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LA BIJOUTERIE

Aubagiie une renaissance de la céramique d'art ne sont donc point très favorables. Et cependant, il y aurait à renouveler la tentative, je crois, tant les conditions matérielles et ethnographiques, par contre, semblent devoir en assurer le succès : un nom de fabrique célèijre ([ui n'est point encore oublié, une argile de première qualité, le voisinage d'une grande ville pour la consommation intérieure, l'accession facile et peu coûteuse d'un port marchand de premier ordre, pour l'exportation. En Allemagne, à Raeren, près d'Aixla-Chapelle, et à Benrath, près de Dusseldorff', on a fait, il y a quinze ans, un essai du même genre ; il a parfaitement réussi ; mais, c'était une grande association, la Société centrale des pays rhénans, qui en avait pris l'initiative ; et elle y avait appliqué la méthode sûre, infaillible même, d'une mission permanente de professeurs et d'artistes, dont le dévouement et la patience inaltérables, autant que la compétence absolue, devaient venir à bout de toutes les mauvaises volontés et de toutes les incuries. J'ai la conviction profonde qu'à Aubagne la même méthode donnerait rapidement les mêmes résultats. La première expérience a-t-clle été fjiite ])ien sérieusement? L'enseignement donné dans le cours municipal de dessin était-il pratique, à la portée des élèves auxquels il s'adressait? A-t-on tenté tout ce qui était nécessaire pour convaincre les patrons et les ouvriers de l'utilité pour eux d'un enseignement professionnel et artistique ? Voilà ce qu'il faudrait savoir pour apprécier bien exactement la situation ; et, je n'ai pas pu l'apprendre, tant j'ai trouvé auprès de la municipalité peu d'empressement à me renseigner.

Il y a vingt ans, l'industrie de la bijouterie occupait 000 artistes répartis La bijouterie, entre une centaine d'atehers. La production très soignée, présentant une physionomie bien spéciale, le bijou lécfcr, était fort appréciée sur tous les marchés, tant étrangers que français. Elle avait conquis toute la cKentèle du Midi, du Languedoc, de Nice et même pénétrait dans le Lyonnais et jusqu'à Paris, où elle faisait aisément concurrence aux fabriques locales. Pour la consommation marseillaise, à côté du bijou léger, il se fabriquait du JjIj'ou massif, d'un réel mérite artistique. On faisait une exportation importante en Espagne, dans l'Amériijue du Sud et en Orient. Les produits allemands et suisses étaient à peu près inconnus dans les magasins de détail. Le revenu

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MARSEILLE

des (Iroils d'essai, en 1876, pour les matières premières d'or s'élevait à 4,(»()r) fr. 57 ; et le poids des ouvrages présentés à la garantie atteignait hectogrammes. Aujourd'hui, les ateliers, au nombre de 60, fonctionnant pour la plupart avec des chômages fréquents, comptent à peine iSo ouvriers ; la statistique du bureau de la garantie accuse, en 1895, le chiffre de 2,555 hectogrammes pour le poids des ouvrages d'or, et la somme de 2,634 fr. pour les droits d'essai, soit luie diminution de moitié sur les chiffres de 1875. L'exportation est tombée presque à rien ; il ne se vend phis de bijoux marseillais dans les magasins et boutiques de Marseille. Pforzheim et Genève envoient des commis voyageurs, et ont sur place des représentants qui obtiennent des affaires considérables dans la ville et dans la région.; des commissionnaires marseillais font deux voyages par an en Allemagne et en rapportent plus de 100,000 francs de marchandises.

Jadis, il y avait à Marseille une branche de bijouterie importante, la faljrication du bijou de corail, ([ui, il y a un siècle, était arrivée à une telle prospérité qu'un voyageur anglais, M""^ Gradock, écrivait, dans son journal de route, qu'elle y avait visité une manufacture de corail occupant 490 ouvriers, hommes, femmes et enfants, payés par jour depuis 2 livres 10 sols jusqu'à G livres. Aujourd'hui, on ne trouverait pas un bijoutier en corail à Marseille. L'industrie tout entière a émigré en Italie.

D'après les déclarations de la Ghambre syndicale de la bijouterie, les causes de cette décadence rapide sont nombreuses et d'ordres divers. La fabrication a perdu de sa valeur tant au point de vue technique qu'artistique. Les bons ouvriers sont devenus très rares ; et l'on ne fait plus d'apprentis. Beaucoup de branches de l'industrie ont disparu. Il n'y a plus de graveurs sur acier pour les matrices, plus de graveurs en lettres, plus d'émailleurs, et à peine quelques sertisseurs. La fabrique en est tellement désemparée professionnellement que les patrons me déclarent qu'ils seraient forX en peine aujourd'hui de faire de la production d'art, si on leur en demandait. D'autre part, une hostilité, d'abord latente, aujourd'hui pubhque, existe entre les fabricants et les magasiniers, par suite de la concurrence que ceux-ci prétendent leur être faite par ceux-là ; les magasiniers font toutes leurs commandes à Paris, en Allemagne et en Suisse, dont l'acti-

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