LES ASSOCIATIONS
le Musée archéologique Saint-Raymond, installé, en 1891, dans l'ancien bâtiment collégial de ce nom, sur la place Saint-Sernin. La Société archéologique, chargée de l'administration de ce musée, en a fait, malgré l'exiguïté de ses ressources — 2,000 fr. d'annuités consentis pendant quarante ans par la ville en échange de ses collections, — par l'intelligence et le dévouement de ses conservateurs, une véritable merveille de goût dans l'arrangement, de science et d'ingéniosité comme classification et enseignement pour le public. C'est un Gluny en miniature. L'archéologie et la -, curiosité semblent être l'objectif exclusif de ceux qui le dirigent, non point, je dois le dire, par préjugé contre l'art moderne, mais pour des raisons, hélas ! plausibles : un local trop exigu et un budget trop réduit. En dépit de son titre, la Société archéologique elle-même reconnaît, m'assure-t-on, l'utilité et l'intérêt qu'il y aurait à développer le Musée Saint-Raymond par des acquisitions d'oeuvres d'art du siècle dernier et du siècle présent, en vue de les faire servir de documents d'études pour les artistes et les ouvriers; elle donnerait son concours le plus complet et le plus dévoué à la réalisation de tout projet d'organisation d'un Musée des arts décoratifs en annexe du musée actuel, qui en serait pour ainsi dire la première partie. Malheureusement, à Toulouse, comme ailleurs, il est vrai, — c'est une sorte d'infirmité nationale actuelle — la municipalité est atteinte de cette myopie sociale qui consiste à ne jamais rien voir au delà des limites du temps présent, à considérer tout, — monuments, édifices et institutions, — comme définitif et immuable. Le Musée Saint-Raymond ne peut recevoir aucune extension, à moins d'acquérir à grands frais des immeubles voisins dont il est séparé par des rues; et le Musée des beaux-arts, achevé d'hier, est insuffisant pour contenir toutes les collections de tableaux. On avait la ressource de la construction d'une aile en retour, prévue d'ailleurs dans les plans de Violletle-Duc ; on vient d'ouvrir une rue sur l'emplacement qui avait été réservé pour cette éventualité.
Il n'y a à Toulouse aucune association ayant pour but statutaire le déve- Projets d'; loppement des industries d'art et l'étude des questions d'enseignement, de propagande et de protection qui s'y rattachent. La Chambre de commerce est toujours restée jusqu'ici en dehors de ces (picslions. Le Syndicat général
TOULOUSE
du commerce et, de l'industrie, qui compte un grand nombre de membres, s'occupe exclusivement de questions économiques. La Société des architectes du Midi n'a jîunais abordé aucune étude de ce genre. L'unique syndicat d'industrie d'art qui existe, la Chambre syndicale des maîtres imprimeurs, n'a qu'une vie platonique, sans action sur la corporation. Seules, la Bourse du travail, qui a organisé des cours du soir, et la Corporation des ouvriers lithographes, initiatrice d'une remarquable exposition rétrospective et contemporaine, à l'occasion du centenaire de la lithographie, peuvent revendiquer l'honneur de s'être intéressées aux industries d'art locales. Au moment de mon enquête, quelques industriels songeaient à fonder une association coopérative, dans le but de monter à Toulouse une ce Maison d'art », analogue à celle dont Bruxelles nous offre le prototype ; l'entreprise n'a point encore abouti. Une autre œuvre, fort intéressante, a été également en projet, il y a quelques années. Il s'agissait de la création, à Paris, d'un Atelier toulousain, à la fois pour donner du travail aux artistes n'ayant pu faire fortune dans la sculpture ou la peinture ou n'ayant pas trouvé à se placer dans une industrie, et pour ressusciter l'ancienne école languedocienne du meuble, qui fut autrefois si célèbre. On dressa les plans et les devis dé l'institution qui sans doute aucun devait réussir : les plus grands artistes sortis de l'école de Toulouse avaient gracieusement offert leur patronage et leur concours précieux pour l'exécution des premiers modèles. Il n'a pas été jusqu'ici donné suite à ce projet. On doit le regretter.
Cette enquête de deux semaines, poursuivie avec la plus minutieuse sévérité — car, à chaque pas, elle me procurait des déceptions imprévues, — montre une situation générale des industries artisticjues de Toulouse, peu brillante dans le présent, pleine de dangers pour l'avenir; et qui appelle, dans les institutions créées en vue de leur développement, des réformes nombreuses, d'ailleurs ardennncnt désirées et indiquées avec précision par les ouvriers et par les patrons. L'unanimité des doléances el des vœux en motive l'urgence, que justifie, en outre, la constatation évidente, que tout ici, plus que nulle autre part peut-être, paraît devoir assurer la prospérité de ces industries : De glorieuses traditions d'art dont les témoignages superbes font de la ville un vaste et merveilleux musée monumental ; le renom universel d'être à cette
LES ASSOCIATIONS. ifi5
heure un grand foyer d'artistes par la pléiade de maîtres eontemporains, architectes, sculpteurs, peintres, sortis de son école ; une organisation corporative des métiers artistiques excellente : chefs actifs, énergiques, ambitieux, ouvriers inlelligents, d'une rare habileté technique. A la tète de l'Ecole nunn*cipale des beaux-arts a été placé, il y a deux ans, pour la diriger de ses précieux conseils et de sa haute expérience, un grand artiste, dont l'œuvn» et la vie sont une profession de foi et un exemple, qui ne redoute ni les idées hardies ni les résolutions énergiques, et que supplée pour l'administration sur place, — ses travaux multiples le retenant à Paris, — un coadjuteur expérimenté, ardemment dévoué au progrès des industries. La municipalité n'est point conmie tant d'autres, hélas! réfractaire aux industries et aux arts; ne vient-elle pas d'entreprendre la décoration grandiose de la salle des Illustres au Capitole? Les promoteurs des réformes destinées à fournir aux ateliers toulousains les artistes et les ouvriers dont ils ont si grand besoin, trouveroni donc, à cette liem-e, un concours exceplionnel de circonstances favorables, ([ui permettent d'en espérer le succès complet.
