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L'ÉBÉNISÏERIE ET LA MENUISERIE

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En i883, le délégué des indiislriels de Marseille, devant la Commission L'ébéaisteric

1 f ... et la

d'enquête sur les ouvriers et les mdustries d art, déposait auisi sur

menuiserie d'afl.

Tameublement : « L'industrie est absolument déshéritée à Marseille, car elle ne possède absolument rien, ni documents, ni musées, ni écoles. Le peu d'efforts qui ont été faits et les modestes résultats obtenus sont dus à l'initiative privée. Il y a bien peu d'industriels à Marseille (jui aient eu le courage d'entreprendre cette profession; il y avait bien des spécialistes, mais pour faire le meuble d'art, le meuble sérieux, il fallait des menuisiers du l)âtiment et les initier à la fabrication du meuble. Il n'y a |)as d'écoles pour notre personnel. A l'École des beaux-arts, on apprend, il est vrai, à dessiner; mais pour peu qu'un jeune lionnne ait quelque savoir, il se lance dans le grand art et il ne reste rien pour l'industrie. Pour les apprentis, il n'y a pas d'écoles ; à l'atelier, ils apprennent à travailler, mais il faut aussi les instruire ; si nous n'avons pas de professeurs, nous en serons réduits au petit noyau qui a été formé ; mais il ne s'en fera pas d'autres. » Ce môme délégué a fait, au Congrès des arts décoratifs de i8()4, des déclarations identiques. Aujourd'hui, il me dit que la situation, déjà si fort mauvaise, il y a douze ans, a encore empiré, rien n'ayant même été tenté pour l'améliorer. (( Il ne se fait plus d'apprentis; le nombre des ouvriers d'art diminue chaque jour. L'industrie qui travaillait encore un peu pour l'exportation en Egypte, en Grèce, à Constantinople et dans les pays Balkaniques^ a dû reculer devant la concurrence de l'Allemagne et celle de l'Autriche, dont les industriels et les négociants exportateurs sont énergiquement défendus par les représentants officiels de leur pays. La valeur artistique de la production pour la consommation locale diminue de jour en jour; la clientèle ne réclame plus que le meuble à bon marclié et de faux luxe que lui offrent les magasins et les bazars. Le suoljisme de l'aristocratie et de la riche bourgeoisie leur fait préférer les meubles anglais et les meubles parisiens, fabriqués généralement à Nantes, à Toulouse et à Bordeaux. » Chez un grand industriel, j'ai retrouvé tous les meubles d'art (pi'il avait exécutés pour les Expositions universelles de 1878 et de 1889. L'industrie n'est encouragée ni par les amateurs riches, ni par la nuuiicipalité, ni par les institutions publiques, ([iii, par leur caractère et par leur but, devraient, sernble-t-il, s'en occu-

MARSEILLE

per. On me cite ce faU : La Chambre de commerce, ayant eu à renouveler le mobilier de ses salons de réception, avait décidé de s'adresser à un fabricant de Paris ; elle ne revint sur cette détermination qu'à la suite des énergiques protestations d'un de ses membres, déclarant qu'il y avait à Marseille tout au moins un industriel fort capable d'exécuter un travail de ce genre, et que ce serait discréditer à plaisir l'industrie locale.

Dans la menuiserie de bâtiment, qui compte 5oo ouvriers répartis en une dizaine d'ateliers, la production artistique est moins encore développée. Les ouvriers d'art y font presque complètement défaut. Le chef d'un grand atelier me déclare nettement que sur les 60 menuisiers qu'il occupe, il n'y en a pas 10 capables d'exécuter un travail d'art. Il a dû, très péniblement, avec une patience soumise fréquemment à de rudes épreuves, les former comme il s'est formé lui-même, à force d'énergie et d'ambition, la ville ne possédant aucune institution qui donne un enseignement professionnel et artistique pour son industrie. Il estime que sur les 5oo membres de la corporation, on ne trouverait pas 2 5 ouvriers supérieurs. A l'opinion des architectes, les patrons n'ont reçu aucune instruction artistique, n'ont point de dessinateurs dans leurs ateliers. D'ailleurs, les travaux du bâtiment exigeant une main-d'œuvre de première qualité, et les interventions d'artistes, sont fort rares. La commande faite récemment par un richissime amateur, pour un château en Camargue, d'une fourniture de 80 croisées en bois de teck du prix de 1,000 fr. pièce, a révolutionné l'industrie comme un invraisemblable phénomène ; et l'heureux concessionnaire me faisait l'aveu que si le client ne lui avait point accordé un délai assez long pour la livraison, il n'eût pas été en mesure d'accepter la commande. Dans cette branche d'industrie également, il n'y a plus d'apprentissage, en raison des exigences des parents qui réclament un salaire immédiat ; d'ailleurs, les ouvriers ne veulent plus en former par crainte d'une concurrence future, trop facile, à leur ignorance et à leur mauvaise volonté. •

Dans la menuiserie de bâtiment, connue dans l'ébénisterie, les vœux sont unanimes autant qu'énergi(pies pour la création immédiate d'une Ecole d'apprentissage et pour l'organisation, à l'Ecole des beaux-arts, de cours spéciaux de dessin, d'architecture et de sculpture pour les industries du bois. Actuel-

LA CÉRAMIQUE. io.j

lement, une seule instilutiou, de caractère pliilanlhroplcjue et reliçjieux, l'œuvre de dom Bosco, prépare à Tapprenlissaue une vinf|(aiiie d'enfanis, dans des conditions d'installation et de fonctionnement (jui ne permettent pas de leur assurer l'instruction artistique qui leur serait nécessaire sinon utile.

