LE SYNDICAT DES ARTS ET INDUSTRIES DU RATIMENT
1 1 4 cercles et sociétés musicales, de sociétés de tir, de gymnastique, de colombophilie, d'agriculture, d'horticulture, de courses de tous genres, d'académies diverses, elc. Cependant, une seule institution foncdonne dans l'ordre d'idées dont il est ici question, avec succès, progressant loujours : le Syndi- Le Syndicat
^ . (les arts et (les industries
cat des arts et des industries du bâtiment. Depuis trente ans qu elle existe, ju bâtiment, les transformations de cette société ont été nombreuses ; et, particularité rare, elles ont toujours eu pour but et conséquence son développement dans le sens artistique. A son origine, elle portait le titre de Société industrielle et artistique de Provence; et elle comptait Go membres, dont un seul par corporation industrielle ; on la considérai I comme une sorte d'académie, en raison des difficultés (jui entouraient le recrutement de ses membres, et du caractère de ses discussions. Après la guerre, au moment où cette forme d'association n'était cjue tolérée administrativement, la société devenait le Syndicat du commerce, de l'industrie et des beaux-arts. Un progrès sensible se manifeste dans son fonctionnement ; elle ne compte pas moins de 100 membres. Il y a quekjues années, le syndicat fusionnait avec une chambre syndicale du bâtiment, et conquérait de ce fait un groupement de plus de 3oo adhérents, tous patrons, occupant environ 10,000 ouvriers d'art. Il s'est installé au premier étage d'une maison de la Gannebière, et a créé là une sorte de cercle, où tous ses membres peuvent, dans la journée et le soir, se réunir, causer et traiter de leurs affaires collectives. On y organise des conférences sur les questions relatives au bâtiment. L'ambition du conseil d'administration est d'y annexer prochainement une bibliotliè([ue el un musée de modèles en moulages, pour l'instruction professionnelle et artistique des patrons et des ouvriers. Le budget annuel, qui s'élève à une somme relativement importante, est constitué par les cotisations des membres et par des dons volontaires. L'action de cette association, qui m'a paru dirigée avec une rare énergie et une hauteur de vues et d'ambitions peu commune, esl déjà très considérable; elle lui a créé des relations avec la municipalité, le conseil général, la préfecture et l'administration des chemins de fer, auprès desquels ses démarches et ses délibérations ont une grande influence. Les questions d'enseitinemeni professionnel, d'écoles, de musées, etc., y sont à l'ordre du jour, et ont hiit déjà l'objet de projets dont la réallsalion innné- ,
MARSEILLE
diate paraît tenir fort au cœur de tous ses membres. Déjà toutes les donations de prix d'encouragement à l'Ecole des beaux-arts, s'élevant à plus de i,ooo fr., proviennent d'industriels faisant partie du syndicat. Dans la réunion organisée pour me recevoir, à la suite d'une discussion où se sont manifestés avec netteté les sentiments les plus expressifs de dévouement, en même temps qu'une notion très précise de la situation actuelle, un vœu unanime a été émis, de la création immédiate, à Marseille, d'une Ecole industrielle et artistique, avec ateliers d'applications, à laquelle le syndicat garantit, pour les industries qu'il représente, un minimum de 5oo élèves. Un concours absolu, non seulement moral mais financier, est mêmç offert aux pouvoirs publics, Etat ou municipalité, qui entreprendront cette création. Une association de ce genre, aussi bien organisée et d'ambitions aussi hautes, est évidemment destinée, en se développant, à jouer un grand rôle, à prendre, par le groupement successif des syndicats divers qui se traînent péniblement sans force ni autorité, la tête du mouvement pour la renaissance des industries artistiques marseillaises. Elle vient à son heure, au moment psychologique où se manifestent la nécessité absolue, l'urgence de sortir de l'apathie et de l'indifférence générales, pour pouvoir lutter contre la concurrence étrangère qui menace toutes ces industries, et pour rendre à Marseille son luxe, son élégance et sa gloire artistique d'autrefois.