Physionomie artistique OiiaiiJ j'ul coninioncé moii éludo, il BoT'deaiix, les réponses à mes pre-
de Bordeaux. . . , .
rnières questions ont été nivanaltles : « Bordeaux est une ville essentiellement commerciale ; les industries d'art n'y tiennent qu'une place très secondaire. » Et, comme je manifestais de la surprise, la bienveillance inspirait aussitôt à mes interlocuteurs une réplicjue, destinée à me réconforter un peu: « (Cependant, vous y trouverez une fahricpie de bronzes et une usine de cérami(pie. » Avant une visite à quelqu'un dont les idées, les habitudes et les (joùts ne vous sont point très familiers, on a la préoccupation de s'en- (|U(Mii' d(^s mies et des autres, par une observation rapide du milieu dans l('(|u('l il vit. Le quartier et la rue en fournissent, par leurs particularités caractéristiques, les premiers éléments. Ensuite, c'est la maison, dont la façade prend, pour ainsi dire, l'expression d'un visage, accueillant ou rébarbatif, mélancolique, sévère ou joyeux, l^uis, dans les meubles, les tentures et les bibelots du salon où l'on vous introduit, les yeux flairent la personnalité de celui qui les a choisis et disposés. Mes promenades ont été un enchantement. Dans la capitale de la Guyenne, que l'édilité moderne a ensoleillée sans trop rajeunir sa robuste et souriante vieillesse, le Moyen âge fleurit éternellement en ses merveilleuses églises, dont les fines aiguilles de jjierres dentelées silhouettent, avec tant de hardiesse, la perspective des rues. La ville de Tourny et du duc de Richelieu montre, avec orgueil, dans ses larges avenues et sur ses vastes places, les fastueuses maisons de ses opulents négociants et armateurs, les fiers hôtels de ses parlementaires et de ses financiers qui semblent refléter encore leur majestueuse allure. Le Grand- Théâtre évo(jue à l'esprit, par un intuitif parallèle, le souvenir des plus piu's chefs-d'œuvre de l'architecture de tous les temps. Et, le port, dans le développement superbe des colossales constructions des quais et des beaux pa-
lais (le la Doiiano et de la Bourse, apparaît une eréation monumentale incomparable, La bourgeoisie moderne, moins ambitieuse et plus pratique, a mis partout, dans les rues récentes e1 sur les nouveaux boulevards, emplis d'air et de lumière, la gaîlé et la yràce de ses habitations luxueuses, aux coquettes façades blanches, dont l'ornementation rappelle souvent le goût délicat du siècle dernier. Et, qui muse dans la rue, cherchant quelques-unes de ces œuvres que les ornemanistes du xvni'' siècle ont prodiguées avec une libéralité inépuisable : marteaux de portes, serrures, balcons, grilles, rampes d'escaliers de fer forgé, frises, cariatides, mascarons, etc., sculptés dans la pierre, trouve des merveilles presque à chaque pas.
Aussi, une telle déclaration sur le tempérament peu artistique des Bordelais, sur leur inaptitude aux industries décoratives, sur l'incompatibilité, ici, entre le commerce et l'art, me paraissait signaler le plus singuher phénomène d'antithèse. Or, cette déclaration n'était que la conséquence d'une méprise bien plutôt que de l'ignorance. On ne s'était pas préalablement entendu sur les termes de la conversation; et, comme il arrive souvent, on ne se comprenait plus. La suite de ce chapitre en donnera la démonstration.
Une industrie artistique qui tombe en décadence commerciale, et se trouve L'ébénisterie. menacée de l'indiflFérence et de l'oubli, n'en arrive là cjue lorsqu'elle ne répond plus, par la dégénérescence de ses artistes et de ses ouvriers, aux besoins d'une population ; que la concurrence extérieure l'écrase d'une supériorité incontestable; ou bien encore qu'elle s'est enlizée dans la routine d'une production inutile et démodée. L'ébénisterie d'art de Bordeaux est loin de présenter un seul de ces cas morbides. Les visites que j'ai faites dans les magasins et les atehers, les œuvres qui m'ont été montrées dans leur milieu définitif, m'ont permis d'en recueillir les preuves les moins discutables.
L'industrie, au point de vue de son organisme et de son fonctioiniement, est exceptionnellement brillante. A sa tète, elle a des patrons qui sont des artistes, ambitieux de créer, qui aiment passionnément leur profession. Ils font eux-mêmes lem"s dessins, préparent leurs travaux, dirigent et surveillent leurs ateliers, (pii ne sont point encore devenus les usines modernes, au régime néfaste de rimpersonnalité et de la sui-prodncli(jn. i^e personnel
ouvrier est excellent. Des écoles spéciales alimentent les ateliers de sculpteurs et d'ébénistes instruits et habiles, auxquels l'enseignement du dessin et une certaine éducalion artistique ont ouvert l'esprit, nativement éveillé, à l'intelligence des belles œuvres et au goût du métier. Les coiu's professionnels d'adultes réalisent déjà superbement le vœu que formait, en i884, le président de la Société philomathi(|ue, M. Coutanceau, « de la création d'une véritable ('cole d'apprentissage qui, au bout de deux ou trois ans, livrerait à l'industrie des jeunes gens plus sains d'esprit et de corps, mieux armés de connaissances techniques, et plus prêts en un mot à faire de bons ouvriers et des citoyens utiles à leurs familles et à leur pays ». Les patrons se sont constitués en un Syndicat général, ne comprenant pas moins de cent dix membres, ([ui s'occupe avec une rare activité des intérêts de la corporation. Ils ont créé une bibliothèque d'art industriel; ils patronnent des cours professionnels ; ils organisent des conférences économiques, et publient un bulletin contenant des études pratiques sur les questions concernant l'ameublement. L'ouvrier est laborieux et intelligent. Il vit de la vie de famille, reste profondément attaché à sa ville natale, et trouve dans la richesse agricole du pays des conditions exceptionnelles d'alimentation saine, abondante et économique, en même temps qu'il échappe, par les traditions locales du «home» personnel, simple mais hygiénique, à la dépravation et au rachitisme engendrés par le casernement des grandes villes manufacturières.
Par sa situation ethnographique, Bordeaux est un grand entrepôt de bois, exotiques et indigènes, (jue la mer et le canal du Midi lui amènent facilement, et ([ui se vendent à meilleur marché (pie partout ailleurs.
En ontre, l'ébénisterie a le bénéfice précieux d'une tradition séculaire et du renom extérieur d'une industrie locale expérimentée. Elle compte des aïeux ([iii ont légué des chefs-d'ceuvre. L'érudition officielle a un peu trop ignoré ou méconnu les uns et les autres. Mais, quand on a vu les chaires, les groupes et les statues de Saint-André, de Notre-Dame, de Saint-Michel, de Saiiil-lîruno, etc., les boiseries et les portes d'hôtels du xviii" siècle, il faut bien rec(jnnaître ({ue les Berquin, les Brunet, les Basset, les Duret, les (Jabirol, les Yei'net, etc., étaient de vrais artistes, qui sculptaient le bois avec une maîtrise superbe.
Le xix'' siècle ne déchoit point. J'ai vonln consulter tous les rapports des expositions organisées par la Société pliilomathique ; ils contiennent des déclarations précieuses à cet égard. L'auteur de celui de l'Exposition de 1827 écrit: « Quoique la capitale attire (oujours vers elle les ouvriers et les chefs d'atelier d'iui (aient supérieur par les ressources ([u'elle leur offre, on est néanmoins parvemi à faire des ouvrages parfaitement solides, soignés et achevés.» 11 ajoute ({ue l'industrie occupe de i,Goo à 1,800 ouvriers ou chefs d'ateHer. Le rapporteur de i838 déclare fièrement que Bordeaux est, après Paris, la ville de France où l'ébénislerie et la menuiserie occupent le plus grand nombre de bras; elles donnent du travail à plus de 2,000 ouvriers répartis en 120 ateliers. Sur l'exposition suivante, (pii eut lieu en 1842, il est même dit : « On sent rarement le besoin de demander à la capitale les meubles de luxe qu'elle avait coutume autrefois de nous envoyer. » Un autre écrivain résume ainsi la situation en i85o: « L'ébénisterie a pris depuis quelques années une grande importance dans l'industrie bordelaise. A chaque exposition de la Société pliilomathique, on constate mi fort accroissement dans la production et des progrès notables dans l'exécution du travail, le choix des formes et la modération du prix. Nos fabricants ont des relations étenchies avec les mers du Sud, où leurs produits sont généralement préférés à ceux (pii s'expédiaient exclusivement autrefois de Hambourg el de quelques villes du Nord. » Dix ans après, cetle silualion heureuse n'a point subi de modification; le rapporteur de la dixième exposition le constate avec joie, en insistant sur le développemeiil de l'exporlalion, qui fait travailler la plupart des noml)reux ateliers de Bordeaux.