A différentes reprises, des tentatives, plus ou moins sérieuses et fécondes, La ccramique. ont été faites pour introduii-e à Marseille la fabrication de la céramique dôcorative. Il y a une trentaine d'années, im architecte provençal revenant de Paris eut l'idée d'importer, dans un château près d'Aix dont la construction lui était confiée, l'emploi de la céramique pour les faîtaqes, crêtes et chenaux, à l'imitation de son maître, Vauclremer, dans la consiruction de l'église de Montrouqe. Il alla trouver les fabricants de tuiles et de briques de l'Estaque et de Saint-Henri, dont l'arqile de qualité supérieure peut se prêter aux travaux les plus délicats et recevoir toutes les applications df'coratives, les couvertes et les émaux, et leur demanda de lui exécuter des pièces de céramique dont il fournirait tous les modèles ; ses propositions furent partout refusées. Près de la maison de son père, à (îardane, ti'availlaient deux modestes tuiliers, le père et le fils ; il leur offrit de S(» charger de l'entreprise; stupéfaction du premier et enchantement du second. Après une journée de réflexions et d'hésitations, les tuiliers acceptèrent et se mirent à l'œuvre sous la direction de l'architecte. Les essais furent couronnés de pleins succès ; et le château put recevoir sa décoration complète de céramique. L'incident fit du bruit dans le pays, fut connu des industriels de l'Estaque et de Saint-Henri. Aussitôt l'un d'eux, rassuré par cette expérienc(>, résolut d'exploiter la céramique nouvelle ; ayant trouvé des actionnaires, il se lança dans la fabrication, et produisit, en toute hâte, et dans des conditions techniques et artistiques déplorables, une multitude de vieux modèl(>s empruntés aux albimis des maisons de Paris et du Nord. Les architectes n'en voulurent pas, prétextant la mauvaise quaHté des produits. L'allaire n*^ tarda donc pas à péricliter. Quelques temps après, l'idée fui r(^prise |»ar un autre fabricant de tuiles, qui, plus pru{lent et plus habile, s'organisa industriellement et s'entoura de collaborateurs expérimenif's. Il réussit à obtenir une céramique décorative excellente, dans les geiu'es de Sarreguemines et de

LES I.NDUSTRIES d'aRT. , /,

io6 MARSEILLE-AUBAGNE.

Lœbnilz. L'entreprise prospéra ; jusqu'à 5o ouvriers y étaient employés. Mais, survint une catastrophe financière ; la fabrique fut fermée et tous les éléments qu'elle avait réunis se dispersèrent. Une manufacture analogue s'est créée à Marseille. Après avoir passé par des alternatives de succès et de difficultés, et s'être transformée plusieurs fois, elle poursuit encore à cette heure, avec énergie, mais péniblement, la conquête d'une clientèle régionale, ayant à lutter contre l'indifférence des architectes et des entrepreneurs.

Les potiers d'Aubagnc. Aubaguc, près de Marseille, est le centre d'une fabrication de tuiles et de briques qui n'occupe pas moins de i ,5oo ouvriers. Autrefois, — au xvnf siècle, — on y fit de la poterie artistique qui eut son heure de célébrité. Quelques industriels se sont avisés d'utiliser l'argile de qualité supérieure pour produire de la faïence blanche, en carreaux, pots à confiture, vases de pharmacie, etc. Ils ont réussi à donner une certaine importance, comme chiffre d'affaires, à une branche d'industrie, relativement grossière, et qui se meut dans un cercle très restreint de modèles anciens. Un autre briquetier a même entrepris de faire du Vallauris, mais en se bornant à la reproduction pure et simple de ses types ; il a échoué commercialement. Enfin, dans deux ateliers, on copie pour des amateurs d'une grande naïveté le vieux Marseille, le Moustiers et le Saint-Jean-du-Désert. La possibilité de ressusciter à Aubagne la céramique artistique a un instant préoccupé une des précédentes municipalités ; elle organisa dans ce but un cours de dessin, professé par un artiste de Marseille qui faisait deux fois par semaine le voyage entre les deux villes. Au début, on recruta un certain nombre d'ouvriers ; bientôt, ils se réduisirent à une dizaine , puis à trois ; la municipalité supprima le cours, au fond point trop fâchée, m'a-t-on assuré, de faire l'économie des 4oo ou 5oo francs qu'elle dépensait là. A cet essai se serait borné tout l'effort des administrateurs publics qui n'avaient d'ailleurs, disaient-ils pour justifier leur décision, trouvé auprès des industriels aucun concours. Ces industriels produisent de la brique, la vendent fort bien, se sont intelligemment syndiqués pour maintenir les prix et font tous fortune ; les ouvriers sont en majorité des Piémontais, ignorants, incultes, exclusivement aptes au métier de manœuvres. Les conditions sociales actuelles pour amener à

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