En 1886, il iiilervini, eiilre le Ministère de l'instruction publique et des beaux-arts et la nuuiicipalité de Nice, une convention par laquelle l'Ecole municipale de dessin de celte ville était transformée en Ecole nationale d'arl l é.oIc national, décoratif; et, en i8c)3, un arrêté ministériel réglait les conditions nouvelles d'administration et de fonctionnement de l'institution modifiée dans quelques parties de son organisme. L'école, aux termes de ce document officiel, a pour but de répondre aux exigences des diverses industries d'art de la région, notamment la décoration murale, la céramique, l'ameublement, et(\ En conséquence, le programme de son enseignement comprend : 1° une seclion de dessin et de peinture ; 2° une section de sculpture ; 3° une section d'architecture, et 4° un cours spécial de stéréotomie réservé aux ouvriers el aux apprentis des industries du bâtiment. La situation administrative actuelle de l'école est celle-ci: Le budget s'élève à la somme de 48,800 fr. ainsi constituée : 2i,5oo fr., contribution de la ville; 2i,5oo fr., contribution de l'Etat; 4^300 fr., allocation municipale pour le loyer de l'immeuble où est installée l'école; et allocation de i,5oo fr. pour les bourses et les prix.
Le nombre des élèves inscrits, pendant le premier trirhestre de l'année 1896, est de 267 : 178 garçons et 89 jeunes filles. Les élèves garçons appartiennent aux professions suivantes: décorateurs -peintres, 17; sculpteurs sur bois, i5 ; serruriers-mécaniciens, 24 ; menuisiers et ébénistes, i3; employés, 10 ; viennent ensuite, par unité ou séries de deux ou trois, des ouvriers de toutes les catégories, tapissiers, photographes, zingueurs, litlio- (jraphes, etc.; 45 sont élèves du lycée ou d'écoles primaires et 32 n'ont pas de professions. Les cours ont heu le jour et le soir ; ceux du jour sont suivis par 6 jeunes filles et 32 garçons.
Quels sont les résultats, pour le développement des industries artistiques
de Nice et, de la région, obtenus à ce jour de l'Ecole nationale d'art décoratif?
Tous les visiteurs de la Côte d'Azur éprouvent la surprise que rarcliiteclure, dans la campagne et dans les villes, soit généralement, d'une banalité, sinon d'une excentricité, navrante. Administrativement, nous en sommes aujourd'hui, à ce point de vue de la préoccupation d'adapter les maisons et les villas au décor naturel, si merveilleux, qui les entoure, au-dessous des idées Une loi sard." d'il y a uu demi-sièclc. Autrefois, dans le comté de Nice, la loi sarde autorisait les municipalités à nommer des commissions chargées de veiller à l'ornementation des places et des rues. Les membres de ces commissions étaient choisis dans le municipe et parmi les artistes ; elles avaient les pouvoirs les plus étendus. Aucune construction sur rue ne pouvait être faite sans l'approbation des plans et des projets de façade par ces commissions. La loi française a aboli cette coutume et restreint les pouvoirs édilitaires des municipalités aux questions de voirie et d'alignement. Aussi, se présente-t-il des cas où les municipalités se trouvent dans le plus grand embarras, lorsqu'elles veulent concilier à la fois la loi et le désir de ne point laisser se commettre de trop énormes monstruosités, de nature à déparer une ville ou un quartier. A Nice, tout récemment, le propriétaire d'un terrain à droite de l'église du port voulait faire bâtir une maison qui allait détruire l'harmonie architectul'ale de la place ; la ville dut acquérir le terrain à grands frais et le revendre en imposant l'obligation de construire une maison taisant pendant à l'hôtel Astrando ; cette opération coûta 4O5OOO francs aux finances municipales. Le jardin public élevé sur l'emplacement du lit du Paillon, du casino à la mer, fait sourire avec sa grotte en ciment, ses taillis rabougris et ses pelouses pelées. Aux fêtes du Carnaval, on ne sait ce qui doit être le plus admiré de l'impassibilité des comités qui organisent ou de l'ingénuité du public qui accepte des décorations et des cortèges, sans originahté et sans fantaisie.