En dépit de tout cela: organisation corporative supérieure, recrutement facile d'artistes et d'ouvriers excellents, conditions écononn'ipies exceptionnelles, habileté professionnelle et traditions d'art, l'ébénisterie ])ordelaise serait aujourd'hui menacée d'une décadence industrielle et commerciale.
Au cours de mon étude, je n'ai recueilli (jue des déclarations pessimistes, des doléances douloureuses, et l'anxiété de demain. Et, ce qui ne j)ermet point de mettre en doute leur sincérité, c'est (jue je n'en ai entendu aucune non accompagnée de l'expression la plus émouvante à la fois d'une tristesse profonde et d'une énei'gie (jui ne veut point encore s'avouer vain-
eue par la mauvaise fortune, qui tentera tous les elTorts et aceeptera tous les sacrifices pour relever l'industrie. Ah ! si cela ne dépendait entièrement que de ces patrons et de ces ouvriers, ce serait bien vite fait ; mais les causes de cette décadence, très nombreuses et très complexes, ne sont point toutes chez eux ; le plus grand nombre est ailleurs, et échappe ainsi à Tinfluence immédiate de leur bonne volonté.
Singulier phénomène, bien fait pour infirmer tous ces aphorismes qu'on a voulu convertir en lois économiques et sociales : au moment même où la production industrielle et artistique est devenue le plus parfaite, en raison des réformes réalisées dans ce but par l'enseignement pubhc, et où il semblait qu'elle dût être le plus recherchée et encouragée, par suite de la diffusion officielle du goût poursuivie parallèlement, non seulement l'industrie ne voit pas encore venir à elle la nouvelle clientèle, promise et espérée, mais une partie de l'ancienne l'abandonne peu à peu; et celle qui lui reste affirme déjà des habitudes et des idées qui témoignent moins d'un attachement raisonné ([uc de la préoccupation de l'ennui d'un changement.
Les tloléances des ébénistes sont unanimes et ne varient point de fond ni de forme à l'égard des bazars et des grands magasins. De leur installation ils datent la période de la décadence de l'ameublement. « Les grands magasins, disent-ils, ont engendré spontanément la camelote, la pacotille, le faux bon marché, le trucage, le simili, la contrefaçon, etc. : toutes les plaies d'LgypIe qui ont fondu sur Tindustrie contemporaine. La perversion du goût public est leur œuvre. Ils troublent les marchés, désorganisent les ateliers, avilissent la production, détruisent les traditions de conscience industrielle et de loyauté commerciale, et font perdre à la France son vieux renom universel de pays séculaire des vrais artistes et des bons ouvriers. » On comprend aisément de telles violences d'expression de la part de ceux qui voient à la veifie de crouler une maison familiale prospère ; menacée de disparaître une belle industrie, où ils sont nés, dont ils vivent, et dans laquelle ils ont mis tout leur orgueil, tous leurs rêves et toutes leurs ambitions. Les économistes et les sociologues patentés auront beau leur assurer que c'est là une évolution moderne annoncée par tous leurs prophètes; que le développement du principe de l'association des intelligences et des capitaux explique
et justifie les usines colossales qui alimenleiil ces f[i(jan(esqnes capharnaiims ; qu'on n'y peut rien et qu'il faut bien que cela soit, puisque cela est : le guillotiné par persuasion est une simple fantaisie d'humoriste écrivain.
Un industriel me déclare qu'il a dû renoncer à foui'uir ces magasins, parce que les meubles qu'il exécutait pour eux en grande quantité, il y a quelques années, simples, mais solides et en bon bois, avec une certaine préoccupalion d'élégance, ne trouvent plus de clientèle, paraissant encore trop cliers. Il y a mieux : un marchand lui-même me fait avec franchise l'aveu qu'il a à lutter constamment et de la façon la plus énergique contre l'abaissement des prix dans le commerce du mobiher en magasin, a La clientèle se rue avec une véritable folie sur la production à bon marché, production de pacotille et d'imitation de styles anciens. Un jeune ménage d'employés, ayant quelques écus à mettre à son mobilier de noces, réclamera imperturbablement du Henri II ou du Louis XV. A leur persuader que quelque chose de bon, de simple et de durable leur conviendrait mieux, on perdrait, conclut-il, son latin et le client. »
Depuis quelques années, les grands magasins d'ameublement se sont multipliés à Bordeaux; leur clientèle augmente Ions les jours, clientèle aussi variée de physionomies et de fortunes qu'uniforme dans ses andjitions et dans ses goûts: la poursuite du faux luxe économique. Et, particularité d'une psychologie troublante : à mesure que ce commerce subit plus de dépression dans la qualité et dans les prix de la m.archandise ; que, pour lutter entre eux, ceux qui l'exercent sont oljligés de donner une nouvelle extension aux produits dissimulant une fabrication d'infériorité sensible sous une séduction irrésistible de clinquant supérieur, on voit aller à lui tles acheteurs d'une catégorie sociale plus élevée.
Qui alimente ces magasins? Il importe au plus haut point de le savoir. Depuis une vingtaine d'années, l'ébénisterie bordelaise a subi dans son oi'ganisme de travail, me dit-on, une évolulion dont les conséquences ne sont pas étrangères à la crise présente. A la suite d'une grève, en 1876, provoquée par un abaissement de salaires, un certain nombre d'ouvriers quittèrent les grands ateliers d'ébénisterie pour s'établir pelils patrons, ou pour
travailler en chambre à leur compte. Des marchands de bois leur ouvrirent un crédit ; les magasins d'ameublement leur donnèrent quelques commandes. L'illusion d'une prospérité assurée s'ensuivit; elle fut de bien courte durée. La multiplicité de ces petits ateliers provoqua rapidement une surproduction ; les prix de vente aux magasins fléchirent ; et bientôt ceux-ci se contentèrent d'attendre qu'on vînt leur présenter spontanément une marchandise, dont l'abondance croissante précipita la dépression générale du marché. Au début de ce régime industriel, l'ébénisterie bordelaise continuait la tradition de goût et de bonne faljrication, les nouveaux patrons ayant un intérêt impérieux à lutter contre les anciens par des tarifs inférieurs appliqués à des produits équivalents ; l'âpreté de la concurrence, vis-à-vis d'une clientèle qu'ils devaient implorer pour en obtenir du travail dérisoirement payé, ou pour lui vendre souvent au simple prix de revient, parfois à perte, les amena vile à (outes les concessions et compromissions, qui rendirent la situation de plus en plus critique. Otte population ouvrière émigra alors dans les campagnes voisines. On m'assure qu'il n'est pas de petite ville et de bourg un peu important du lîlayais, du Libournais, du Médoc, du Fronsadais et des Landes, qui ne possède aujourd'hui plusieurs petits ateliers d'ébénisterie formés par ces industriels.
