LE BRONZE
LIMPRLMEHIE.
des lampadaires, etc., pour des ér)lises, des théâtres, des liôtels, des casinos, etc., à Marseille, à Nice, à Montpellier, à Monaco, à Dunkerqne, à Dijon, etc. ; elle exporte des bronzes religieux, d'ameublement et d'éclairage en Espagne, en Italie et en Orient.
L'imprimerie à Marseille donne du travail à plus d'un millier de person- L'iinpiimeric. nés dont le tiers s'occupe de lilhograpliie ; on compte 28 maisons, dont 3 sont très importantes. L'industrie est en voie de progrès industriel et artistique, et étend chaque jour, tant à l'extérieur qu'en ville, ses affaires qui augmenteraient encore si le personnel déjà ne faisait défaut, par suite des difficultés de recrutement et d'instruction des apprentis. Cependant, elle a eu à subir une phase cruelle, qui pouvait la ruiner, sans l'activité et l'énergie de quelques-uns de ses chefs : celle de la suppression des manufactures d'allumettes de Marseille, lors de la conversion de cette grande fiil>rication en monopole d'Etat. Les industriels ont émigré en Italie et provoqué pour l'illustration des boîtes, la création de maisons de lithographie, devenues très rapidement puissantes, entre autres une maison de Gènes, qui, aujourd'hui, sur tout le littoral de la Méditerranée et même en Italie, fait une grande concurrence aux maisons marseillaises par des produits dont le mérite, d'ailleurs, est incontesté. En outre, le marché de l'Amérique du Sud est complètement fermé, ainsi que celui de la Suisse, depuis la récente convention douanière. Les ateliers marseillais ont abordé avec succès tous les genres de production en lithographie : l'affiche illustrée en couleurs, le calendrier à chromos, le tableau d'annonces, l'étiquette industrielle et commerciale, la vignette, les entêtes de lettres et de factures, etc. L'un d'eux a la clientèle des grandes compagnies françaises de navigation, pour les affiches illustrées et les menus de restaurants. Rarement, j'ai trouvé autant d'énergie, d'ambition et d'audace dans la poursuite des progrès techniques et artisti- ([ues, du développement de la prospérité de l'industrie ; on se montre hardiment résolu à faire de Marseille un grand centre de production, qui émancipera de l'étranger et de Paris la ville et la région, non seulement pour les travaux dits de commerce, mais pour les travaux d'art les plus difficiles et les plus délicats, tels ([ue l'affiche polychrome et l'estanqie en couleurs. Il m'en a été montré des spécimens (jui font bien augurer de la
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réalisation imminente de ces beaux projets. LV)ceasion est donc exceptionnellement opportune pour apporter à des ambitions aussi élevées le concours d'une organisation nouvelle d'enseignement qui lui fait défaut, de l'avis luianime de tous les cliefs d'ateliers, en créant à l'Ecole des beaux-arts une classe spéciale des arts graphiques avec applications industrielles pratiques, et en fondant une école d'apprentissage. Les viiraiix d art. Il j a à Marscillc trois ateliers de peintres verriers aidés par une quinzaine d'ouvriers, et dont le chiffre d'affaires annuelles atteint à peine 4o,ooo francs. Production très médiocre, sans originalité, et qui ne peut évidemment point lutter contre les œuvres des maisons extérieures, de Paris et de province, soit pour le vitrail d'église ou le vitrail d'appartement. A l'opinion des architectes et des artistes décorateurs, les cliefs d'ateliers ont des connaissances professionnelles très rudimenlaires. L'industrie peut être tenue pour irrémédiablement condamnée à une décadence rapide el complète, si elle ne reçoit pas des éléments nouveaux de direction el d'exécution, que réclament d'ailleurs ces mêmes chefs d'ateliers comme indispensables et urgents, au moyen d'un enseignement spécial à l'Ecole des beaux-aris.
