyen de 3oo, répartis en quatre années dans la proportion suivante : i o3 dans la premièi'c aiuiée ; 78 dans la deuxième ; 09 dans la troisième et 5o dans la quatrième. Ce dernier chiffre accuse un progrès sensible sur les chiffi'cs antérieurs, car le nombre de ceux (jui achevaient le cycle complet des études n'était que de 20 p. 100. A peu près tous les élèves qui quittent l'école en troisième et en (quatrième année, entrent directement dans les ateliers, usines ou fabricpies comme petits ouvriers, au salaire moyen de 2 et 3 fr. par jour ; et quelquesims comir.e dessinateurs ou employés techniques de fabrication. De l'en-

quête faite dans les ateliers de Saiiit-K tienne et de la région, il résulte que le salaire moyen des anciens élèves à Tage de vingt ans est de 5 fr., supérieur de i fr. 5o c. à celui des jeunes gens de leur âge qui sont entrés dans l'industrie à leur sortie de l'école primaire. Le but industriel et social, poursuivi par l'école, est donc atteint. La rubaneric Daus unc villc où la soicric tient une si grande place, les cours de tissage

à l'Ecole prati(|ue , . • i i i •

d'industrio. (levaient constituer une des branches importantes du programme. Ils ont fonctionné dès le premier jour, malheureusement pas avec le succès (ju'on en attendait, en raison de l'insuffisance de l'enseignement théorique et prati(jue. On s'est très activement préoccupé, depuis deux ans, de les améliorer et de les compléter. Tous les élèves des cours reçoivent une instruction spéciale, bien en "rapport avec les besoins de la fabrique. En chimie, ils s'occupent de la teinture et du blanchiment ; ils cultivent des vers à soie et traitent le fil avec lequel ils tisseront. Le cours de mécanique comprend la descriplion et la théorie des métiers. Le cours de dessin ornemental amène les élèves à interpréter industriellement une composition ; quelques dessins même sont mis en carte, et traduits sur le métier. Dans leur troisième année, le professeur fait exécuter de nombreux montages — une quarantaine — qui initient les élèves aux difficultés techniques du lissage du ruban * et du vehjurs. Pendant un an et demi, ils font de la mise en carte. La création d'un cours supérieur de lissage a été décidée ; mais la réalisation du projet présente des difficultés d'ordres économique et social, contre lesquelles on n'a pu encore lutter victorieusement. Deux élèves seuls se sont présentés cette année pour le suivre ; et, à l'examen préliminaire, ils ont prouvé une telle ignorance des éléments mêmes du tissage qu'on a dû simplement leur faire suivre les cours de deuxième année. Cet enseignement dès le début avait provoqué de la part des fabricants une certaine liostilite, en raison de la théorie qui a encore cours aujourd'liui : que l'atelier seul peut former de bons apprentis. Or, l'enseignement de l'Ecole pratique d'industrie a démontré depuis deux ans, aux ouvriers et aux patrons, combien l'apprentissage familial est empirique ; on peut y enseigner mathémati(juemcnt, grâce aux travaux du directeur de l'institution, M. Lebois, l'organisme et le fonctionnement des métiers ; et une méthode nouvelle,

scientifique, est en voie de provoquer une véritable révolution d'idées parmi les mécaniciens et les passementiers.

L'école possède un atelier de tissage déjà fort important. Il contient tous les types de métiers de la fabritjue stéplianoise, trois métiers à rubans, systèmes américain Knowles, suisse et Jouberl, un métier d'étoffe de soie pour robe, un mélier d'étoffe coton, un métier velours étoffe, les mécaniques Jacquard, Verdol et Vincenzi. Non seulement ces métiers servent aux études des élèves, théoriques et pratiques, mais la direction de l'école a organisé, à l'intention des ouvriers et des patrons, des visites dominicales fréquentes, qui obtiennent un grand succès. En outre, elle met généreusement à la disposition des inventeurs ses ateliers de mécanicjue pour la construction des appareils nouveaux, dont une commission spéciale, très libérale, même audacieuse, dans ses décisions, a reconnu les mérites. Il y a là un encouragement public précieux donné à toule une catégorie d'ouvriers fort méritants et dignes d'être soutenus. L'instinct de la mécanique est inné dans le passementier stéplianois. C'est l'vm d'eux, Antoine Begon, qui trouva le système pratique d'adaptation à la rubanerie de l'invention de Jacquard. En 181 8, Barlet réussit le premier à mettre industriellement en œuvre le métier à façonné combiné avec la mécanique autrichienne ; la Chambre de commerce et la Société nationale d'agriculture, sciences et arts de la Loire ont eu fréquemment à récompenser, par les prix spéciaux institués clans ce but, de simples ouvriers pour des inventions aussi ingénieuses (p ['imprévues.

Cet atelier est un acheminement rapide vers la création du Conservatoire de métiers projeté, en i88g, au Musée municipal d'art et d'industrie. J'ai demandé à la Chambre syndicale des tissus son opinion sur l'utilité de ce conservatoire, dont Crefeld a déjà réalisé l'idée dans des conditions exceptionnelles d'ampleur et de publicité. Il m'a été répondu : « La création d'un Conservatoire des métiers rendrait de grands services. Nous avons fortement encouragé les essais dans ce sens. Notre chambre syndicale a décidé de demander un? subvention à la Chambre de commerce pour l'acquisition de nouveaux types à ajouter à ceux qui sont exposés à ri^>olc professionnelle. Il serait très utile d'avoir de suite les différents métiers

nécessaires pour instruire nos ouvriers. Il faudrait pouvoir acheter immédiatement les métiers pour rubans et velours et les métiers des industries qui s'y rattachent : métier à broder de Saint-Gall, métier à dentelles de Calais, métier à lacets, etc. Cette création ne répondra réellement à son but que si l'on peut faire marcher les métiers sous les yeux des ouvriers et si l'on se tient chaque année au courant des modifications apportées à l'outillage. » La rubanerie L'Ecolc professionuellc libre poursuit le même but que l'Ecole pratique