Les ébénistes émigrés trouvèrent dans la population rurale une clientèle ; mais elle ne put leur sufhre. Les commandes et les réparations achevées, ils fabriquent pour les marchés de la région, à des prix tellement bas — grâce à la modicité de leurs dépenses personnelles et aux suppléments gratuits d'alimentation que leur procurent le champ et la vigne, contigus à l'atelier et cultivés à moments perdus, — qu'il est impossible aux ouvriers urbains de leur faire concurrence ; même ces derniers commencent-ils à redouter de se voir enlever, un jour prochain, le monopole du traditionnel « meuble de Bordeaux », qui résiste encore, mais péniblement, à l'assaut de l'extérieur par sa robuste constitution.
Un des agents les plus actifs de la dépression du marché de l'ameublement est, après celui-là, l'ouvrier en chambre qui, par tempérament d'indépendance ou par illusion de prospérité professionnelle, se refuse à travailler dans un atelier. 11 joue dans l'industrie bordelaise le rôle, dangereux pour
la corporation, de ceux qui se livreni à la Irolle, au faubourg Saint-Antoine. La matière première lui revient très cher, à cause de son achat par petites quantités ou du crédil qu'il doi( réclamer du fournisseur. En outre, il est à la discrétion absolue du marchand de meubles, ([ui achète sa production hâtive et généralement médiocre, au seul moment psychologique : la misère noire. Un peu plus heureux que l'ouvrier en chambre, le façonnier reçoit des commandes directes intermittentes; il n'échappe point, en leur absence, aux difficultés commerciales de la production spontanée. Il contribue à la constitution du stock (pii pr()V(j(pic l'avilissement des prix. Aussi, ces deux catégories tendent-elles à disparaître, les ouvriers qui les composent rentrani peu à peu dans les grands ateliers urbains, ou émigraiil à la campagne, séduits par l'aisance relative des camarades qui les y ont précédés.
A la concuiTcnce créée par l'émigration d'un certain nombre de ses ouvriers, Fébénisterie a vu s'ajouter, depuis quelque temps, celle des ateliers nouveaux, qu'on a organisés dans quelques déparlements voisins, concurrence plus dangereuse parce qu'elle touche à la fois l'industrie courante et l'industrie de luxe. Les artistes bordelais ont dans les artistes toulousains des rivaux qui, s'ils ne s'aventurent plus que timidement à Bordeaux, où la lulte serait aujourd'hui trop difficile, leur disputent avec acharnement et non sans succès la clientèle des grands centres du Sud-Ouest, indécise dans ses préférences esthétiques, et séduite par la nouveauté en même temps que par le bon marché. Ils ne dissimulent pas leur anxiété des conséquences des infidélités d'architectes locaux, dont ils sont douloureusemeni découragés en raison du désaveu, injustifié, qu'elles paraissent infliqer à une collaboration pourtant aussi honorable qu'ancienne.
Les Pyrénées, Feyrehorade, Coarraze, Pau-("iélos, Nay, Castres, Tarbes et Argelès, visent plus spécialement la production ordinaire et à très bon marché. Il s'est fonde' là depuis quinze ans des ateliers nombreux, dont les conditions économiques de fonctionnement développent de joiir en ynir l'importance ; le chilïre total des ouvriers, dans ces divers centres, serait à cette heure de près de 2,000. Tout d'abord, ces ateliers se firent une grande cHentèle de magasins par le bas prix de leurs produits. Ils avaient sur place des bois indigènes, que les difficultés de transport et l'absence d'exploila-
tion commerciale maintenaient à rien ; les chutes d'eau naturelles et les faciles dérivations des gaves leur fournissaient une force motrice économique poiu' les débiter et les convertir mécaniquement en pièces d'assemblage ; des commissionnaires envoyaient les pièces moulurées et sculptées. D'autre part, la main-d'œuvre rurale, fort médiocre, mais suffisante pour ce genre de travail, ne réclamait que des salaires infimes, complétés par le rendement de la culture accessoire du champ contigu à l'habitation, chaumière ou masure. La fortune rapide des industriels a radicalement changé cette organisalion primitive. Il s'est monté de véritables usines, pourvues d'un outillage mécanique perfectionné, cpii ont à leur téte des ingénieurs, et auxquelles sont annexés des ateliers de sculpture dirigés par des artistes toulousains. Des contremaîtres habiles, appelés de Paris ou de Bordeaux, ont transformé l'éducation technique des paysans, qui ne sont plus de simples manœuvres, mais des ouvriers habiles qu'on paie 3 et 4 fi*- pî^i' jo^"'- Même à Castres, ces derniers en sont arrivés à former deux coopératives puissantes, « Les Ouvriers réunis» et «Les Ateliers corporatifs». Le vulgaire meuble en bois blanc du pays a bientôt fait place au meuble bambou, qui constitue la grande spécialité de Coarraze et Gélos ; puis, les essences locales étant tenues pour trop inférieures, on est allé chercher le chêne et le noyer à Bordeaux, dans le Périgord et jusque dans le Daupliiné. Et, aujourd'hui, ces usines abordent résolument le meuble «de style». Elles fabriquent des chambres Henri II, en vieux noyer, du prix de 3oo fr. !
Tous ces nouveaux centres industriels alimentent surabondamment le marché de Bordeaux, où leur meuble bambou — gS fr. la cliambre complète — écrase le meuble similaire de l'industrie bordelaise.
Enfin, pour la production d'art, Bordeaux a dans Paris une concurrence dont l'action, peu considérable il y a quelques années, augmente de jour en jour, par suite des facilités de communication et de transport, amenées par l'alîaissement des tarifs de chemin de fer, et en raison du développement d'une mode mondaine qui n'affectait jusqu'ici qu'une partie de la riche bourgeoisie.
Mais ce n'est point encore tout.
Une des plus graves causes de la crise actuelle de l'ébénisterie est
l'épidémie de mode du hi'ic-ù-l)rac cl de la ciiriosilé. Ali ! sur ce point, les doléances des industriels el des artistes sont également unanimes et élo- (juentes. Dans l'Annuaire de la ville de Bordeaux, je relève viufjt-cinq antiquaires, marchands de meubles anciens qui afficlient nettement leur commerce, et, comme tels, paient patente. Combien en trouverait-on encore dans la catégorie inscrite sous le titre d'ébénistes fabricants? Sur cent vingt-cinq, un tiers, peut-être ! Parmi ces antiquaires on me dit qu'il y en a de fort huppés, qui font de grosses affaires, courent les ventes, voyagent môme à l'étranger, et, tout comme leurs collègues parisiens fameux, ont des courtiers habiles, dissimulés adroitement sous l'étiquette d'hommes du monde, amateurs distingués et fins connaisseurs.
Les deux industries artistiques de l'ébénisterie et de la menuiserie en La
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bâtiment se touchent; parlois elles se conlondent dans 1 exécution de certains travaux.