Les insiiuitions d'en- L'étudc dcs iustitutions marseillaiscs d'enseignement technique et artis-
s ignemcnt . . , . !• » ti ? • i » i
icchiii,i,,c et ai iisti(iue. tiquc uc scra pouit longue m compliquée. H n existe aucune de ces écoles publiques nouvelles. Ecole professionnelle ou Ecole pratique d'industrie, qui rendent tant de services aux industries en formant de bons apprentis, en préparant d'habiles ouvriers. Deux œuvres sociales seules, la Bourse du travail et l'Oratoire Saint-Léon, distribuent gratuitement une instruction industrielle, là théorique, ici pratique, dans une école et des cours, où le dévouement et la foi ne compensent point malheureusement l'absence de ressources et d'organisation puissante, encore que l'une et l'autre aient réussi à donner des résultats superbes, en considération des difficultés de toutes natures qui en paralysent le développement. Les cours Eli I Sg/j, au mois de septembre, dans l'assemblée générale de l'Union
de la Bourse du ti'avail. iii l'i •\ it^ii t-> i v i i m »
des chambres syndicales ouvrières des liouches-du-l\hone, quelques délégués proposèrent de créer, avec les ressources de l'Union et la subvention récemment accordée par le conseil général, des cours professionnels. Séance
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tenante, la proposition fut adoptée à runanimité, un crédit de ti^ooo francs voté; et une commission était nommée pour étudier l'orrianisation immédiate de ces cours, au nombre de 5 : i*^"" cours : arithméti([ue, fjéométrie, dessin et art du trait ; 2" cours : stéréotomie et constructions civiles ; y cours : charpente ; 4" cours : forge ; 5® cours : ajustage, électricité indus- Irielle. Le i5 octobre, les cours pouvaient être inaugurés, avec cinq professeurs et 1 1 5 inscriptions d'élèves ainsi classés professionnellement : 1 8 carrossiers, 3 ébénistes, 2 peintres, i encadreur, 2 scieurs à la mécanique, I bijoutier, 3 menuisiers, 9 tailleurs de pierre, 3 maçons, 1 1 forgerons, 7 ajusteurs-mécaniciens, 3 serruriers, 6 chaudronniers, 2 tourneurs sur métaux, 2 ferblantiers, ig mouleurs, i5 charpentiers. Deux heures par semaine, de 8 à 10 heures du soir, étaient consacrées aux études. Ce que furent les résultats obtenus pendant la première session scolaire, avec un personnel de professeurs inexpérimentés, s'adressant à des ouvriers auxquels faisait défaut l'instruction scientifique la plus élémentaire, dans des conditions d'installation des plus médiocres, sans matériel d'enseignement, il est inutile de le dire, on le comprend ; mais les organisateurs, loin de se décourager, estimant avec raison que la démonstration de la possibihté du fonctionnement normal d'une institution de ce genre était déjà un succès et imposait le devoir de persévérer, se préoccupèrent avec activité des réformes nécessaires pour remédier aux vices et aux lacunes de leur entreprise; ils le firent avec une décision et une franchise de déclarations qu'il n'est pas inopportun de signaler en exemples par leur opposition piquante avec tant de discours et de rapports sur les institutions d'enseignement public, où l'on s'efforce de dissimuler sous des généralités pompeuses et des théories brillantes, et sous les félicitations collectives, la réalité d'insuccès et de déceptions : « Parmi les jeunes gens qui ont fréquenté les cours, nous avons remarqué que bien peu d'entre eux possédaient l'instruction élémentaire suffisante pour tirer parti immédiatement d'un cours proprement dit professionnel. Il a donc fallu à des professeurs, à bien des reprises, suspendre la marche du progrannne arrêté pour foin-nir des explications rétrospectives appartenant à l'enseignement scolaire. En dehors des retours en arrière pour remémorer à nos jeunes ouvriers les principes, nous devons constater