Les causes de cette situation précaire des industries artistiques locales doivent être étudiées avec précision pour proposer des réformes qui puissent la l'aire disparaître.
Les indusiiicstrart. La décoratlou est la principale des industries niçoises. Les fêtes publi- (pies, courses, batailles de fleurs, carnavals, etc., y puisent leurs éléments
essentiels (rallraclion. Dans les villas, elle est la réalité ou l'illusion du jjittoresque, de l'élégance et de l'originalité. Les casinos, les cafés, les hôtels en font un emploi constant par les perspectives et les paysages des sites célèbres de la Côte d'Azur. Un architecte ingénieux a eu l'idée d'importer les graflitti el en a obtenu un grand succès ; un autre donne au stuc et au cartonpàte la préférence, adoptée par une nombreuse clientèle ; et, partout règne la toile peinte, aux couleurs claires, aux dessins naturalistes, qui se prête avec la meilleure grâce du monde à tous les caprices et à toutes les fantaisies. Actuellement, on bâtit en quantité dans la région des villas et des hôtels d'un très grand luxe, où la décoration à 10 fr, le mètre carré n'a point de place, et qui réclament des œuvres d'art que des artistes seuls peuvent exécuter. L'Annuaire du département n'enregistre pas moins de 3oo peintres, dont la moitié (rouve à Nice un travail régulier. Or, les architectes et les clients conmiencent à être las et embarrassés des Italiens — la majorité dans la corporation, — qui sans doute travaillent rapidement et à bon marché, mais qui n'ont ni goût, ni imagination, et répètent jjartoiU les mêmes plafonds et panneaux, avec les mêmes rinceaux, figurines et boiKjuets de fleurs, tirés des fresques d'Herculanum et de Pompeï. On devait donc rêver de créer, à Nice, une grande école de décoration, en mesure de substituer définitivement et avec rapidité l'art français à l'art itahen. C'est dans ce but qu'il y a une dizaine d'années, l'ancienne Ecole municipale de dessin a été transformée en école nationale. Malheureusement, la modicité des ressources financières n'a pas permis de réaliser encore les projets d'organisation et d'installation. L'école est logée dans un bâtiment privé, en location, où n'ont pu être disposés les ateliers de peinture décorative nc'cessaires ; il n'y a pas de cours pour l'étude de la plante et de la fleur vivantes. I^.t aux difficultés d'ordre matériel est venue s'en adjoindre inie autre (pii fait obstacle au développement de l'institution: l'indiirérence sinon l'hostilité des architectes, des entrepreneurs pour une école dont ils devraient être les protecteurs dévoués.
Evidemment, les résultats actuels obtenus dans cette branche des industries locales, d'après les documents officiels qui me sont comnnniiqués — deux anciens élèves devenus, Tun entrepreneur de peinture en bâtiments.
el Georyc Saiicl.
l'ai lire ouvrier décorateur, — ue répondent point aux sacrifices faits par la municipalité et par l'Etat.
