LE PU Y
le proverbe, les mêmes qui se font tuer à la guerre; que, sans se donner aucune peine, sans dépenser un sou, sans négliger les affaires, les dissidents, en grande majorité, profitent plus qu'eux de leur générosité et de leur dévouement pour la chose publique, tout en remplaçant la reconnaissance même apparente par la malveillance et rironie. Gela est très humain sinon philosophique.
La réflexion qu'appelle cette silualion doit, à mon opinion, se Ijorner à ce seul point : Passociation n'a pas été organisée de façon assez pratique et ofTre trop peu d'avantages personnels exclusifs pour que chaque fabricant ait un intérêt majeur à en faire partie, et que son abstention présente pour lui des conséquences de toutes natures, et les plus graves. Supposons un instant une organisation de la Chambre syndicale différente, basée sur une mutualité de services importants, et sur la cooj)ération de tous les pouvoirs publics qui ont intérêt à sa prospérité.
Les fabricants (pii ont pris l'initiative de l'institution l'ont considérée, en principe, comme absolument utile, indispensable même à la collectivité des industriels — sinon il vaut beaucoup mieux à tous les points de vue ne rien entreprendre — ; en conséquence, connue dans une affaire d'assurance (juelconque, ils doivent être résolus à faire les sacrifices pécuniaires nécessaires pour garantir l'avenir. La première mise de fonds individuelle est fixée à un minimum de 5oo fr. ; une proportionnalité de cotisation annuelle est établie sur le chiffre des ouvrières employées, i fr. par tête, par exemjile ; la ville du Puy et la région dentellière d'Auvergne comptent 89 fabricants et 92,000 ouvrières. On peut donc évaluer à 100,000 fr. le capital initial de l'association, défalcation faite des indécis et des récalcitrants de la première heure. La Ville du Puy, le Conseil général de la Haute- Loire, celui du Puy-de-Dôme — où se trouve le centre d'Ambert — • n'ont pas un moindre intérêt à ce (jue l'industrie, au lieu d'être menacée de la ruine, soit très prospère. Pour des expositions, on en a obtenu des sommes de 10,000 fr. En faveur d'une institution destinée à assurer cette prospérité, l'espérance d'une allocation ijmnédiate du trij)le ou du quadruple ne saurait être exagérée. L'association possède ainsi environ 100,000 fr. conmie entrée de jeu. En 187G, la Chambre syndicale actuelle créa un bureau de rensei-
gneinenls commerciaux. Avec une cotisation annuelle de 1 2 IV, versée par 68 membres, soit 816 fr., on imagine ce que pouvait être un bureau de ce genre, attendant ses documents et ses informations de la bonne volonté des administrations publiques et de quelques chambres de commerce de l'étranger ; quels services il rendait à la fabrique de dentelles. Et, la Ghambic syndicale n'a jamais eu autre chose à offrir à ses membres comme bénéfice collectif. C'est vraiment phénoménal qu'elle ait réussi à vivre ainsi pendani dix ans.
Le Musée Grozatier contient une salle consacrée à la dentelle du Puy, salle organisée, grâce à une fondation de 10,000 fr. due à la générosité de l'industriel nommé plus haut, Théodore Falcon. Il y a là trois vitrines formées d'une partie des pièces qui ont figin^é aux Expositions universelles de 1878 et de i88(j, et à l'Exposition dentellière du Concours régional du Puy, en i884; une vitrine de milieu où se voient quelques spécimens de dentelles anciennes, de provenances diverses : points de France, de Venise, d'Ischia, de Brabant, de Valenciennes, passements en or, guipures au fuseau, et le corsage de la robe de mariage de l'impératrice Marie-Louise. Une autre vitrine murale montre pêle-mêle, dans un désordre peu séant pour un musée, des objets divers : carreaux, tambours, livres de fabrique, cartes d'échantillons et dessins. Tout cela sent l'abandon, la misère, la mort; n'est vraiment point digne d'une grande industrie artistique, triséculaire, et de la ville du Puy, qui présente à côté trois beaux musées, organisés avec goût et science, le Musée de peinture, le Musée d'archéologie et le Musée technologique Alexandre Clair. L'association nouvelle consacre immédiatement une partie de son capital à la constitution: 1° d'une agence de renseignements industriels et commerciaux, sérieuse, avec correspondants nombreux ; 2° d'un musée d'échantillons de la production de tous les pays et de tous les centres dentelliers concurrents, tenu au courant au jour le jour par des agents extérieurs habiles et dévoués. Elle fait appel à la coopération des musées provinciaux et parisiens et des amateurs, qui possèdent des collections de dentelles anciennes et modernes d'un haut caractère artisti(jue, pour organiser des expositions, temporaires et successives, de modèles d'exécution et de dessins. Mais, comme il est indispensable que l'association pos-