à l'Ecole professionnelle i,. i . i i-rï" i < 11 • 1 • •

libre. d mdustrie, avec les diiierences de système d enseignement que lui impo-

sent les idées très particulières et les circonstances spéciales dans lesquelles s'est faite sa création. Dans le préambule du règlement de cette institution, fondée en 1882 par le Comité des écoles libres congréganistes de la Loire, il est dit : « Quand le comité eut fait appel aux principaux industriels de Saint-Etienne pour avoir leur avis sur l'opportunité de l'école chrétienne professionnelle, il se posa tout d'abord cette question : Pour réussir est-il indispensable de créer à l'école des ateliers qui exigeront évidemment de grands frais ? En portant ses regards sur les ateliers si nombreux et si divers de notre laborieuse cité, il eut bientôt trouvé la solution. Saint-Etienne a cela de remarquable qu'il s'y trouve des industries très

variées et paraissant même opposées entre elles Il possède les genres de

travaux les plus divers et les mieux outillés, et peut être considéré comme ne formant en quelque sorte qu'un vaste atelier. D'autre part, les ateliers établis dans une école professionnelle ne peuvent être généralement qu'incomplets, insuffisants pour former réellement des ouvriers. Ne vaut-il pas mieux utiliser ceux de notre ville, si multiples, si bien organisés et dont les patrons nous ouvrent gracieusement toutes les portes ? N'est-il pas bon que l'apprenti se forme en celui où il devra travailler étant ouvrier, et sous la direction du patron ou du contremaître auquel il continuera d'être subordonné ? Le système des ateliers extérieurs à l'établissement, dirigés par de véritables chefs d'industrie et dans lesquels les élèves restent sous la surveillance directe de l'école, parut donc au comité être la vraie solution de la question de l'apprentissage. Ce fut aussi l'avis des principaux industriels de la région. » En conséquence de ces principes, les élèves qui ont suivi avec succès les cours de la troisième année et sont admis à ceux de la quatrième,

appelée année d'apprentissage, sont placés en ville, chacun dans un alelier de sa profession, et j travaillent comme apprentis sous la haute surveillance du frère directeur et du conseil de perfectionnement. Chaque soir, ils reviennent à l'école assister à des cours spécialement faits pour eux. Ils y reviennent également le dimanche et les jours de fêtes chômées. Le frère directeur s'informe de leur conduite et de leur travail technique ; il leur remet chaque mois un carnet indiquant les Jiotes ([u'ils ont obtenues en classe et à l'atelier; ce carnet est signé chaque fois par les parents et par les patrons. Cette institution est basée sur une apparence de système, alors que de toute évidence elle ne fonctionne ainsi qu'en conséquence d'une nécessité. Ses mérites et son originalité paraissent être surtout dans l'organisation et le fonctionnement de l'école, d'ordre, l'un et l'autre, bien plutôt moral que scientifique. En dépit de l'indifférence de l'Institut qui ne donne aucune subvention, de l'inertie des patrons auxquels on n'arrache que très péniblement les maigres subsides qui la font vivre — G, 000 francs par an pour 3oo élèves, — de l'hostilité du clergé qui voit dériver de ce côté les sommes qu'il désirerait pour un autre genre de propagande, le directeiu* et les professeurs de l'école s'y dévouent corps et àme. Le premier s'occupe avec une activité et un zèle infatigables d'assurer aux jeunes gens une situation industrielle, de les patronner efficacement en dehors de l'école et de les y retenir. Les résultats sont considérables. Ici, on a résolu le grave problème de l'assiduité par des primes de fin d'études, et aussi celui de détourner des professions libérales ces élèves qui ne veulent plus être ni employés, ni commis, ni clercs d'huissiers, et se montrent fiers de rester des ouvriers. A ce poinl de vue seul, cette institution mériterait d'être citée en exemple. « Prévenir la misère au lieu de la- secourir ; exercer la cluirité par la |)rotection du travail et non par celle de l'inactivité » : ainsi le fondateur de l'Ecole professionnelle fibre de Saint-Etienne me résumait le but social qu'il poursuit avec autant de foi que de persévérance et d'énergie.

La mode crée à la fabrique stéphanoise des difficultés plus graves encore Lonjanisaiion artisiique que celles dont souffre la fabrique lyonnaise. Autrefois, à Saint-Étienne, iabri,iiie''îiè^iii)aiis. en rubanerie, on faisait deux saisons simplement. Les acheteurs venaient sur place, deux fois par an, pour voir les nouveaux modèles et donner leurs

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commissions ; le fabricant ne se rendait à Paris que fort rarement. Aussi chaque maison, dont l'organisation sociale comptait deux personnalités bien distinctes, le fabricant et le dessinateur, possédait son atelier spécial pour la création des dessins ; en outre, de nombreux cabinets de dessinateurs alimentaient la place. De plus, les fabricants s'étaient fait chacun une spéciahté reconnue et recevaienl en conséquence, régulièrement, et longtemps à l'avance, les commandes des maisons qui avaient besoin de produits particuliers. On avait donc le temps de préparer une saison. Aujourd'hui, tout cela est changé. 11 y a une saison par semaine. De là des commandes hâtives, imprévues, impérieuses. En présence des fluctuations incessantes de la mode et de ses soubresauts invraisemblables, plus encore en matière de rubans et de velours que de robes — du jour au lendemain, sans hésitation, on passe du velours au ruljan, de l'uni au façonné ; ou l'on abandonne les ims et les autres — , les commissionnaires attendent la dernière heure pour commettre et réclamer une livraison presque immédiate ; de là naissent des contestations fréquentes. Faljricants et commissionnaires, peu ou mal renseignés, làlonnent, hésitent, simplifient pour diminuer les aléas et les pertes. Aussi les premiers doivent-ils faire constamment des voyages à Paris pour se tenir au courant de ces fluctuations ou tout au moins les pressentir. Mais le goût du lendemain réserve des surprises souvent désastreuses. La situation du producteur est difficile ; il faut (ju'il soit apte à saisir l'idée de l'intermédiaire et du client, à la traduire ou à la faire traduire, car hélas ! bien souvent il ignore le dessin. Alors, il doit s'adresser aux cabinets de dessinateurs de Paris. Or, les inconvénients de ce système d'emprunt de dessins sont aussi néfastes, sinon plus, pour la rubanerie que pour la soierie. N'y a-t-il \)i\s là un vice de fonctionnement dans l'organisme de la fabrique au point de vue artistique?

C'est l'Ecole régionale des arts industriels qui est chargée officiellement de fournir à la rubanerie ses artistes et ses ouvriers d'art.

La rubaiierie Eu 1 886, la vicillc Ecolc municipalc de dessin, fondée en i8o5 et réorga-

jgj. nisee en 1840, recevait une nouvelle constitution. Une convention était inter-

iis inciustiicis. venue entre le Ministère de l'instruction publique et la municipahté pour la transformation de l'étal^lissement en Ecole régionale des arts industriels.