i-T Dans la région de Nice, il y a un centre de céramique, Vallauris, qui ne
céraini([uc de Vallauris. • 1 /a p 1 • i o f» .. • 11
Jean Raynaïui compte pas moms 06 4" laDriqucs, dont ô laienceries d art, et, en poteries culinaires seules, produit annuellement pour plus de deux millions de francs. Une dynastie de potiers, qui en est à la troisième génération, a créé une faïence spéciale qui constitue un type très caractéristique et jouit d'une très grande vogue en Provence. Cette faïence est née d'une fantaisie de poètes et d'artistes : témoignage indiscutable que les conditions économiques d'une industrie sont toujours subordonnées aux circonstances d'impulsion et de protection d'esprits hardis et originaux. Jean Raynaud, le doux philosophe de « Terre et Ciel », étant venu s'installer à Vallauris, y fit construire une maison. Un jour, il montra à deux potiers, qui continuaient la tradition technique des Génois émigrés sur ce coin de France au xv*^ siècle, quelques fragments de moulages du Louvre et des Tuileries, et lui demanda de les reproduire en terre cuite pour décorer son logis. L'innovation eut un grand succès dans le pays ; et c'est ainsi qu'on peut voir, sur un certain nombre de villas anciennes de Vallauris et du golfe Juan, des frises, des métopes et des corniches d'une rare beauté, qui surprennent et enchantent les promeneurs. Le potier prit goût à ces travaux d'un caractère plus artistique que sa vaisselle. Il s'essaya à fabriquer des balustres, des ornements, et puis des vases d'après des htliographies. Un peu plus tard, George Sand et son gendre, le sculpteur Clesinger, en villégiature chez Jean Raynaud, s'intéressèrent à ces essais ; Clesinger fit lui-même les maquettes de quelques pièces et donna au potier ses premières leçons de modelage et de dessin. Cet incident fut connu de la colonie anglaise de Cannes ; il devint à la mode d'aller en promenade visiter le protégé de George Sand. Des amateurs trouvèrent à leur goût les fantaisies rustiques de Vallauris, et apportèrent des modèles, des dessins à exécuter. Peu à peu, la fabrication nouvelle prit une certaine importance, à côté de celle des matériaux de décoration du bâtiment à laquelle le développement rapide de Cannes avait donné une rapide extension. La terre de Vallauris était impropre pour la faïence fine ; on en fit venir de Vidauban, de Savone et autres lieux. Le vieux potier mit
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son fils aîné au tour et forma parmi les paysans qui faisaient des pots et des briques un personnel qui ne tarda pas à acquérir une grande habileté ; et il s'instruisit lui-même par les livres de tout ce qui concernait son nouveau métier. Aujourd'hui, ses petits-fils font tous de la faïence de Vallauris ou du golfe Juan et ont constitué trois maisons. L'industrie artistique occupe un millier d'ouvriers : 3oo tourneurs, 3oo engobeurs, 3 modeleurs, 20 peintres, 12 émailleurs ; le reste sont des manœuvres'. La majeure partie est de nationalité italienne. L'organisation technique des ateliers est restée fort rudimentaire ; l'on y procède, dans les recherches et les travaux délicats et difficiles, bien plus empiriquement que par des méthodes précises. Deux des chefs de maisons m'avouent très loyalement n'avoir jamais appris du métier que le lournassage, — dans lequel l'im d'eux, passé maître, est admiré par tous les ouvriers de la région, — et ne rien savoir pratiquement de la peinture, de la sculpture, ni du dessin. Le troisième déclarait, devant la Commission d'enquête de i883, s'être formé lui-même, avoir appris seul à dessiner, «grâce aux dispositions naturelles de notre race». Leur personnel artistique — modeleurs et peintres — n'est pas dans des conditions différentes; encore aujourd'hui, les apprentis ne reçoivent aucune notion de dessin. Dans la création des modèles, on procède généralement par une intuition, vraiment extraordinaire, de formes et de couleurs, qui a été développée par une longue pratique de ce procédé primitif, et par une compilation assez intelhgente de types et de modèles, pris çà et là dans des albums et des recueils. Parfois, il passe dans le pays quelque artiste nomade, italien le plus souvent ; on l'emploie ; et, pendant le temps qu'il travaille dans la manufacture, il fait trois ou quatre modèles nouveaux. Les fabricants ont eu aussi la bonne fortune que des peintres et des sculpteurs parisiens, en villégiature dans la région, se sont intéressés à leurs travaux, leiu' ont donné des conseils et des idées; l'un de ces peintres, pendant un assez long temps, s'est occupé spécialement de la faïence à reflets métalliques, et y a appliqué avec succès
' Au dernier moment, je reçois de la municipalité de Vallauris, sur ma demande, une statistique officielle qui ne concorde point avec ces chiffres, que les fabricants de faïences artistiques m'ont eux-mêmes fournis. D'après cette statistique, l'in-
dustrie de la céramique tout entière occupe 536 ouvriers et 240 ouvrières (dont 345 de nationalité étrangère). 193 ouvriers (98 ouvriers français, 95 étrangers) et i3 ouvrières seulement sont employés dans les faïenceries d'art.