Une des principales branches dè la menuiserie bordelaise était autrefois la fourniture du moliilier religieux : chaires à prêcher, bancs d'œuvre, lutrins, stalles, buffets d'orgues, autels, etc. Plusieurs églises, Saint-André, Notre- Dame, Saint-Michel, Saint-Pierre et Saint-Louis, contiennent des œuvres remarquables dues à des maîtres des x\if et xviif siècles. Dans la première période de celui-ci, il a encore été exécuté des pièces originales à Saint- Seurin et Saint-Nicolas par Vincent et Guibcrt. Aujourd'hui, on ne ferait en ce genre presque plus rien qui présente une valeur d'art. Sans doute, la diminution de la fortune des fabriques en est la l'aison, celle qu'on invo(jue généralement, qui paraît la plus plausible; mais, on peut bien aussi faire une part importante à l'ignorance et au manque de goût du clergé. Saint- Sulpice le séduit phis encore par son clinquant barbare que par son lion marché. Tous les menuisiers interrogés sur ce point ont été unanimes dans leurs déclarations : « J'ai là dans mes casiers, me disait l'un d'eux, plus de trois cents dessins du fonds de mon prédécesseur; je n'ai jamais eu à nreii servir depuis quinze ans. »
La tradition des portes d'édifices publics et d'hôtels privés, aux liattanis décorés de médaillons, avec trophées et attributs en haut relief, dans les dessus chantournés et enguirlandés pittoresquemeni, est à peu près perdue
à Bordeaux. Il sviffil de jeter iiii coup d'œil sur les façades des nouvelles constructions publiques pour s'en convaincre. On voit bien ici et là (}uelques tentatives de résurrection faites par des architectes contemporains; combien elles sont timides et indécises! Pourtant, que j'en ai entendu de ces menuisiers se plaindre foi't tristement, avec des haussements d'épaules, de n'être jamais mis à même de prouver qu'ils ne sont pas moins forts ni moins ambitieux (jue leiu's aînés : « Ou'on nous en donne à faire des portes cochères, conmie celle de la rue Montméjan, par exemple ; l'on verra si nous sommes des manchots. » Ces braves gens ont cent fois raison. A toute heure, l'enquête que je poursuis dans les ateliers de menuiserie me renouvelle les mêmes scènes, les mêmes déclarations, aussi énergiques, aussi passionnées.
Et tout cela n'est point platonique, ne se passe point exclusivement en paroles et en professions de foi artistique. Le souci du maintien de la réputation des ateliers les a poussés à une création féconde : le cours de coupe des bois de menuiserie à la Société philomathique, professé par deux membres du syndicat, d qui ne conq)te pas moins de quatre-vingt-dix-sept élèves. Leurs délégués en suivent attentivement l'enseignement par une inspection régulière et minutieuse ; le président du syndicat, avec orgueil, me signale la constatation publique par les rapports officiels sur les travaux de l'inslilution, des progrès exceptionnels réalisés dans ce coiu's et des résultats pratiques obtenus pour le développement de l'instruction des ouvriers et des apprentis. Le syndicat voudrait arriver à remplacer au moyen de cette cn-alion ce qui a disparu dans la profession par la suppression du compagmumage, qui donnait aux ouvriei's le sentiment du métier, le respect de la maîtrise et l'esprit de solidarité. Os patrons sont loyalement sévères pour eux-mêmes : ils se reprochent de n'avoir point réussi encore à réaliser ce rêve : faire de leur syndicat une association puissante pour la défense des intérêts de toute nature, industriels, artistiques et moraux. De pareilles ambilious prouvent une singulière vitalité.
L'industrie a perdu encore une autre branche de production, (pii n'avait pas peu contribué à établir solidement à la fois sa supériorité et son renom: la menuiserie pt)ur les consti'uclions navales. Les menuisiers bordelais
étaient passés maîtres en cette matière, pour leur ingéniosité et pour leur goûl. Trois grandes maisons s'adonnaienl exclusivement à cette spécialité. Des merveilles sortirent de leurs ateliei's. Aujourcriuii, les chantiers de construction de navires ayant disparu, on ne l'ail plus à Bordeaux que des Iravaux Irès ordinaires pour des torpilleurs de la marine de TElal.
Le développement des installations de magasins est venu apportei-, dans ces dernières années, une atténuation appréciable aux consé(piences désastreuses de celte disparition d'une des branches de rinduslrie. Sur les allées de Tourny, aux cours de l'hilendance et d'Alsace-Lorraine, dans la l'ue Sainle-Catlierine, etc., on peut voir des pharmacies, des boutiques d'orfèvres et de bijoutiers, des magasins de fourrures, (rhabillemenls cl d'articles de Paris, ornés de façades, de lambris, de vili'ines, d'ariuoires, de casiers, de tables, de comptoirs, d'une exécution soignée et parfois d'un caractère décoratif séduisant.
La cheminée monumentale constitue une intéressante spécialité, dont la mode est très répandue. Les spécimens qui m'en ont été montrés font grand honneur à la menuiserie d'art par des qualités particulières : l'élégance et la robustesse des formes, une ornementation délicate et sévère.
Les conditions économiques de la menuiserie en bâtiment sont excellentes : sur la place même, un grand marché de bois exotiques et indigènes, dont l'urganisalion syndicale fait obstacle, me chl-on, aux spéculations commerciales qui troublent et ruinent une industrie ; pas d'importation étrangère ; dans la région, une concurrence, sans gravité, de quelques centres industriels, de Toulouse notanmient, ne s'exerçaiit (|ue sur une fabrication très inférieure : les parquets à bon marché pi;incipalemenl ; et, enfin, une clientèle importante en Espagne, ([ui augmente de jour en jour.
Quelle est donc la cause d'une situation qui m'a pai'ii fort pi*é(jccuper les Les indusirics d'art du patrons, parce qu'elle ne répojidrait point aux ressources dont ils dis])osenl et les ti'-X^^^^^^ pour une production supérieure au point de vue de l'art ? Elle serait dans les conditions actuelles des relations entre les architectes et les enli'epreneurs.
«Les architectes tpii, })ar respect de leur profession et par amour de l'arl, tentent de résister au mouvement général d'avilissement de l'industrie son! trop peu nondjreux ; et même sendjle-t-il (pi'ils aient de moins en moins
LES INDUSTRIES u'.VIlT. 23
lyS BORDEAUX.
d'autorité ou d'énergie pour imposer à leur clientèle des projets qui nous permettraient d'exercer le savoir el le goût de nos ouvriers. Cesl là ce qui nous désespère ; car les conséquences menacent d'en être désastreuses pour la corporation, qui compte à Bordeaux deux cent cinquante patrons el près de deux mille ouvriers. Les menuisiers gagnent jusqu'à 8 et lo fr. par jour; leur habileté justifie ce prix élevé de la main-d'œuvre. Or, si, un jour prochain, nous n'avons plus à utiliser cette habileté, les salaires baisseront rapidement, et le recrutement sérieux du personnel, tant patronal qu'ouvrier, présentera des difficultés qui, venant s'ajouter à celles que soulèvent les idées communistes, renclronl le problème insoluble. En général, les architectes n'ont aucim souci de faire correspondre la menuiserie en bâtiment à l'importance des constructions et à l'état de fortune de leurs clients ; ils visent exclusivement le meilleur marché, établissant ainsi entre nous une concurrence non d'exécution supérieure, mais du plus bas prix. Incapables, pour la plupart, de composer une décoration d'ensemble, ils no nous fournissent qiie des idées vagues et des croquis obscurs, dont la mise au net, un ])eu ambitieuse, nous a valu si souvent des déceptions, ([ue nous devons bien plutôt nous préoccuper de la rédmre au plus strict jiécessaire ; et jamais nous n'avons à subir de réclamations à ce propos.» Voilà, cii résumé, le thème unique des informations recueillies dans les ateliers sur l'état de la menuiserie en bâtiment.