D'après cette convention, l'école est placée sous la haute direction du ministre de l'instruction publique et des beaux-arts, sans l'approbation duquel aucune modification ne peut être apportée à son budget, ainsi cpi'au règlement et au programme des études ; elle est soumise à l'inspection de délégués du ministère. Le personnel est nommé par le préfet, sur la proposition du maire, après avis de la direction des beaux-arts. L'administration de l'école est confiée à un fonctionnaire, au titre de directeur, qui relève d'un conseil supérieur de perfectionnement composé de i4 membres: deux conseillers généraux, deux conseillers municipaux, le président du tribunal de commerce, deux membres de la Chambre de commerce, l'inspecteur d'académie, l'architecte départemental, le directeur des musées et quelques artistes, industriels et autres. Le budget de l'école est fixé à 4o?ooo francs.

L'école possède deux catégories de cours : les cours du soir où l'on enseigne le dessin en général, dessin d'imitation et dessin géométrique, l'anatomie, la géométrie, la perspective et l'histoire de l'art, et où l'on donne un enseignement théorique et pratique de tissage et de mise en carte ; les cours du jour pour les jeunes gens qui se destinent aux professions de décorateurs, dessinateurs et metteurs en cartes pour l'industrie du ruban, de sculpteurs ornemanistes pour le bâtiment et le meuble, de graveurs, ciseleurs et incrusteurs sur armes. La direction de l'école réclame en ce moment une classe d'architecture, qui existait autrefois et qui fut supprimée faute de professeur de valeur. Les élèves, au nombre de 44^? appartiennent aux professions suivantes : armuriers, 9 ; graveurs, 34 ; passementiers, 1 1 ; dessinateurs, 54 ; sculpteurs, 38 ; lithographes, g ; plâtriers-peintres, 1 1 ; élèves-architectes, 6 ; ébénistes-menuisiers, 6 ; écoliers, 4G ; employés, i 7 ; verriers, 2 ; mécaniciens, 2 ; horlogers, 2 ; tonnelier, i ; chaudronnier, i ; tapissier, i ; photographes, 4; doreurs-miroitiers, 3 ; instituteur, i. Ces élèves se répartissent ainsi scolairement : cours élémentaire de dessin, 129; cours moyen de dessin, 54; cours supérieur de dessin, 22; modelage, 35; cours de fleurs et de composition, 24; gravure sur métaux, 27; cours de mécanique, 1 2 ; cours de tissage et de mise en cartes, 1 36.

Pendant un long temps, à ses débuts, l'école a souffert d'une direction qui lui a été cruelle par une incapacité exceptionnelle, par une absence

complète de généreuse passion pour le développement de rinstitution, par l'indiscipline que l'incurie et rindifférence y laissaient régner; elle a même été deux années de suite sans titulaire de cette fonction. Aussi, le conseil général, la Chambre de commerce protestèrent-ils énergiquement contre une situation aussi périlleuse qu'attristante. En 1891, cette dernière, dans son rapport d'ensemble sur les industries de sa circonscription, adressé au Ministère du commerce et de l'industrie, émettait l'opinion suivante : « L'Ecole régionale des arts industriels, bien dirigée, bien organisée, pourrait rendre de grands services aux industriels de la région, qui ne soutiennent leur vieille réputation que par leurs éléments artistiques. » En 1898, la municipalité se décidait, enfin, sur les instances pressantes de l'administration des beaux-arts, à pourvoir l'école d'un directeur, qui dès son entrée en fonctions se [)réoccupa d'y apporter énergiquement des réformes de tous ordres, surtout d'y rétablir l'autorité de la direction et la discipline, de pousser l'enseignement dans la voie des études sévères en vue des services à rendre aux industries. Malheureusement, son action n'est pas aussi secondée qu'elle devrait l'être par tous ceux qui ont socialement la mission de s'intéresser effectivement à l'école. Jamais un industriel, un fabricant, un artiste ne se présente à la direction de l'école pour examiner les travaux des élèves, pour s'enquérir des bons sujets qu'il pourrait utiliser. Contrairement à ce qui se passe dans tant d'autres villes, les chefs d'atehers n'encouragent point les apprentis et les ouvriers à fréquenter les cours; un grand nombre même vont jusqu'à opérei' des retenues sur leurs salaires et appointements pour les ([uelques heures distraites de la besogne industrielle. Relativement à la rubanerie, l'enseignement de ces cours, à l'opinion des fabricants, ne donne pas les résultats que l'on est en droit d'en attendre. Leurs critiques sont les mêmes que celles qui ont été formulées à Lyon par les industriels et par les dessinateurs de la soierie : « L'enseignement n'est pas assez spécialisé au point de vue du dessin et de la peinture ; on n'ajiprend point suffisamment la fleur, élément presque exclusif de décoration des rubans, en vue de l'adaptation industrielle ; le dessin n'est pas assez sévèrement et lonfjuement enseigné. » En principe, ces criticjues sont fondées; mais elles forment luie contradiction complète avec la situation qui est faite aux artistes par ces mêmes

fabricants. J'ai sous les yeux une statistique officielle des lauréats de l'école. Sur huit dessinateurs, deux seulement ont pu rester à Saint-Etienne et y exercer leur profession dans la fabri([ue ; les autres ont du l)ifur([uer vers renseignement, aller à Paris ou à Lyon. Voici, comme exemple, le « curriculum vitœ » d'un de ces derniers : « T..., compositeur pom* rubans et étoffes. A suivi les cours de fleiu", de composition, et de dessin supérieur. Pendant ce temps, était employé dans la maison D..., où il exeryait la double fonction de compositeur -dessinateur et comptable. A cherché longtemps, mais en vain, dans les maisons de la ville à gagner 1,200 francs. Est parti pour Paris et a trouvé une place de compositeur poiu' la broderie mécanique dans une maison de la rue du Sentier. A suivi en même temps les cours de l'Ecole des arts décoratifs. Ensuite s'est installé à Lyon, où il occupe actuellement, dans une fabritpie de soieries pour robes et ameublements, la fonction de chef de cabinet de dessin, aux appointements de 5,000 francs. »

Cet exemple n'est point unique, croyez-le bien. A la Chambre syndicale des tissus, j'ai posé très nettement ces questions: « L'enseignement de l'Ecole régionale est-il, au point de vue de la fabrique, ce que vous le désirez ? L'école produit-elle définitivement des dessinateurs habiles dans le dessin et la mise en carte, qui dès leur entrée dans l'industrie rendent des services? » On m'a répondu: ce L'école a rendu des services, mais son enseignement n'est pas complet au point de vue technique. Un élève sortant de cette école, bien que dessinateur habile, trouve difficilement une place à Saint-Etienne. S'il n'a que la connaissance du dessin, il ne peut faire un chef de maison. Il lui faut des connaissances techniques, notamment sur la mise en carte et sur la contexture du tissu. »

Cette réponse constitue tout un programme : c'est celui de l'école de Grefeld, dont j'ai donné l'analyse au deuxième volume des Rapports de missions, pages 78, 87, et au sujet de hupielle la (Chambre syndicale des tissus a fornuilé l'opinion que voici : a II est certain (pi'une école comme celle de Crefeld rendrait plus de services à la fabri(jue stéplianoise que l'école de dessin, mais il faudrait y orçjaniser deux enseignements parallèles : l'un destiné à former des contremaîtres, employés supérieurs et pairons; l'autre.