des effets et des motifs nouveaux de décoration. Un sculpteur de grand talent a le projet d'utiliser, pour des hauts et bas-reliefs, un procédé nouveau, qui consiste à donner à cette faïence une précision absolue de teintes et de nuances. Mais il y a unanimité d'opinions sur la question de l'urgence de créer pour cette importante population ouvrière un enseignement d'art qui élèvera la production courante et la fera sortir des vieux types, des imitations d'œuvres d'autres manufactures, et de ces inventions naturalistes aussi peu décoratives qu'étranges, dans lesquelles elle se complaît par esprit de routine, au grand détriment de sa réputation.
On trouve encore dans la région, à Saint-André, à Montboron, à Monaco, à Menton, quelques fabriques de céramique qui essayent de vivre, en imitant le genre de Vallauris ou en faisant de la faïence italienne rustique. • D'autre part, on a mis à la mode pendant im certain temps l'emploi, dans
les villas, comme éléments pittoresques de décoration, d'immenses vases en cru, peints très largement, à grands effets, à la détrempe, à l'aquarelle, à la cire; alors, les peintres italiens se sont emparés tout de suite de cette oriqinale idée et ont produit de telles horreurs qu'elle est à la veille d'être abandonnée par les gens de goût.
La cérami(iuc à l'École L'Écolc nationale d'art décoratif a donc un grand rôle à jouer dans l'in-
d'arl décoratif. , . , i , • i , • . n> • • 17-1
dustrie de la céramique ; le métier peut ollrir aux jeunes gens que 1 école formerait pour devenir des tourneurs, des modeleurs et des peintres, la perspective de salaires qu'on ne trouve pas ailleurs : 2 et 3 fr. par jour pendant l'apprentissage ; des semaines de 100 et 120 fr., l'apprentissage terminé et un peu d'habileté conquise. Le programme, en effet, comprend des cours de dessin, de décoration et de modelage qui peuvent s'appliquer à cette industrie ; on a même installé dans une salle un tour à potier ; en outre, la section des jeunes filles est pourvue d'une classe spéciale de peinture sur cérajîiique. Mais cet enseignement n'a pas donné ce que l'administration en attendait. L'école ne paraît avoir eu juscju'ici aucune influence sur la production des ateliers de Nice et de Vallauris. Si l'on doit regretter que son administration se soit abstenue de faire une propagande très active auprès des industriels pour leur signaler les élèves et les travaux q\ù pourraient leur être utiles, il y a lieu d'être plus étonné encore de constater
l'insouciance, vraiment stupéQanle, de ces industriels à venir s'enquérir euxmêmes des services que l'institution serait en mesure de leur rendre. 11 n'y a aucunes relations de renseignements, de conseils et d'encouragements mutuels, entre l'école et l'industrie : elles semblent s'ignorer.
Nice a une industrie spéciale de la mosaïque de bois de couleurs ([ui occupe un assez grand nombre d'ouvriers exclusivement italiens. La production en est du goût le plus déplorable et d'une monotonie désespérante de motifs et de physionomies ; tout cela est fabriqué par les procédés les plus empiriques et les plus routiniers de technique et de composition. L'école n'ambilionnera-t-elle point de transformer cette industrie, de la développer, et de créer par là un débouché relativement important poiu- ses élèves, par la création d'un atelier spécial d' « intarsiatori » ?