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en première ligne que le dessin au crayon, à l'équerre et au tire-ligne était tout à fait inconnu et qu'il a fallu aux professeurs déployer de grands efforts et se livrer à des redites nombreuses pour inculquer les éléments du trait, basés sur les applications pures delà géométrie industrielle et professionnelle. Nos élèves n'avaient non plus aucune notion de la mécanique la plus vulgaire... Il serait nécessaire, croyons-nous, que chaque professeur ne comptât dans son cours que des élèves aptes à le comprendre, c'est-à-dire connaissant déjà les parties élémentaires. Il serait donc utile, à notre avis, qu'un professeur fût chargé de cette préparation déhcale. Le difficile à atteindre pour le professeur est, tout en enseignant un programme primaire spécialement préparé pour des ouvriers, de ne blesser aucune susceptibilité, de ne froisser aucun amour-propre en enseignant peut-être à des hommes de 3o ans ce que peuvent connaître des enfants de i o à 1 5 ans ; le tact seul du professeur accomplit ce miracle. De cette manière, les cours purement professionnels ne subiraient aucun arrêt et seraient aptes à donner de rapides et appréciables résultats. Telles sont les observations générales que nous avons cru devoir vous faire connaître, assurés d'avance que, dans le cas où elles renfermeraient du bon, vous nous aiderez à les mettre en pratique dans l'intérêt de la classe ouvrière. » Pendant l'année 1896-189(3, le chiffre des élèves est resté le même. Le budget a été porté de l\,ooo à 6,000 fr. ; et la municipalité a voté un crédit exceptionnel de 3, 800 fr. pour l'installation d'ateliers d'application dans une vaste maison à plusieurs étages mise à la disposition de la Bourse du travail pour cette destination. Mais, hélas ! l'outillage, les matériaux d'études, les collections de dessins, une bibliothèque, font complètement défaut ; le budget suffit à peine à payer les frais de chauffage et d'éclairage et les traitements des professeurs, fixés pourtant bien modestement à 100 fr. par mois. L'organisation de l'enseignement de la Bourse du travail de Marseille inspire les mêmes réflexions qui ont été résumées dans l'analyse de l'enseignement donné par la Bourse du travail (le Saint-Etienne. En n'adressant pas, par esprit particulariste, un appel aux dévouements extérieurs qui ne feraient point défaut parmi les professeurs de rUniversité, du lycée, des collèges, de l'École des beaux-arts, les administrateurs de la Bourse se condamnent à ne donner aux élèves de leurs
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cours qu'un enseignement très inférieur, sans caractère scientifique, et incapable d'ouvrir des horizons plus élevés que ceux de la routine et de l'inexpérience. A l'étranger, je le répète, les fondateurs d'institutions analogues, telles que les écoles de Gharleroi, de Hambourg, de Berlin, de Birmingham, de Manchester, etc., n'ont point commis cette faute grave, qui partout en France menace de tuer des œuvres sociales très intéressantes et très utiles, dont le développement serait certain par l'emploi d'autres méthodes d'enseignement.
L'Oratoire Saint-Léon, œuvre de dom Bosco, élève et instruit environ 3oo L'Oratoiie Saini-Léon. enfants abandonnés, orphelins ou appartenant à des familles indigentes. A l'école primaire sont annexés plusieurs atehers où l'on apprend tliéoriquement et pratiquement les métiers suivants : imprimerie, lithographie, l'eliure, papeterie, sculpture et peinture, tailleurs d'habits, cordonnerie, menuiserie, serrurerie et fonderie de caractères. L'œuvre ne vit que de cotisations de coopérateurs, de dons charitables et de la vente des produits des ateliers. L'enseignement y est très élémentaire et prépare bien plutôt à l'apprentissage qu'il ne le constitue réellement ; les enfants formés dans cette institution sont fort appréciés par les chefs d'atelier pour les qualités d'exactitude, de bonne tenue et d'amour du travail qu'une discipline sévère mais paternelle leur a données.
L'enseignement artistique pour les apprentis et les ouvriers des industries l'éc.oIp municipale
11 r \ iiTn 111 ' 1 II ^^'^'^ beaux-arts.