« Oui n'entend qu'une cloche, n'entend qu'un son. » J'ai tenu à savoir des architectes leur opinion sur ces doléances et sur les faits ([ui les motivent. Or, toutes les réponses ont été une conhrmatioji précise des unes et des autres; elles les complètent même sur certains points.
«11 y a vingt ans, me dit Pun d%Mix, lîordeaux, sans être moins riche, plus peut-être, possédait en tout huit architectes. Leur valeur professionnelle était incontestée incontestable, ainsi que leur autorité. Le client avait en son architecte une confiance absolue; les devis bien arrêtés, il lui laissait entière lil)erté d'exécution des plans dans toutes les parties d'architecture, de décoration et d'ameublement. A riieure présente, rAmiuaire de la ville contient, sous la rul)ri({ue «Architectes», cent vingt et un noms. Les huit dixièmes n'ont de la profession (juc la pla([ue et la patente. Cependant, il
leur faut Ijicn faire quelques travaux pour vivre. C'est alors uue course... au pignon, effrénée, entre tout ce monde se disputant àprement luie clienlèle qui, aujourd'hui, à la suite du krach de la construction, répartie proportionnellement entre le cinquième de ce chiffre, assurerait à peine aux privilégiés l'existence la plus modeste. Le pignon reste à celui ([ui a la réputation de bâtir au meilleur marché. Cette forme de la concurrence a gagné peu à peu la corporation entière ; et la répercussion de ses conséquences atteint ceux mêmes qui en occupent les premiers rangs ; la dépression des prix ne trouvant jamais indifférente une bourgeoisie que les habitudes commerciales autant (jue le goût de l'écononne ne poussent que trop à la défense de son argent. » Au reproche relatif à l'absence de collaboration artistique entre l'architecte et l'entrepreneur de menuiserie, un autre objecte l'implacabilité de cette concurrence qui ne permet point à l'architecte de se livrer aux travaux personnels ([u'elh» exigerait, au défaut d'une organisation d'agences, comme en possèdent les confrères parisiens.
On tourne ainsi dans un cercle vicieux. C'est surtout contre le système actuel des adjudications administratives que les doléances des patrons sont le plus violentes, dans une unanimité absolue d'accusations formelles de conduire rapidement la profession à la décadence par la dépression continue des prix et par l'encouragement officiel donné à une production de mauvais aloi.
Là encore, l'épidémie du bric-à-brac exerce des ravages. A l'imitation ridicule des grands seignevu's, de l'aristocratie financière, (jui achètent des vieilles maisons pour en extraire les lambris et les plafonds qu'ils feront replacer dans leurs châteaux ou dans leurs hôtels, de prétendus amateurs recherclient des boiseries vermoulues, sans goût ni grâce, qui donnent à leurs intérieurs la physionomie étrange d'un décor de théâtre. La mode des tapisseries anciennes, des vieux cuirs de Coi'doue, des étoffes et des tentures orientales, des panoplies, etc., a détourné aussi des belles traditions d'art décoratif français, dont les hôtels du xvni'' siècle nous offrent à \)0Vdeaux tant d'exemples merveilleux.
Après les ébénistes et les menuisiers, voici les sculpteurs ornemanistes La
• <• , 1 i I 11(1 • , sciilpture orneineiilalo.
qui tout aux arclnt(^ctes leur procès, Jjase sur la même accusation catego-
rique, formulée en termes non moins énergiques et précis, d'être les auteurs (le la crise qui frappe leur corporation.
Ce n'est point sur les accusations et les doléances des uns et des autres que porte seulement l'analogie de situations entre les interviewés d'Iiier et ceux d'aujourd'hui. Elle existe encore dans l'expression la plus spontanée des éloges des premiers à l'égard des seconds : habileté de main, conscience professionnelle, aptitude aux travaux les plus sévères et les plus déhcats. Comment concilier cela avec la pénurie d'œuvres contemporaines de sculpture ornementale sur les maisons privées et sur les édifices publics, construits dans ce dernier quart de siècle, et, là où il y en a un peu, leur relative médiocrité? Serait-ce la contemplation des merveilles d'art mises aux frontons de la Bourse et de la Douane par Francin et Vandervs^oort ; la surprise de trouver partout, dans le quartier de la Rousselle, siu' les quais, place Gambetta, cours et allées de Tourny, etc., une profusion de façades, même parfois d'apparences modestes, ornées avec le goût le plus exquis, qui rendent exigeant? La décoration de l'Ecole de santé navale est une puérilité ; celle de la caserne des sapeurs-pompiers, un pastiche déplaisant des motifs militaires de décoration du xvn*^ siècle. L'Ecole des beaux-aris portait un fronton aux armes de la ville qu'on a dû enlever, me dit-on, parce qu'il était vraiment trop ironique au sommet d'un édifice consacré à l'enseignement du beau. A la Faculté des lettres, à la Bibliothèque, on placera, audessus des portes d'entrée, de volumineux bas-reliefs allégoriques, qui ont coûté cher; tout le reste des bâtiments devra rester d'une nudité douloureuse, accentuée encore par le contraste violent d'une richesse inopportune, sinon superflue. Je ne parle pas de la Faculté de médecine, ni de l'Hôtel des postes, l'art bordelais y étant étranger. Quant aux maisons privées, quelquesunes — dans les quartiers du centre, cours Victor-Hugo, pj'ès de la Rousselle ; cours d'Alsace-et-Lorraine, non loin de la rue Bavez ; à l'angle de la rue Michel et du cours du Jardin-Public ; rue Vital-Caries, en face de l'hôtel de la division militaire; allées Damoiir, près du « Vercingétorix », etc. — montrent des travaux intéressants par une certaine maîtrise de métier au service d'idées décoratives un peu supérieures ; mais, si j'en excepte encore la série des petits hôtels et des villas du ])oulevard de Caudéran, où s'affirme une
recherche souvent lienreuse de fantaisie, il ne reste, des longues promenades à travers Bordeaux, que le souvenir d'une singulière antinomie entre le goût général du « home » qui se manifeste partout, et l'absence de toute préoccupation d'individualisme dans sa décoration extérieure, alors qu'en Angleterre, d'où ce goût a été importé, la variété infmie des habitations donne aux ([uartiers bourgeois des villes une si pittoresque physionomie.
