LE PU Y
modo du jour; ils réussirent. A partir de i84i, le point d'Alençon reprit faveur; «et aujourd'hui, conclut le rapporteur, cette dentelle est la plus fine et la plus somptueuse, non seulement de la France mais du monde entier. » Le second fait marque l'époque des progrès et de la prospérité de la fabrique du Puy (i833 à i848). «Lorsque M. Falcon prit la suite des affaires de M. Robert Faure, dont il était l'élève, raconte M. Félix Aubry, il appliqua à .ses connaissances approfondies de la fabrication son talent de dessinateur ; il modifia les genres et les dessins et arriva à des résultats inconnus avant lui. Sous son intelligente impulsion, les ouvriers se perfectionnèrent, et pour les stimuler il fonda, avec la Société agricole et commerciale du Puy, des prix d'émulation et d'encouragement pour les plus habiles. 11 fut récompensé par les grands succès qu'il obtint. » Or, aujourd'hui, on s'improvise du jour au lendemain, sans aucune instruction professionnelle, chef de fabrique, commissionnaire ou représentant de maisons étrangères. Ne connaissant rien du métier et moins encore des questions d'art, le nouvel industriel n'a d'autres moyens de travailler que de s'emparer des modèles créés par ses collègues mieux outillés ; et, pour pouvoir en tirer parti concurremment, il en abaisse la fabrication et les prix. Il n'y a pas moyen de se défendre juridiquement, me dit-on ; les tribunaux ne condamnent les contrefacteurs qu'à des amendes insignifiantes, après un long temps pendant lequel la marchandise en litige s'est abondamment vendue, au détriment du premier fabricant, qui, de son côté, pour lutter, a dû rogner tout ce ([u'il pouvait sur le prix de revient et sur la main-d'œuvre, de telle sorte que le dessin original n'a profité ni à l'ouvrière ni à son créateur. En i8g5, la Chambre de connnerce a nommé une commission de quatre membres chargés d'étudier les voies et moyens pour assurer la protection des dessins et modèles ; elle n'a pas encore abouti. D'autre part, la Chambre syndicale de la dentelle s'en est occupée sans plus de résultats.
A tous les points de vue, la question artistique joue donc un rôle prépondérant dans la crise de la dentelle en Auvergne. C'est elle seule qui fournira la solution du problème industriel et social à la fois, que les uns considèrent avec trop de pessimisme comme insoluble, et que les autres, dans leur désespérance, ne croient pouvoir résoudre que par rintervention de la loi ou
des pouvoirs puLlics. La genèse de riuiitjue iiislitution que la fobrique ait fondée jusqu'ici pour la défense de ses intérêts m'en fournira la démonstration.
En 1 871, un homme, d'une grande intelligence et très dévoué à l'industrie, prenait l'initiative d'un groupement des fabricants de dentelles en vue de la constitution d'une association de la fabrique ; il échoua : les affaires étaient prospères; tout le monde gaqnait beaucoup d'arjjent; le salaire des ouvrières s'était élevé jusqu'à 5 fr. par jour. Ce n'est qu'en 1876, qu'ayant repris son idée, il réussit à la faire adopter par (pielques collègues : la situation de l'industrie commençait à inspirer des inquiétudes. 68 fabricants se réunirent et déléguèrent 12 d'entre eux pour former une Chambre syndicale, (pii entra en fonctions en 1878. Dès ses débuts, la chambre créa un bureau de renseignements commerciaux, obtint des dégrèvements de patentes pour la corporation, organisa une participation collective à l'Exposition universelle de 1878, grâce à 12,000 fr. de subventions de la ville et du conseil général de la Haute-Loire. Il est certain que sans cette intervention, m'assure-t-on, les dentelles du Puy n'auraient pas été représentées au Champ de Mars ; les fabricants étaient complètement diîcouragés et refusaient de supporter les plus modiques frais. Les années suivantes, l'action de la Chambre syndicale se manifesta par des travaux divers, tels que des déclassements de l'industrie dentellière dans la répartition des patentes, des campagnes contre l'adoption d'une dentellière mécanique, pour l'obtention de services postaux supplémentaires, des pétitions au Président des Etats-Unis et à l'ambassadeur de cette puissance à Paris pour obtenir un abaissement de droits d'entrée sur les dentelles, pour l'atténuation des conséquences économiques du bill Mac Kinley ; l'organisation d'une collectivité de l'Auvergne à l'Exposition de 1889, etc., etc. Mais, aujourd'hui, on me fait loyalement l'aveu qu'en présence des médiocres résultats obtenus, résultats ne correspondant point aux efforts, la plupart des membres de l'Association de la fabrique du Puy se sont lassés; (pie cette institution est en qrand j)éril de disparition prochaine. La vérité ne m'a pas été dite tout entière. On est sur le point de jeter le manche après la cognée, parce que les membres actifs de l'association se sont fait la réflexion que ce sont toujours, suivant
LES INDUSTRIES u'aHT. l'i