d art est attribue a 1 Lcole des beaux-arts, uette école est une des plus vieilles de France ; elle remonte à l'année i^Sa. Là, comme presque partout ailleurs, on trouve à l'origine, et comme inspiration de la fondation, l'urgence de venir en aide aux industries locales, en leur fournissant les artistes et les ouvriers habiles qui leur manquent. Voici ce qu'on lit en tête d'une notice historique sur cette institution : « A cette époque, Marseille possédait déjà de nombreuses manufactures dont les produits justement réputés étaieni recherchés au loin. Ses faïences avaient une grande renommée et les imitalions qu'en faisaient les fabriques étrangères étaient désignées sous le titre de faïence façon Marseille. Ses manufactures d'armes, ses fabriques de papiers peints et de riches étoffes fournissaient d'incessantes applications de l'art à l'industrie, ainsi que les nom!)reuses constructions de vaiss*>aux
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et galères dont la plupart étaient ornés de riches sculptures. Malheureusement, faute d'une culture artistique sviffîsante, les ouvriers indigènes étaient bien souvent inhabiles et l'on était forcé de recourir à des étrangers, ce (jui amenait toujours de grands frais. Cette lacune regrettable d'une instilution ayant pour but de former et de développer le goût des ouvriers marseillais quant à ce qui se rattache à l'art industriel devait bientôt cesser, grfice au dévouement de quelques artistes de non moins de cœur que de mérite. » Un sculpteur de talent, du nom de Verdiguier, et le peintre André Bardon fondèrent une Ecole publique de dessin, qui, en 1756, était convertie» en Académie royale. Insensiblement l'enseignement de l'école, d'industriel et artistique au début, dériva du côté purement académique et ne forma plus ([ue des peintres et des sculpteurs. Ce fut là, pendant plus d'un siècle, soh exclusive spécialité ; c'est seulement en 1876 qu'on y créa un cours de dessin décoratif, et, en 1889, un cours du soir, s'adressant aux ouvriers charpentiers, menuisiers et tailleurs de pierre. Aujourd'hui, deux classes, dans l'organisme de l'école, donnent un enseignement qui vise spécialement les industries d'art : la classe d'architecture et la classe des arts décoratifs.
La classe d'architecture, pendant l'année scolaire 1 895-1896, n'a pas compté moins de 58 élèves, répartis dans les professions suivantes : 82 dessinateurs, 8 menuisiers, 3 ébénistes, 6 serruriers, i tourneur, 4 maçons, 7 étudiants, et 9 élèves sans métiers déterminés. L'influence de cette classe sur le mouvement artistique dans la construction et les industries serait à peu près nulle, à l'opinion des artistes et des chefs d'ateliers. La pluparl des élèves sont des fils d'entrepreneurs qui viemient y chercher quelques notions de dessin, de composition, et se retirent avant d'avoir fait des études sérieuses, pour être employés comme dessinateurs dans les bureaux d'arcliilecture et surtout d'entreprise, afin de pouvoir interpréter tant mal que bien les désirs et les projets de la clientèle ; plus tard, ces dessinateurs deviendront eux-mêmes des patrons, dont l'instruction professionnelle et artistique ne sera ainsi guère supérieure à celle de la généraliti' des entrepreneurs et ai'chitectps actuels. Les doléances à cet égard sont unanimes; l'on considère celte lacune connue une des causes principales de la situation présente des in(histries d'arl, pour lescjuelles à très peu (Texceplions, architectes el enire-
preneurs professent une hostilité, sinon une indifférence, absolue. Bon nombre d'architectes eux-mêmes n'hésitent pas à reconnaître que l'Ecole des beaux-arts ne donne qu'une instruction générale légère, peu en rappoi l avec les connaissances professionnelles sérieuses ([n'exige le métier. Aussi la corporation semble-t-elle, malgré les efforts de quelques individualités, retourner à la situation précaire qui lui était faite autrefois par des traditions locales, et dont avaient réussi à la tirer, pendant une période de temps, Espérandieu et les artistes que ce maître avait groupés autour de lui. Depuis le milieu du xvnf siècle jusqu'à i85o environ, l'architecture marseillaise était aux mains des entrepreneurs qui exécutaient tous les grands travaux et avaient créé ce type d'hôtel privé, aussi peu décoratif qu'économique, ([u'on trouve presque à chaque pas dans les quartiers de la Préfecture et du Palais de justice. De iSS*? à 1860, Goste, le célèbre auteur avec Flandriii (lu Voyage avchéoloc/ique en Perse, construit le palais de la Bourse, el Vaudoyer entreprend la cathédrale de la Major ; cependant leur influence sur l'architecture domestique n'est point sensible. « Enfin Malherbe vint ». Espérandieu bâtit Longchamps, Notre-Dame de la Garde et l'Ecole des beaux-arts. Le succès qu'il obtient engage un certain nombre de riches particuliers à lui confier la restauration d'hôtels anciens et la construction d'hôtels nouveaux. Par lui, rarchitecte se classait derechef dans sa véritable fonction occupée jusque-là par les entrepreneurs ; l'éminent artiste forme des élèves fort distingués, entre autres Leitz, qui continuent le iriouvement. Mais les entrepreneurs, se