Ces rares travaux ne se font remartpier par aucune tendance vers des formes décoratives nouvelles. Ce son! toujours les mêmes corniches Louis XVI, les mêmes dessus de portes et de fenêtres en rocaille, les mêmes nmfles de lion, les mêmes palmettes et guirlandes s'enroulant aulour du cartouche qui porte le monogramme du propriétaire ou le chiffre de la numérotai ion édilitaire. Les architectes en font constamment un reproche aux ornemanistes; les ornemanistes répliquent que la création de modèles nouveaux serait une ruine pour eux. Là encore, on trouve donc les consfMjuences désastreuses de la copie et de l'imitation systématiques de l'ancien.
D'après les sculpteurs, cette pénurie et cette médiocrité seraient la conséquence du système administratif des adjudications publiques et de la dépression générale des prix dans les industries du bâtiment, qu'il provoque par la contagion des rabais et l'utilisation des incapacités. Les travaux de décoration sculpturale de l'Ecole des beaux-arts et de la caserne des sapeurs-pompiers ont été, me dil-on, adju(|és à des rabais de 25 el 35 p. loo! Ce dont les architectes se plaignent si fort, l'envahissement incessant de la corporation par une multitude d'anciens étudiants et commis, sans instruction professionnelle, se manifeste, paraît-il, dans la sculpture décorative, avec les mêmes néfastes résultats. Un bloc de pierre à sculpter dans un chantier est visé par vingt pauvres diables, qui, pour l'obtenir, proposeront n'importe quelles concessions sur les tarifs de séries. La prédisposition instinctive des architectes et des entrepreneurs au bon marché ne favorise que trop le développement de ce marchandage, qui désorganise les atehers, fait obstacle à la formation de nouveaux ouvriers habiles, avilit la main-d'œuvre et la production. Il y a vingt ans, le nombi'e des patrons à la tête de maisons organisées dans les conditions industrielles normales était d'une
BO RDEAUX.
demi-douzaine pour le même cliilTre d''oiivriers, environ deux cents; aujouid'inii, on nVn compte ])as moins de trente et un d'inscrits à l'Annuaire sous le titre de «sculpteurs ornemanistes»; et, encore, cette statistique officielle serait-elle fort incomplète, beaucoup de ces façonniers-entrepreneurs ne payant point patente et n'ayant aucune boutique sur rue,
A la concurrence intérieure, effi'énée, qui mine cette industrie d'art, vient s'ajouter celle de l'extérieiu', dont l'effet serait encore plus désastreux, parce qu'elle double de d<''sespérances morales les déceptions matérielles. Sur ce dernier point, les plaintes sont douloureuses, et présentent une unanimité touchante d'arquments, inspirés non plus par des considérations d'intérêt personnel, mais pai' des sentiments d'aunnu-propre corporatif et de fierté locale. C'est le monument des Girondins, exécuté tout entier hors de Bordeaux ; c'est l'entreprise qénérale de décoration de sculpture de l'Exposition de 1 8(j5, conhée à des Marseillais et à des Niçois ; c'est la Faculté de médecine, où pas mi artiste bordelais n'a travaillé; c'est Sainte-Croix, restaurée, dans les parties les plus modestes de son ornementation, par des ravaleurs parisiens, etc.
A Bordeaux, sous ce ciel ensoleillé, sur les rives de cette Garonne, fleuve sacré du Midi, qui, presque à sa soiu'ce, voit se refléter dans ses eaux une ville de lumière et de couleur où tout est pittoresque, enflammé et vibrant, ([ui ne s'altendi-ail à trouver une population amoureuse des décorations claires et éclatantes, dans ses maisons et dans les étabhssements puldics? Ce pavs, où les buveurs paraissent éprouver une première jouissance à faire briller dans le cristal le ruijis du vin, semble devoir être un eldorado pour tout ce qui broie de l'azur et du vermillon. Or, dans les brasseries, dans l(»s cafés, dans les restaurants, on ne voit ([ue des |)lafonds et des laml^Ms dont les Ions ne doiment aux yeux ([u'une sensation banale et froide; tous les juurs sont qris ; nulle part il n'y a de toits rouges ni de volets verts. La polychiomie est ignorée. Aussi, ([uoique l'Annuaire de Bordeaux contienne la mention de près de deux cents peintres décorateurs et en bâtiment, dont la plujtai l, il est vrai, sont autant ouvriers que patrons, l'industrie ne jouit (pi(> d'une pi'ospérité très relative, dans la branche de sa production qui intéi'esse ici exclusiveujent : la peinture décorative.
La clientèle privée n'exisle presque pas. Elle se résume en de très rares amateurs qui commandent parfois un plafond et des panneaux, le plus souvent d'une extrême simplicité, bornée aux ornements de combinaisons géométriques et de (juirlandes et bouquets de fleurs. Les commandes qui comportent des frjures sont des événements dans la corporation. Je croyais que les châteaux du Médoc et du Libournais, habités exclusivement pendant les vendanges, devaient fournir de nombreux travaux, en raison du caractère (renlretien économi(|ue, du luxe et de la qaîté de ce mode de décoration immobilière; on me détrompe unanimement.
L'industrie n'a quelques débouchés que (!ans les théâtres et encore les travaux y sont-ils fort intermittents. La décoration picturale des édifices religieux présente plus d'importance et de variété; elle constitue même une sorte de spécialité pour cpielques chefs d'industrie. Dans un certain nombre d'églises de Bordeaux, à Notre-Dame notanunent, on peut voir des œuvres qui témoignent d'un réel sentiment ai'listique et d'une habileté professionnelle peu commune dans les ateliers provinciaux. Le jnouvement donné ici a été suivi dans la région. Le temps présent renouvelle ainsi, en décoration picturale, ce qui, au moyen âge, d'après les archéologues, s'élait produit en sculpture décorative l'eligieuse. Sainte-Croix, par son merveilleux portail, a foui'ni des motifs d'ornements à la plupart des églises rurales de la Guyenne. La particularité vaut d'être citée, connue démonsiralion de l'influence irrésistible exercée par l'exemple de belles créations.