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destiné à perfectionner les connaissances de nos ouvriers et à compléter l'apprentissage qui se fait dans l'atelier de famille. »

Qui pourra réaliser un tel projet? Seule, sans aucun doute, une coopération officielle de la Chambre de commerce, de la Chambre syndicale de la fabrique stéphanoise et de la municipalité, aboutissant à la constitution d'un budfjet commun, auquel viendrait s'ajouter une subvention proportionnelle de l'Elat, et à la nomination d'un conseil d'administration, autonome, analogue à celui qui a été créé à Lyon pour les musées et les écoles d'art de la ville, dont l'œuvre depuis quinze ans a été immense, et grâce auquel les institutions artistiques lyonnaises ont pu échapper aux conséquences désastreuses des changements de municipalités, qui se sont fait si fâcheusement sentir ici dans l'organisation et le fonctionnement du Musée municipal d'art et d'industrie et de l'Ecole régionale des arts industriels. La rubancrie Unc autrc institution d'enseignement artistique pour la rubanerie est le

au Musée municipal r » • • i 11 ii- 1 • /-\ i o ^ 1

d'art et d'industrie. Musee municipal d art et d industrie. (Juand, en 1090, a la suite et comme une des conclusions de mes missions à l'étranger, j'organisais ce musée, deux buts, dans mon projet, devaient être poursuivis spécialement par la section de la rubanerie : 1° constituer des collections do modèles d'art pour les dessinateurs, des collections technologiques pour les ouvriers et les mécaniciens ; 2° fonder une agence de renseignements artistiques industriels et commerciaux, pour les patrons et les négociants. Jusqu'à ce moment, dans l'embryon du musée de hibrique, qu'on avait esquissé puis relégué dans les combles du Palais des arts, il n'avait été admis comme éléments d'études que les registres du conseil des prud'hommes, les carnets de fabrique et de commission, contenant les échantillons de rubans et de passementeries, tout cela, en vertu de la loi et des habitudes, datant d'au moins un quart de siècle. Il y avait à réagir énergiquement contre l'idée générale ({ue c'était là l'unique musée à créer pour la rubanerie. Je fis appel au concours du Ministère de l'instruction publique et des beaux-arts pour en constituer un tout à fait différent, comme principes et comme collections. Si le Garde-meuble pouvait mettre à la disposition du musée une série de tapisseries anciennes, choisies dans les tentures où les maîtres décorateurs du xvii'' et du xviii" siècle, Lebrun, les Sève, Baptiste Monnoyer, Blin de

Fonlenay, Aiidran, Jacques Goypel, Desportes, Gillot, Oudry, etc., ont peint des arabesques, des rinceaux, des bordures d\ui si grand style, ces œuvres donneraient aux dessinateurs stéplianois le goût des hautes études ; onze tapisseries anciennes furent concédées temporairement. Aux Gobelins et à Beauvais, on devait trouver des modèles modernes de nature à inspirer des idées nouvelles sur rornementation des tissus, sur la manière de traiter la plante et la fleur, en vue de leur interprétation par le tissage. Sèvres pouvait apporter une contribution précieuse d'enseignement par l'envoi de vases décorés par les plus habiles peintres de la manufacture. Le ministère accorda Hbéralement tout cela. A l'Exposition universelle, je fis, avec la même préoccupation de les faire servir aux dessinateurs, l'acquisition de plusieurs plats à décorations de fleurs et de laques japonais de la fantaisie la plus pittoresque, de soieries brochées de la Chine et du Japon, de la plus rare délicatesse. Une vaste galerie de 5o mètres de long sur i5 de large devait être affectée aux plus belles œuvres produites par les ateliers stéplianois et par les ateliers lyonnais. Ge plan fut entièrement réalisé. Pendant un an, la section de rubanerie du Musée municipal d'art et d'industrie put offrir aux artistes de la fjibrique un fonds considérable de documents, merveilleux exemples de fantaisie, d'originahté, d'esprit et de goût. Dans mes conférences avec les membres du Syndicat de la rubanerie, du Gercle des tisseurs, de la Gliambre syndicale des ouvriers passementiers réunis, la création d'une collection complète de métiers avait été approuvée comme le complément indispensable de la section ; le conseil municipal en adopta le principe avec empressement. L'organisation d'un service de renseignements commerciaux et industriels devait être entreprise dans le musée, sur le type d'une expérience faite dans une exposition précédente de la soierie, avec les améliorations étudiées postérieurement au Musée oriental de Vienne, au Musée commercial de Bruxelles, au Musée colonial et d'exportation de Harlem et dans plusieurs musées de l'Angleterre, au cours de mes diverses missions. J'avais, en outre, inscrit en tête du règlement, les dispositions suivantes : « Tous les documents industriels et artistiques, excepté ceux dont le transport serait préjudiciable à leur conservation, étoffes, rubans, soieries, etc., sont mis à la disposition, à clomi-

SAINÏ-ÉTIENNE.