voyant à la veille d'une décliéance complète, se remuent avec activité, intriguent habilement, et parviennent à reconquérir de haute lutte leur prédominance ; pour être en mesure de faire concurrence aux architectes, ils ont organisé des cabinets de dessin, dont ils recrutent, connue il vient d'être dit, le personnel parmi les élèves de l'Ecole des beaux-arts, et même dans leurs familles, en ayant soin de fair(> suivre les cours de la classe d'architecture par leurs enfants. A très peu d'exceptions, les architectes d'aujourd'hui ne tentent rien pour enrayer cette réaction, à laquelle les mœurs nouvelles sont ti'ès favorables ; l'aristocratie commerciale et industrielle, en grande majorité cosmopoHte, ne fait point bâtir, et se loge éc<)nomi([uenieat dans les maisons de rapport des (pi;n'tiers
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neufs ou dans les vieux hôtels, qui s'adaptent exactement à ses goûts peu luxueux et à ses habitudes d'économie. Ils n'aident ni encouragent les efforts des industriels d'art ; ils semblent même affecter de se tenir en dehors du mouvement de renaissance qu'on cherche un peu partout à provoquer. A l'Ecole des beaux-arts, cependant, on paraît avoir en ce moment la sensation très nette de l'urgence d'un enseignement nouveau, plus positif et plus sévère, pour former une génération nouvelle à l'idéal plus élevé et aux ambitions plus généreuses. Et, même, y formule-t-on déjà hautement des projets de réformes, dont la réalisation, sans doute aucun, ne pourrait que hâter ce mouvement. Il s'agirait notamment, entre autres idées excellentes, de substituer au prix de Paris, dont le mirage fait tant de malheureuses victimes, des bourses de voyages d'études pratiques en France et à l'étranger, ([ui, en procurant aux lauréats l'occasion et les moyens de travaux extérieurs intéressants, ne les détourneraient point, comme le séjour à l'Ecole nationale des beaux-arts, du métier simple et modeste, tel qu'il ne peut qu'être exercé en ])rovince, où l'on n'a guère à bâtir des basihques, des temples ni des palais. Le promoteur de cette innovation a la bonne fortune de pouvoir s'autoriser, pour la soutenir, de l'opinion d'un maître dont l'œuvre principale est la (floire de MarseiUe, Vaudoyer, l'architecte de la Major.
Quant à la classe des arts décoratifs que fréquentent avec plus ou moins d'assiduité 58 élèves, les résultats n'en seraient guère plus satisfaisants. Dans une réunion de la Chambre syndicale des arts et des industries du bâtiment, il m'est déclaré nettement par des chefs d'atehers de marbrerie, de sculpture et de peinture que l'enseignement y est tel qu'au bout de leurs études les élèves en sortent sans savoir avec précision ce qu'est un style, et incapables de faire une composition d'art décoratif originale. On a lu plus haut les doléances d'autres chefs d'industrie, ébénisterie, menuiserie du bâtiment, serrurerie et bijouterie, réclamant unanimement la réforme de l'Ecole des beaux-arts dans le sens d'un enseignement professionnel plus pratique (M, plus sérieux ou la création d'une école spéciale pour les industries d'arl. Je dois ajouter que le mouvement d'opinion publique à cet égard a pénétré jusque dans l'école elle-même. Il semble qu'il suffirait d'inie impulsion adfniiiislraliv(i un peu énergique et décisive pour qu'une réforme radicale
puisse être foite immédiatement ; les causes qui s'opposent à sa réalisation n'étant guère que d'ordre sentimental et le fétichisme d'une tradition de préjugés et de théories peu en harmonie avec les mœurs et les besoins actuels des industries. Ici, comme à Toulouse et à Bordeaux, il semble que l'Ecole des beaux-arts doive avant tout être tenue pour une pépinière de futurs prix de Rome et d'artistes parisiens. Dans tous les discours, dans tous les documents qui m'ont été communiqués, comme sources officielles d'informations sur le fonctionnement et les progrès de l'école, il est fait mention en première ligne des peintres et des sculpteurs qui ont été pensionnaires de l'Académie de France, qui ont obtenu des succès aux Salons, ({ui ont conquis vnie situation d'honneur et de fortune à Paris. Cet exode en est devenu un objectif même pour les élèves possédant un métier et ne pouvant aspirer à des destinés aussi glorieuses ; il dépeuple, dans cette catégorie, l'école et les industries des sujets, qui, avec une autre direction de leui's études et l'insufflation d'autres ambitions, pourraient leur rendre les pins grands services, et y conquérir une position aussi avantageuse qu'honorable. C'est ainsi que les chefs de deux des plus grands ateliers de lithographie me déclaraient que la plupart de leurs dessinateurs ayant obtenu quelques succès scolaires n'avaient qu'une hâte : aller à Paris, d'où ils étaient obligés de revenir, quelques années après, comme le pigeon de la fable, tirant l'aile et le pied, ayant oublié, dans la spéciahsation industrielle où ils avaient été enfermés, le peu qu'ils avaient appris à l'école et n'ayant acquis d'autre expérience que celle d'une épreuve douloureuse, où leurs illusions et leurs enthousiasmes s'étaient brisés pour faire place à un désenchantement pesant constamment sur la vie.