Là encore, comme pour les métiers étudiés précédemment, l'organisation des ateliers permeltrait de donner une grande extension à la production, si la clientèle civile ou religieuse se développait ; la sitiialion aciuelle ne semble pas devoir en faire espérer l'éventualité imminente. Dans la décoration théâtrale, les chefs d'industrie ont été élevés à l'école sévère de maîtres qui, de leur temps, où le goût de la pcMiiture décorative était plus répandu, avaient constamuKMit en ateliers des conmiandes considérables et d'une grande diversité ; ils y ont fait un long et fécond appi'entissage — qui aujourd'hui j)ai-aîtrait insupportable — pendant le({uel une sérieuse instruction artistique leur était donnée parallèlement à l'enseignement pratique. L'un d'eux, pour toutes ces conditions, a pu être appelé à organiser un des cours tle l'Ecole
municipale des beaux-arts et des aits décoratifs, et a réussi à lui faire produire des résultats très remarqués. Dans la peinture religieuse, une vieille maison transmet de père en fils des traditions professionnelles familiales, que sont venues renforcer des ambitions d'art exceptionnelles. Ceux qui seront appelés à la diriger un jour doivent, pendant un apprentissage de dix ans, les initiant intimement à toutes les difficultés techniques du métier, apprendre à Técole le dessin, Tornementation et la peinture. L'un d'eux ira, en outre, se perfectionner, par un stage de deux ans, dans l'atelier des maîtres décorateurs Rubé et Chaperon. Et quand ce patron disparaît, emporté par la mort, il lui succède, à la tète de l'atelier des travaux d'art, un autre jeune homme qui a suivi la même filière d'enseignement d'art et de métier, avec l'adjonction de deux années d'études à l'Ecole nationale des arts décoratifs de Paris. Partout, les ouvriers ont fréquenté les cours de dessin de la Société philomatliique et de l'Ecole des beaux-arls, s'élevant aisément par là au-dessus du travail routinier. Il convient même de dire que cette organisalion réalise de tous points celle que les idées nouvelles en matière d'instruction d'art préconisent, et dont bien peu d'autres professions bordelaises pourraient offrir l'équivalent. Eh bien, tous les patrons que j'ai interrogés me déclarent que la peinture en bâtiment seule les fait vivre et lem" permet d'entreprendre des travaux artistiques, dans les conditions de prix de nature à vaincre l'indifférence, sinon l'hostilité, d'une clientèle qui, dans tous les projets qu'on lui présente, préfère constamment le bon marché aux qualités d'exécution et d'originalité. Ils ont un personnel d'élite pour cette dernière spécialité, leur opinion n'est pas moins nette et moins spontanée sur la dépression continue de la valeur de la main-d'œuvre, sur les difficultés de recrutement des apprentis dans l'industrie courante. N'y a-t-il pas là un fait d'une extrême gravité, qui infirme les théories qui ont cours sur le but et sur les résultats de l'enseiffuement contemporain?
Parmi les causes de cette situation qui préoccupe fort les chefs de l'industrie, l'adjudication publique tient le premier rang, en établissant la nécessité, impérieuse, pour ceux qui veulent y prendre part, de présenter des ralKiis insensés, dont les conséquences innnédiates, fatales, sont les malfaçons et les diminutions des salaires. Ainsi, pour la peinture de la nouvelle
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salle du conseil municipal, il a été fait un rabais de 4«^> p- loo ! La décoration du dôme central, du hall des vins et du salon des arts décoratifs, à l'Exposition de la Société pliilomathique, a été payée moins du dixième du tarif auquel ont été exécutés à Paris, en 1889, des travaux du même (jenre. Défalcation faite du prix des modèles pour ces derniers, la pro|)ortionnalité reste telle qu'on se demande comment un industriel sérieux a pu s'en tirer.
Il a existé, à Bordeaux, une industrie du papier peint, assez prospère et papier peint, très honorable pour la ville. La première fal)rique avait été installée, au milieu du siècle dernier, dans les ruines du Château-Trompette, et transférée, au commencement de celui-ci, dans les bâtiments des Cordeliers, rue Neuve-de-l'Intendance, puis rue JudaiVpie. Cette industrie, qui produisait des papiers à la planche, de bon goût et d'excellenle exécution, alimentait toute la consommation locale et même fîiisait de l'exportation en Espagne et dans l'Amérique du Sud, a disparu, en 1887, en même temps que celles de Lyon, (le Villefranche (Rhône), Avignon, Toulouse, Le Mans et Caen, écrasée par l'industrie parisienne, et à cause de l'impossibilité, faute de capitaux énormes, de s'outiller mécaniquement d'une façon puissante. Il n'y a plus aujourd'hui que des marchands, en très grand nombre — plus de soixante — qui sont, paraît-il, menacés de subir eux-mêmes à cette heure la situation douloureuse qu'ils avaient hiite à l'industrie locale, en favorisant exclusivement le développement de l'importation des f;\briques de Paris. Celles-ci s'adressent directement aux entrepreneurs, aux architectes, aux peintres en bâtiments et aux administrations publiques, qui ont, elles aussi, à faire un mea ciilpa absolu de la disparition de cette industrie et des ouvriers nombreux qu'elle occupait, par la préférence systématique accordée publiquement à la production extérieure ; en attendant qu'elle amène la disparition des marchands patentés et contribuables de la ville de Bordeaux.
Sans avoir de traditions séculaires, la bijouterie bordelaise n'est pas née La bijouterie d'hier. Elle compte plusieurs générations d'artistes et d'ouvriers. Le rappor- 't i» joaiiiene. teur de l'Exposition locale de 1847 mentionne un habile industriel, nommé Sandaux, et loue ses ouvrages d'art ; il ajoute même cette piquante réflexion, qui signale déjà le système commercial si fort répandu aujourd'hui : « L'exposant fournît depuis bien des années la plus grande partie des
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petits Ijijoux d'or et d'argent, Jjoutons, épingles, broches, anneaux, crochets, etc., que nous croyons le plus souvent expédiés de Paris à nos bijoutiers en renom, et (jui sont nés dans son petit atelier de la rue des Glacières. » Quatre fabricants figurent parmi les lauréats de l'Exposition de 1869. Pendant la période de i85o à i8r)7, un dessinateur, Henri Gilbert, alimente les ateliers de compositions originales, dont le souvenir est resté très vivant parmi les ouvriers. Bordeaux possédait même un bijou local, le bijou d'ors de couleur, dont on a maintes fois, mais sans succès, tenté la restauration lors des expositions ; le goût s'en est perdu.
L'atelier a conservé l'admirable organisation sociale et industrielle d'autrefois. Le chef est lui-même un véritable ouvrier qui, après avoir travaillé en province, a gagné sa maîtrise à Paris ; et, le plus souvent, est revenu prendre la direction de la maison où il avait fait ses premières armes. Il vit constamment au milieu de son personnel, donnant l'exemple de la pratique intelligente de la profession, appuyant son autorité patronale de la haute expérience d'un ouvrier supérieur, rompu à toutes les difficultés du métier. Ce personnel, presque toujours, a été formé dans l'atelier; il ne l'a jamais quitté, et il y terminera sa carrière. Dans la grande industrie parisienne, le principe de la division du travail spécialise chacun dans une des multiples branches techniques de la bijouterie. Ici, l'ouvrier, comme celui des anciennes corporations, est obligé de savoir tout faire. Un jour, on lui commande une bague ; le lendemain, une boucle d'oreille ; puis, une broche ; ensuite, une parure en diamant. Cette diversité de besognes donne à toutes les mains une rare habileté, et évite à la production générale l'uniformité de physionomie et de facture, amenée par la spécialisation. Dans cet atelier familial, on fait des apprentis, suivant la vieille métiiode, qui est encore la bonne : la vie commune de l'enfant et du maître, côte à côte, au même établi. La preuve en est dans les résultats du concours national d'apprentissage, organisé en 1891 par la Chambre syndicale des bijoutiers parisiens: Bordeaux y remporta le prix d'honneur offert par le ministre des beaux-arts, le prix d'honneur de la Société des livres d'art, ime médaille d'argent et quatre médailles de bronze. Le chiffre des apprentis représente environ le dixième de la population ouvrière, évaluée à cent cinquante personnes,