cile, des artistes, ouvriers et industriels, directeurs, professeurs et élèves d'écoles justifiant de l'utilité que ces documents peuvent présenter pour leur instruction professionnelle. Il suffit d'adresser une demande au directeur du musée. » Ce système de prêts extérieurs devait être, dans le projet d'orfjanisation, appliqué à toutes les écoles manuelles et professionnelles du déj)artement. J'avais résolu également de créer dans les autres villes industrielles de la région des succursales du musée, où seraient faites des expositions temporaires et périodiques de tableaux, de dessins, de gravures, etc. Plusieurs municipalités, Saint-Ghamond, Rive-de-Gier, Firminy, en avaient accueilli avec empressement la proposition, déclarant que rien ne pourrait être plus utile et plus agréable à leur population, très désireuse de s'instruire. Les statistiques officielles n'accusent pas moins de i,i46 prêts à domicile jusqu'à ce jour ; de 2,000 communications sur place, et l'acquisilion d'échantillons nouveaux pour la somme de 8,000 francs. Ge n'est point à cela que se bornaient les ambitions de l'organisateur du musée ; les doléances des industriels siu' le peu de services rendus sont unanimes. La mise à la retraite d'un conservateur incapable a été ordonnée par la dernière iiHiuicipalité ; mais les conséquences heureuses de cette réforme ont- été annulées, et la situation rendue plus critique encore, par la décision aussi inexplicable qu'imprévue de le remplacer par un « conservateur honoraire », aux appointements annuels de 4oo francs. Tous les arguments les plus élo(juents ne valent point un fait de ce genre pour justifier avec éclat l'urgence de créer, dans une institution de ce genre aussi bien que dans l'Ecole des arts industriels, une administration autonome, composée d'industriels, de négociants et d'artistes, de qui on n'aurait jamais certainement à redouter de telles décisions, de nature à ruiner pour longtemps cette partie si importante du musée.

■ie sicphanoisc. L'armurcric stéphanoise n'est pas sans analogie de conditions économi(jues et industrielles avec la rubanerie. Pour des causes dont la responsabilité ne lui incombe pas tout entière, elle est très loin d'en avoir eu la brillante fortune, un développement constant de perfectionnements techniques et de progrès artistiques, une prospérité commerciale toujours ascendante. (3n a fait à la fabrique le reproche de rester indolemment en

dehors du mouvemenl moderne d'inventions et de proçfrès teeliniques ; de marcher trop volontiers à la remorque de l'étranger pour la mode ; de manquer d'initiative et d'énergie pour le développement de ses relations, aussi bien en France qu'à l'étranger. Si ce reproche était autrefois justilié, il l'est moins aujourd'hui. Une renaissance semble se produire. Des hommes jeunes et hardis ont infusé à l'industrie un sang généreux qui rajeunit visiblement jusqu'aux plus vieilles maisons. L'exposition organisée, en i8gj, à Saint-Etienne, et qui contenait une vingtaine de fabricants sur cent, oflVail dans l'arme de chasse et de tir seize types nouveaux ou présentant tles perfectionnements et des modifications de systèmes connus, étrangers et français, d'une si grande importance que les fusils qui en sont pourvus peuvent être considérés comme de véritalîles créations. Au point de vue artistique, elle témoignait de progrès sensibles, d'un retour vers la belle décoration d'autrefois, qui avait conquis à Saint-Etienne une réputation universelle. Au xvnf siècle, l'industrie comptait des artistes incomparal)les dans la "ciselure, la gravure, la damasquine et la sculpture sur bois. Dès le commencement de la Restauration, une décadence s'était déjà produite ; l'Empire par son eTfroyable consommation d'hommes avait ruiné les ateliers ])rivés. En 181 7, le conseil général du département s'en émouvait et votait vme somme importante pour être distribuée en primes d'encouragemeni aux artistes de l'armurerie. La municipalité, de son côté, organisa des concours annuels ; un certain nombre d'œuvres primées font partie des collections du Musée d'art et d'industrie. L'importation de la gravure anglaise, en 1869, a été le coup de grâce pour l'ai-t. Pendant longtemps, h^s vrais artistes refusèrent d'adopter ce procédé vidgaire qui est à la (fravure artistique ce que le découpage mécanique est à la sculpture sur bois ; mais la plupart durent faire taire leur conscience et leur amour-propre devant la misère noire. La décoration n'ayant plus de débouchés, il ne se foruia désormais ni graveurs, ni ciseleurs, ni incrustevu's. Vivement préoccupée de cette déplorable situation, la municipalité ouvrit une classe de gravui'e sur métaux dans son école de dessin ; qvielques jeunes gens s'y firent inscrire et y travaillèrent; aucun d'eux, m'assure-t-on, n'entra dans l'industrie. En 18/10, un membre de la municipalité, graveur lui-même, du nom de Riocreux,

signalait officiellement avec énergie dans un rapport la décadence de cet art : « L'abandon où étaient tombées les études de dessin parmi nous avait nécessairement amené la disette des artistes. La ciselure, la gravure et la sculpture de nos fusils semblaient n'être plus qu'un travail de routine et avaient cessé d'être des arts véritables. » Celte situation critique dura encore près d'un demi-siècle. Ses désastreuses conséquences devaient appeler une réforme radicale. En 1888, la classe de gravure fut réorganisée avec un nouveau professeur et de nouvelles méthodes d'enseignement. L'organisation économique de la corporation des décorateurs d'armes de luxe n'était guère, il est vrai, favorable au développement de l'art. Par le bas prix du travail, les graveurs étaient condamnés à répéter constamment le même thème, très souvent d'un goût médiocre. Pendant quatre ou cinq mois de l'année, ils chômaient, laissant rouiller leurs doigts et leurs outils ; et, quand la saison arrivait, les fabricants les harassaient de besogne hâtive, vulgaire ; ils devaient buriner quatorze et seize heures par jour, afin d'équilibrer leur maigre budget par un salaire exceptionnel qui pouvait mettre la journée moyenne de l'année à cinq francs. La gravure était aussi un art empirique. La grande majorité des graveurs, ciseleurs et incrusteurs, il y a quelques années, connaissaient tout au plus assez de dessin rudimentaire, appris généralement à l'atelier même, pour être en état de modifier un peu, au moyen de bribes recueillies çà et là dans des recueils de gravures et de photographies, un motif dont le fabricant se montrait las à force de l'avoir vu.

Il y a quelques années, il se fonda une société industrielle spéciale, le Conservatoire de l'arme fine, pour développer la décoration artistique (les fusils. Elle exécuta comme spécimens un certain nombre de pièces (le grande valeur, et fit présent au comte de Paris d'une arme qui était un résumé superbe de l'art stéphanois de l'armurerie, aux canonniers, basculeurs, platineurs, pistonneurs et finisseurs les plus habiles ayant été adjoints comme collaborateurs les meilleurs graveurs et ciseleurs. Cette société, malheureusement, ne tarda pas à succomber devant l'indifférence de ceux qu'elle avait espéré trouver comme protecteurs, et dont le snobisme pour la fabrication anglaise l'emporta sur le patriotisme.

