LA FERRONNERIE
vite commerciale est d'ailleurs incontestablement supérieure à celle de la fabrique marseillaise. Les chefs d'ateliers me paraissent en outre ignorer complètement l'organisation de la concurrence étrangère ; ils ne connaissent que de nom Pforzheim et Genève; je les ai fort étonnés quand je leur en ai révélé la puissance d'institutions artistiques, techniques et commerciales. L'égoïsme, la jalousie, et l'exclusive préoccupation de se faire concurrence les uns aux autres par tous les moyens possibles, constituent les mœurs de la majorité de la corporation. On ne s'en cache pas d'ailleurs; et même en faiton facilement l'aveu loyal, mais sans grande contrition. Fort péniblement, quelques hommes dévoués ont réussi à constituer une Cliambre syndicale, ([ui est lohi de grouper tous les industriels, et aux réunions, cepetidant peu fréquentes, de laquelle les syndiqués ne viennent qu'en très petit nombre, à peine suffisant pour prendre des délibérations valables. Jamais ni la municipalité, ni la Chambre de commerce, ni l'Etat ne se sont préoccupés d'apporter des remèdes à une situation aussi affligeante, à prendre les mesures qui pourraient défendre les intérêts de l'industrie. La Chambre syndicale me déclare nettement que, si on ne fait rien, dans moins de dix ans rindustrie de la bijouterie marseillaise aura vécu. Elle réclame la création d'tme école d'apprentissage, pour laquelle elle assure un minimum de cinquante élèves ; et la réorganisation de l'enseignement des cours du soir de l'Ecole des beaux-arts, qui ne rendent actuellement aucun service à l'industrie. Des délégués de la Chambre syndicale de l'horlogerie, présents à la réunion, m'ont déclaré s'associer sans réserve aux vœux de la Cliambre syndicale de la bijouterie, la situation de leur corporation, au point de vue de l'apprentissage et de la concurrence étrangère, n'étant pas moins ci'itique ni moins menaçante.
L'influence d'Espérandieu et de ses élèves sur le développement de l'art La ferronnerie, décoratif dans quelques industries telles que le fer forgé, la marbrerie et la sculpture sur pierre, par les grands travaux de la cathédrale de la Major, de Notre-Dame de la Garde, de l'Ecole des beaux-arts, et du Palais de Longchamps, a été aussi féconde que durable. L'éminent architecte créa poiu' le fer forgé, un artiste véritable, du nom de Bérard, qui réussit à traduire superbement, avec une conscience sévère, et une habileté rare, ses belles
iio MARSEILLE.
composilions ; et dont les travaux personnels furent appréciés au point de lui attii'er des connnandes de Télranger et même de TEgypte. Malheureusement, ce mouvement, en dépit de Tautorité de son initiateur, ne fut pas suivi par les autres architectes marseillais, pour la plupart atteints d'insouciance ou impuissants à convaincre leurs clients de la nécessité d'une dépense aussi intéressante et honorable que celle d'enrichir leurs hôtels d'œuvres de ferronnerie, dignes des maîtres du passé. L'atelier de Bérard a été dispersé; les ouvriers habiles qu'il forma ont quitté la ville ou le métier. A l'heure présente, il n'y aurait pas à Marseille plus de 20 ouvriers capables d'exécuter une pièce d'art. Ils travaillent misérablement à leur compte ou sont enqjloyés dans un grand établissement de constructions métalliques, dont le chef, passionnément épris de la ferronnerie et soucieux de mettre le plus - / d'art possible dans une industrie où la science semble vouloir tenir un rôle exclusif, continue les traditions d'Espérandieu ; et — exemple à citer — a réussi ainsi à faire aisément concurrence aux constructeurs parisiens les plus réputés, à doter, dans le Midi et en Algérie, des villes modestes de halles et marchés qui sont leur ornemenl.
Le bronze tl'art. Uu étrange préjugé, trop répandu, qui entrave fort le progrès de nos industries d'art, est celui de l'impossibilité de faire fonctionner quelques-unes d'elles en province, en raison de la multiplicité des collaborateurs artistiques qu'elles exigent. Le succès d'une de ces industries, le bronze d'art et d'ameublement, infirme ce préjugé, et fait l'indiscutable démonstration que l'énergie, la volonté et l'amour de l'art viciment à bout de tout ce que les esprits timides et les tempéraments débiles considèrent comme des difficultés insurmontables.
Cette maison, fondée il y a quinze ans de toutes pièces, au moyen d'un noyau d'artistes et d'ouvriers qu'on fil venir de Paris et de Lyon, en contient aujourd'hui 200, tous marseillais. Sans aucune exception, toutes les œuvres sont exécutées d'après les compositions d'un jeune dessinateur, qui a fait ses études à l'Ecole des beaux-arts de Marseille, puis à l'Ecole des arts décoratifs de Nice. En concurrence avec les prenners ateliers de Paris, la maison a exécuté des travaux d'art importants : des autels, des ciboriums, des tables de counnunion, des portes de bronze, des grilles, des lustres.