Marseille ne possède point de Musée d'art industriel : l'organisme d'enseignement industriel et artistique qui doit compléter celui de l'école. Longchamps est un Musée de peinture et sculpture et un Musée d'histoire naturelle ; le Musée Borelly est un Musée d'archéologie. Or, tous les patrons, artistes et ouvriers des industries d'art réclament avec insistance ce Musée d'art industriel, le déclarant nécessaire, indispensable ; à tel point que le conseil d'administration du Syndicat général des industries du bâtiment m'informe qu'il se propose d'en créer ini petit, au moyen de moulages, dans
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ses locaux de la (^aimebière. C'est, en effet, eu plein de cœur Marseille, du Marseille animé, vivant, qu'une institution de ce genre doit être installée ; car, dans une ville comme celle-ci, la ville Porte de l'Orient, où aboutissent et commencent loutes les (jrandes routes maritimes du monde, où passent des milliers et des milliers de voyageurs, cette institution doit être autant un musée d'informations commerciales qu'un musée d'enseignement artisti- (|ue, et avoir le double objectif de faire connaître au public, marseillais et international, qui le visite, les ressources et les richesses industrielles de la ville et même du pays tout entier ; ainsi que de renseigner les patrons et les ouvriers sur les conditions pour perfectionner les industries et leur ouvrir Le .Miisc-c oriciii.ii (Ics déboucliés nouvcaux. I^es Autrichiens ont compris et organisé de cette
de Vienne. ,. , . . .
layon le Musée oriental et commercial de Vienne ; et ce musée, sans avoir les avantages de la situation exceptionnelle de Marseille, au point de vue des relations avec l'Orient, a fourni à l'Autriche les moyens d'en conquérir tous les marchés commerciaux, en nous y supplantant. Tous les produits (jui se fabriquent en Orient, de Gonstantinople à Yokohama, ont dans ce musée la représentation de leurs types principaux; et tout ce qui est importé en Orient des pays d'Occident a là un échantillon analysé à tous les points de vue.
Le Musée oriental est aussi un musée ambulant. La direction a le devoir, imposé par les statuts, d'avoir toujours en circulation la moitié de ses collections. Il suffit à une chambre de commerce, à une municipalité, d'adresser une demande de prêt justifiée, pour (ju'il y soit fait droit immédiatement avec la plus grande libéralité ; et, réglementairement, les collections sont toujours prêtées pour trois mois. C'est en raison de cette organisation spéciale et sous cette condition que le Gouvernement lui accorde une subvention annuelle de 20,000 francs. Le musée organise périodiquement des expositions artistiques et technologicpies dans les grands centres industriels. En 1881, presque toutes les colleclions de verreries orientales avaient été transportées à Prague pour être montrées aux ouvriers verriers de Bohême. De plus, il est annexé au musée une agence d'informations commerciales pour l'Orient, transmises par ses 3oo membres correspondants, banquiers, négociants, industriels, par les 9 chambres de commerce affiliées, et par les fonctionnaires diplomati(pies et consulaires de l'empire, avec qui l'insti-