L' Exposition universelle de 1889 et celle de Saint-H]|ienne en i8(ji ont montré que la fabrique stéphanoise manifestait un retour décisif vers la

décoration des armes, soit comme gravure, soit comme damasqume et comme fabrication des canons damassés, où les canonniers stéphanois ne sont pas moins habiles que les Japonais dans leur précieux mokoumés à alliages d'or, d'argent et de cuivre, brasés, forgés et laminés de fa(;on à imiter les veines du bois, du marbre, et les irrisations de la nacre. L'organisation corporative de l'armurerie de Saint-Etienne lui a donné le caractère industriel spécial que je signalais dans la rubanerie. La concurrence entre les fabricants a toujoiu's été très vive ; ils sont nombreux — - plus de cent — le fonctionnement d'une maison ne nécessitant point une grosse mise de fonds ni lui budget considérable. Aussi, tous doivenl-ils s'évertuer à créer un modèle exclusif, à apporter des perfectionnements aux systèmes tombés dans le domaine public, à se distinguer par une fabrication soignée et par des œuvres de goût. De son côté, l'ouvrier armurier, comme le passementier, a des dispositions innées pour la mécanique ; il cherche constamment des innovations et réussit souvent à en trouver. Il aime avec passion son métier, fréquemment exercé par de nombreuses générations; il en est fier. Tout ce que les Anglais et les Américains prétendent imperturbablement avoir découvert en armurerie a été trouvé à Saint-Etienne depuis longtemps. Aujourd'hui, une organisation nouvelle tend à se substituer à l'organisation séculaire. Il se crée de vastes usines où la mécanique joue le rôle exclusif sinon prépondérant, où le fusil est fabriqué tout entier, depuis le ruban de canon jusqu'au ponçage des crosses et à la ciselure des platines et des pontets. Quelles seront les conséquences sociales et économiques de cette révolution industrielle ? S'il y a lieu de formuler des regrets, ils sont tardifs et, sans doute aucun, bien inutiles, car la concurrence étrangère, de plus en plus puissante par l'usine colossale, impose à Saint-Etienne l'obligation inq)érieuse de la suivre rapidement dans cette voie, tout au moins pour le fusil ordinaire et à bon marché ; car, pour le beau fusil, le travail à la main restera toujours une nécessité.

Dans l'armurerie il y a une alliance intime de l'art et de la science. Le mécanisme du fusil ou du pistolet est l'œuvre de celle-ci, œuvre souvent

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précieuse et originale, dans la simplicité et la puissance de son action. A ce mécanisme, à la matière qui l'enveloppe et le protège, Fart vient donner une forme agréable, une décoration pittoresque. Et la pièce en reçoit une plusvalue souvent considérable. L'industrie a donc besoin de deux éléments d'instruction professionnelle. Il n'en fonctionne qu'un actuellement : celui de L'armurerie Tari, à l'Ecole régioualc des arts industriels. Le programme de cette école

à l'École régionale . . . • • i , n •

des comprend un cours de gravure, ciselure et nicrustation, amsi délmi : « Dans

arts industriels. ■ n ? t . . v • i • i

ce cours, le proiesseur s applique surtout a inculquer aux jeunes gens les saines traditions des artistes qui ont illustré l'industrie stéphanoise de l'arme de luxe et à leur enseigner les procédés et l'usage des différents outils en iaisant pratiquer aux élèves la gravure au marteau, la gravure à l'échoppe, la gravure à l'eau-forte, la ciselure, l'incrustation rasée et en reliefs, ciselée et gravée. Les sujets d'études sont : l'ornement, la lettre, le chiffre monogramme, les attributs, les figures héraldiques et les décorations du blason les plus généralement employées et la figure humaine. Les études se font d'abord en gravure sur plaques d'acier parfaitement planes, puis sur des pièces d'armes contournées, telles que chiens, pontets, barillets, bascules et canons. » Ce cours a subi des évolutions nombreuses. Il y a quelques années, il était organisé de la plus étrange façon ; en conséquence, il n'exerçait sur l'industrie aucune influence. Les enfants et jeunes gens, qui se destinaient au métier de graveur, ciseleur ou incrusteur, étaient admis sans aucun examen ; on les mettait immédiatement à l'établi et ils apprenaient à manier le burin, sans avoir aucune notion du dessin. Tout le travail qui leur était conseillé pour l'apprendre consistait dans la copie à la plume de gravures quelconques empruntées à la calcographie commerciale ou aux journaux illustrés. Lors d'une visite à l'école, en 1886, on m'en montrait avec orgueil de nombreux spécimens comme témoignages du goût et de l'habileté de ces futurs décorateurs ! Lorsque la municipalité réorganisa ce cours en 1 888, la connaissance du dessin fut exigée impérieusement comme condition d'entrée ; les elîets heureux de cette mesure ne tardèrent pas à se manifester. L'enseignement y est assez pratique pour que les jeunes gens, à la fin de leurs quatre années d'études, restent à Saint-Etienne et entrent dans l'industrie. Parmi les six principaux lauréats de ce cours,

quatre sont occn])és dans dos manufactures d'armes ; deux seulement ont ambitionné d'entrer à l'Ecole des beaux-arts de Paris, où l'un a obtenu le premier grand prix et l'autre le deuxième second au concours pour l'Académie de France à Rome. Actuellement, ce cours est suivi par 27 élèves. Ce cliilTre est bien supérieur aux besoins réels de l'armurerie ; il est à craindre qu'il ne prépare, par son trop grand développement, de futures déceptions et de futurs déclassements. Tout en conseillant la spécialisation professionnelle de l'armurerie comme mesure de prévoyance contre les unes et les autres, il est opportun de former le vœu que cet enseignement puisse, à la fin des études, viser les métiers de joaillerie et d'orfèvrerie, où d'anciens ciseleurs pour armes, comme feu Tissot, l'auteur de (ant de chefs-d'œuvre, se soni fait une situation prospère et un nom.

Quant à l'élément d'instruction technique pour l'armurerie, depuis un an, l'Ecole pratique d'industrie en organise la distribution par un cours spécial basé sur la méthode de démonstration scientifique créée par M. Lebois dans le cours de tissage. La Chambre de commerce a voté pour l'installation de cet enseignement une somme de i4,ooo fr. et la corporation des armuriers a donué 5, 000 fr. Cette création était urgente. Les atehers privés ne forment plus d'apprentis par suite de l'hostilité des ouvriers (jui craignent de leur multiplication un abaissement des prix de la main-d'œuvre. Le chef d'un grand atelier m'a déclaré être prêt, en raison de ses besoins, et sur la constatation des résultats excellents déjà donnés par l'Ecole pratique d'industrie, à prendre annuellement de 10 à i5 jeunes gens formés par cette école d'apprentissage. A ce cours sont annexés un cours dominical de dressage de canons, que suivent de nombreux ouvriers et employés de magasins d'armurerie, des conférences de balistique et des expériences de tir.