Une autre industrie régionale, que l'accroissenienl de la population hivernale et le développement du luxe de la colonie étrangère rendent de plus en plus importante, est l'industrie de la fleur. Or — la déclaration en est peutêtre bien peu galante et soulèvera sans doute des protestations, — les fleuristes de Nice, de Cannes, de Monte-Carlo, etc., ne savent pas faire les bouquets. Quel contraste entre les éventaires de leurs boutiques et les devantures des magasins parisiens ! Autant il y a ici de grâce, d'originalité, de pittoresque et de poésie, autant là on déplore l'absence d'harmonie et de fantaisie. Si le goût inné, l'intuition de l'élégance et de la distinction donnent aux artistes parisiennes, à défaut d'une instruction spéciale, cette habileté de fée cjui convertit tout ce qui sort de leurs doigts en une merveille, en un enchantement; on peut fournir aux autres les moyens de suppléer, dans une grande mesure, à ces dons naturels par la connaissance raisonnée des lois essentielles de la composition et du coloris. Un cours de fabrication de bouquets serait plus utile pour les jeunes filles que celui de la peinture sur éventails ou sur porcelaines. Et, dans un ordre d'idées peu différentes, Tinnovation d'un cours analogue pour les modistes ne rendrait assurément pas moins de services à la population féminine, après avoir sans doute provoqué pendant quelque temps, l'un comme l'autre, les sourires des gens graves qui n'ont de respect et d'admiration que pour les progrannnes classiques autant (jue surannés.
i32 NICE.
École idéale. L'Ecole nationale d'art décoratif de Nice occupe-t-elle dans la ville et
dans la région la situation sociale et officielle, rêvée pour elle quand on Ta créée ? A-t-elle eu jusqu'ici dans les industries la direction du goût, de l'originalité, de l'élégance, qu'impliquent son titre et son programme ? On peut hésiter à répondre affirmativement. Or, cette institution, dans l'idéal de sa conception, logique et facilement réalisable, devrait être le centre d'action de tout ce qui, de loin ou de près, touche à l'art. Cet idéal se résumerait ainsi : Au lieu d'être installée provisoirement dans un immeuble privé, sans caractère d'étabhssement public, l'école habite un édifice, vaste, superbe. De grands ateliers y permettent les applications pratiques de l'enseignement théorique aux industries d'art de la région : la peinture décorative, la sculpture ornementale, la céramique, la mosaïque de bois, etc. 11 y est annexé des salles d'expositions permanentes qui montrent au public les spécimens des travaux scolaires, ainsi (ju'un musée et une bibliothècjue d'enseignement technique et artistique, où les élèves viennent étudier et se distraire. L'administration de l'institution est confiée à un homme de grand goût, de liante éducation artistique, dont la mission exclusive est d'entretenir des relations constantes avec les ardstes, les architectes, les industriels et les habitants ; de connaître toutes les entreprises d'architecture, de décoration, qui sont en projet ou en cours d'exécution, afin d'y faire participer l'école, sous forme de conseils, de renseignements et de collaboration des anciens élèves ou de matériaux d'études et d'observations sur place pour les écoliers dans chaque section, et pour les tenir au courant de la production actuelle. Il rend visite aux personnages de distinction, en villégiature ou de passage ; et les intéresse à l'école pour qu'ils l'honorent d'une visite des ateliers et des salles d'exposition. La reine d'Angleterre, Timpératrice d'Autriche, rim|)('ratrice douairière de Russie, le roi des Belges, le tzarewitcli, etc., vieniieiil-ils, comme cette année, se reposer sur la Côte d'Azur, l'école est la première institution officielle qui leur présente, sous forme de créations de ses élèves, un témoignage de bienvenue. Dans toutes les fêtes publiques, réceptions officielles, spectacles de gala, corsos, batailles de fleurs, etc., la coopération de l'école est de principe consacrée pour la préparation des dessins et des maquettes de tout ce qui est décoration artistique.
Le directeur et les professeurs des sections de peinture, d'architecture et de sculpture font de droit partie de toutes les commissions départementales et municipales qui s'occupent des questions d'art.
Cet idéal d'Ecole d'art décoratif n'est point une utopie d'écrivain ; il a été réalisé dans presque tous les autres pays d'Europe, en Belgique, en Angleterre, en Allemagne, en Russie, etc., où les institutions de ce genre, honorées, protégées et encouragées par tout le monde, avec dévouement, tendresse et fierté, vivant d'une vie intense, expansive et féconde, tenues en haute considération, populaires même, pour leur influence indiscutée, et pour les services rendus aux ouvriers, sont le foyer permanent de toute l'activité industrielle et artistique de la ville et de la région.