Le Musée municipal d'art et d'industrie apporte à ce double enseignement technique et artistique de l'Ecole des arts industriels et de l'Ecole pratique d'industrie le complément indispensable de l'enseignement par les modèles de goût et d'exécution, l^a section de l'annurerie comprend trois grandes divisions : 1° la canonnerie ; 2° l'arme moderne, décoration et outillage ; 3° le musée rétrospectif, armes et armures anciennes. La caïKjnnerie est

S AINÏ-ÉTIENNE.

dans l'armurerie la branche industrielle capitale. L'armurier a un intérêt de premier ordre à connaître, par des échantillons authentiques, toutes les variétés de fer et d'acier, qui peuvent être employées comme matière première, tous les types de canons, lisses, tordus, à rubans, à damas français, anglais, frisés, mouchetés, etc., dans leurs divers états successifs, en blocs, bruts, forgés, orés et éprouvés, et de toutes les provenances, afin d'en étudier les procédés de fabrication, les épreuves de résistance, etc. En conséquence, dès l'organisation du musée, je réunissais là trois ou quatre cents pièces, toutes typiques, dont un grand nombre ont été achetées à l'Exposition universelle de 1889, dans les sections étrangères. La division de l'arme moderne commence par une exposition des pièces détachées qui entrent dans la composition du mécanisme du fusil, chaque genre classé chronologiquement depuis la platine à rouet de l'arquebuse du xvf siècle, jusqu'aux platines sans chien actuelles. Les râteliers, qui mesurent plus de cinquante mètres de développement, contiennent les principaux types de fusils de guerre, de tir et de chasse, classés ethnographiquement ; une vaste vitrine est consacrée spécialement à l'histoire du pistolet et du revolver. L'Exposition universelle de 1889 a permis d'infuser immédiatement des éléments nouveaux d'études aux collections qui peuvent ainsi posséder, en exemplaires exceptionnels de qualité, de matière et d'exécution, puisqu'ils ont été faits spécialement en vue de l'examen des jurys, les fusils les plus récemment inventés, tant à l'étranger qu'en France, des Greener, des Stanley, des Scott, des Purdey, des Tramont, etc. Il a été organisé une collection de modèles pour la décoration des armes, avec l'objectif de prouver aux fabricants et aux artistes quelle variété inépuisable on peut, contrairement aux préjugés, apporter à cette décoration, non point seulement comme formes et combinaisons, mais comme procédés techniques. La vitrine qui lui est spécialement consacrée contient de Zuolaga, le célèbre damasquineur espagnol, une série d'œuvres originales, dont le travail délical et le dessin original peuvent être étudiés avec fruit ; de Ghristofle une collection de ses mokumés à alliages d'or, d'argent et de cuivre, brasés, répliés, forgés et laminés ensemble, de façon à imiter, suivant la technique japonaise, les veines du ])ois ; de ses nouveaux nielles et cloisonnés, de ses

incrustations galvanoplastiques et polychromes, de ses impressions de plantes et de flçurs, réhaussées de gravures aux acides ; de Gaillard, des spécimens de photogravure appliquée à la décoration des métaux ; de Ciorham des pièces d'orfèvrerie revêtues d'un dessin laqué, fort curieux, de nature à mettre les industriels sur la voie de nouveaux systèmes de bi'unissage de l'acier. Pour amener la résurrection des belles sous-gardes et des beaux pontets de jadis, les médailles et plaquettes de Roty et Cliaplain, qui font revi¥re avec tant d'éclat les maîtres de la Renaissance, me parurent des modèles à offrir aux décorateurs stéphanois. Enfin, sui' ma requête, le ministère de la guerre a offert au musée la vitrine des poudres et salpêtres organisée pour l'Exposition universelle, qui complète, avec une collection de cartouches, la section de l'armurerie moderne.

Quant à la division rétrospective, elle est formée de la collection Oudinot, à laquelle on a joint, principalement sous le second Empire, par voie d'acquisitions, un certain nombre de pièces historiques ou intéressantes poui' l'histoire de l'armurerie. II y a là de très belles pièces du xyf et du xvn*^ siècle : arquebuses à rouet, mousquets à mèche, poitrinaux à incrustations d'ivoire, d'or et d'argent ; des épées anciennes de prix et des armures curieuses, entre autres deux que l'inventah^e du maréchal donne comme ayant appartenu à Montecuculli et à François P''.

Dans la section de l'armurerie, le musée a été plus heureux que dans la section de la rubanerie. Le concours que je fis instituer, après la période d'organisation, lui a donné un conservateur, jeune, intelhgent, actif, doté d'une instruction technique sérieuse, et qui se consacre tout entier à sa fonction. De 1890 à ce jour, il n'a pas été acquis moins de 98 pièces, pour mie somme de 20,000 fr. Le nombre des prêts à domicile s'est élev*' à 3,35^. La commission spéciale, composée d'armuriers et d'ingénieurs, qui administre cette section, s'en occupe avec un zèle peu commun, et donne les plus grands soins au recrutement des collections, pour lesquelles le conseil municipal réserve des crédits spéciaux importants sur le budget annuel du musée qui atteint la somme de 21,200 fr., dont 10,000 fr. d'acquisitions. Je crois devoir, à ce propos, signaler un fait qui contient un précieux ens(Mgnemenl social. L'organisation de la seclion (rarniurcrie,

quand elle fut entreprise, provoqua parmi les plus grands industriels une vive émotion. Jusqu'à ce moment, ils pouvaient seuls se procurer les types nouveaux de fusils, français et étrangers, qui coûtent fort cher tant qu'ils ne sont pas tombés dans le domaine public ; or, leur acquisition aux frais de la ville et leur communication à domicile pour tout le monde, ouvriers et petits |)atrons, leur enlevaient un véritable privilège. Aussi, la plupart firent-ils une vive opposition au musée. Mais l'expérience des six années écoulées a démontré l'utilité de l'innovation pour les progrès 4le l'industrie, les avantages que toute la corporation en a retirés ; et, aujourd'hui, les adversaires de l'œuvre en sont devenus les partisans dévoués. Tous ceux que j'ai vus m'ont chargé de transmettre publiquement leurs vœux que le Conseil municipal doime à la section d'armurerie plus d'extension encore, augmente les crédits (jui ne sont pas suffisants pour tenir la fabrique entière au courant du mouvement industriel étranger ; que la fonction de conservateur soit refaite ce qu'elle était aux (h'buts, d'après le premier règlement : la direction exclusive de ce service, avec l'obligation d'entretenir avec les industriels des relations constantes, de faire des voyages et des enquêtes pour connaître exactement la situation de la concurrence extérieure, mission que rendent très difficile, et même impossible, à remplir aujourd'hui les attributions nouvelles de cette fonction, transformée, par mesure illusoire d'économie, en direction générale provisoire du musée. Quelle compétence et quelle autorité, en effet, peut avoir, en matière de peinture et de l'ubanerie, un conservateur qui, toute sa vie, n'a jamais fait que de l'armurerie et à qui les beaux-arts sont aussi étrangers que le coton et la soie ? La mesure prise l'année dernière par la municipalité, à ce propos, a produit dans le monde de l'armurerie de vifs regrets. . * Le fer fonje. Saint-Eticune a été jadis la ville classique des forgerons ; l'on trouverait

^"^ ' encore dans ses atehers de canonnerie des maîtres en l'art de marteler h»

fer. Mais la ferronnerie d'art n'y existe plus. La (juincaillerie fut aussi une de ses industries les plus florissantes, renommée pour le goût et l'élégance de ses travaux. Aujourd'hui, les ateliers s'adonnent exclusivement à la production courante, la plus ordinaire, celle où la matière prime la façon, où le commerce se fait pour ainsi dire au ]K)i(ls. L'ambition du fondateur

du Musée frarl et d'industrie avait été de tenter la résurrection de la ferronnerie, d'art et de la quincaillerie de luxe, en organisant des expositions permanentes de chefs-d'œuvre anciens et modernes; il y a montré toutes les serrures et les espagnolettes de Versailles et des Tuileries, vm landier de Chantilly, des marteaux de porte, des lustres qui avaient figuré à l'Exposition universelle de 1889, des fragments de grilles, des pièces de maîtrise des xv*^ et xyf siècles, du trésor antique d'Hilclesheim en galvaiioj)Iastie, etc. fSon idée n'a point été comprise de ceux qui c'Iaient appelés à la continuer ; on a disséminé toutes ces collections précieuses, destinées à former, par leur développeiïlent progressif, une synthèse, suggestive, de la technique des arts du métal.

A côté des grandes industries artistiques de la rul»amierie et de 1' arnm— L'imprimerie iithorcrie, il en est ime autre, d'une certaine importance et dont le chiffre yiapiiKiuc. d'ouvriers grandit d'année en année : l'imprimerie typographique et lithographique. Le noadjre des établissements, à Saint-Etienne et dans la région, est de 70, qui occupent 120 graveurs et dessinateurs, 1 10 reporteurs, i 25 imprimeurs lidiographes, 100 imprimeurs typographes et l\oo compositeurs (hommes et femmes). Leur production peut être évaluée à 6 millions de francs. L'apprentissage se fait actuellement dans les ateliers ; de l'avis unanime des maîtres imprimeurs, il est insuffisant comme qualit(^ et quantité de futurs ouvriers. Les connaissances techniques et artistifpies dans la corporation ne sont point au niveau des besoins actuels de l'industrie, ([ui travaille non seulement pour Saint-Etienne, mais pour toutes les grandes villes du (Centre et du Midi et même pour Paris. La Gliambre syndicale des maîtres imprimeurs de Saint-Etieime m'informe qu'elle a fait de nombreuses ■ et pressantes démarches auprès de la municipalité pour la création, à l'Ecole pratique d'industrie, d'un cours de lithographie, qui pourrait compter une cinquantaine d'élèves annuellement ; démarches qui n'ont abouti qu'à des promesses dont la direction de cette école poursuit avec zèle la réalisation prochaine. Quant à l'Ecole régionale des arts industriels, suivant la déclaration de la chambre, elle ne fournit presque pas d'artistes à l'industrie D'ailleurs, il n'existe aucune relation entre cette institution et la corporation. Sur ma question de l'utilité de la création au xMusée municipal d'art et d'in-

LES INDUSTHIES d'aRT. 12

î)o SAINT-ETIENNE.

dustrie d'une section des arts graphicpies, la Chambre syndicale me répond qu'elle rendrait les plus grands services tant aux ouvriers qu'aux patrons, et qu'il y a nécessité d'en poursuivre la création rapide dans les conditions de fonctionnement telles qu'elles avaient été formulées par le règlement de l'institution à sa fondation, c'est-à-dire la communication à domicile de tous les documents artistiques et industriels. La socicié Le Musée numicipal d'art et d'industrie de Saint-Etienne est sorti tout

' 'ciVi'a Loiret' ' ciilicr (Ic la créatioM, immédiatement précédcutc, d'uuc grande Association d'art e1 d'industrie. A la suite des missions officielles que le Gouvernement m'a confiées pour étudier en Europe l'organisation des institutions qui ont pour l)ut le développement des industries artistiques et après la campagne de conlV'rences publiques que je fis dans les principales Chambres de commerce de France pour divulguer les résultats de ces missions, j'avais conçu le projet de fonder à Saint-Etienne, un des principaux centi'cs d'industries artisti(jU('s de iKjtre pays, (pii en était dépourvu, une association analogue à celles dont j'avais pu apprécier à l'étranger et notamment en Allemagne les services immenses. L'idée fut chaleureusement accueillie. Les ministères de l'instruction pul)lique et des beaux-arts, du commerce et de l'industrie l'approuvèrent officiellement. Le conseil général de la Loire, les conseils municipaux de Saint-Etienne, Rive-de-Gier, Firminy et Saint-Chamond votaient à l'unanimité des vœux pour sa prompte réalisation ; les Chambres de conmierce de Saint-Etienne et de Roanne émettaient les mêmes vœux, aux(juels s'associaient les Chambres de commerce de Lyon, de Rouen, de Saint-yuentin, de Valenciennes, de Besançon, etc. Le programme de l'association, ([ui devait porter le titre de Société d'art et d'industrie de la Loire, était celui-ci : , .

La Société d'art et d'industrie a pour but de développer le commerce et l'industrie du (lép;u-tcmcnt de la Loire et de fournir aux ouvriers les moyens de développer leur instruction proCessionncUc.

Elle fondera ii Saint-Étienne, avec le concours de la municipalité et de la Chandjre de commerce, un Musée-Bibliothèque, composé d'œuvres d'art industriel, de modèles en originaux ou reproductions, de dessins, estampes, photographies et livres, se rapportant exclusivement aux industries de la région.

An Musée-Biljliolliè([uc seront annexés un bureau d'infoiTOations commerciales, qui

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