‹ Les industries d'artChapitre 4 sur 86 · L'ORFÈVRERIE · texte numérisé non relu

L'ORFÈVRERIE

ceux qu'on leur impose eu vertu des couveutions syndicales. Un certain nombre de patrons en ont dû supprimer tout contrat d'apprentissage. Les enfants ret^^oivent dès leur entrée dans l'atelier un salaire naturellement Tort minime, et sont traités comme des ouvriers au point de vue de leur utilisation industrielle ; on juge de ce que doit être l'enseignement professionnel dans de telles conditions de travail. Les ouvriers eux-mêmes le constatent avec regrets aujourd'hui : « L'apprentissage se fait dans les ateliers le plus souvent sans méthode, lit-on dans l'organe de la Fédération nationale des syndicats du cuivre et similaires. Pendant trois ans l'apprenti, livré à luimême, n'a parfois à hiire que les ouvrages les plus élémentaires, à moins qu'il ne se soit spécialisé à une même production ou qu'employé à faire courses et commissions, il ne soit en réalité qu'un manœuvre pour le patron et un domestique pour les ouvriers. Et on arrive ainsi à ce résultat monstrueux que les parents qui se sont parfois imposé de lourds sacrifices pour faire de l'enfant un homme armé pour la lutte pour l'existence n'ont, par un concours de mauvaise volonté où patrons, ouvriers et parents ont leur part de responsabilité, jeté dans la mêlée qu'un malheureux qui, par une cruelle dérision, doit commencer à apprendre à travailler quand l'appi'entissage est terminé. »

L'industrie de l'orfèvrerie religieuse, surtout dans la production supérieure et même dans vuie partie de la production courante, ne peut prospérer (jue par le renouvellement incessant de modèles nouveaux et originaux, que seuls de véritables artistes peuvent créer. C'est ainsi que la première doit tout son renom et sa valeur à ce que, dès les débuts de sa restauration, elle trouva, pour la diriger et l'alimenter, lui architecte de grand talent, Bossand. Aujourd'hui, à deux près peut-être, les ateliers n'ont plus de dessinateurs capables de leur doiuier une personnalité, de les arracher aux imitations et adaptations de types vieillis et ressassés, qu'accepte, il est vrai, et souvent même préfère, l'ignorance d'un clergé, dont ni l'enseignement du séminaire ni les études ultérieures n'ont guère formé le goût et excité la curiosité pour l'œuvre d'art. Loin de s'entendre, de se conseiller, de se soutenir mutuellement, de s'unir pour la défense de leurs intérêts, pour la recherche des moyens de développer l'industrie, les chefs de ces ateliers vivent à l'écart les

LYON

uns des autres, — leur doyen sur sa haute colline, à la façon d'un saint Simon le Stylite, — se jalousant et se faisant une concurrence acharnée par la dépression constante des prix et par l'abaissement de la valeur des produits. Et, cependant, toutes les conditions industrielles, économiques, ethnographiques et traditionnelles, sont réunies pour assurer à l'industrie une prospérité exceptionnelle, une grande extension. Lyon est une métropole religieuse, célèbre par ses traditions d'art et de science, dont l'influence rayonne sur une immense région. Les ouvriers sont intelligents, actifs, ingénieux, et, dans quel(|ues spécialités, d'une habileté exceptionnelle; ainsi, il n'y a pas au monde, paraît-il, de fondeurs en fonte légère qui puissent être comparés aux lyonnais. Lyon a dans cette spécialité un monopole traditionnel indiscuté; on envoie de Paris fondre à Lyon. Saint-Sulpice apprécie la- production des ateliers lyonnais et s'y alimente presque exclusivement. On a tenté avec succès le bronze de statuaire, et importé de Belgique une branche importante d'industrie : la fausse joaillerie pour reliquaires, coffrets, etc. Les patrons ont la double ambition de se créer un nom, de faire fortune et sont très sensibles aux honneurs. Ce qu'il faudrait à l'orfèvrerie religieuse, me dit-on partout : c'est la fondation d'une grande association d'art et d'industrie, qui, par un musée pratique, fournirait aux industriels et aux dessinateurs les documents et renseignements artistiques, techniques, industriels et commerciaux, absolument nécessaires pour renouveler l'industrie dans sa production courante, pour lui permettre de tenter de s'ouvrir de nouveaux débouchés à l'étranger ; et qui combattrait les mœurs et les habitudes d'incurie, d'insouciance et de jalousie ; c'est l'organisation d'une école d'apprentissage qui mettrait fin au conflit social actuel entre les patrons et la Chambre syndicale ; c'est la réforme de l'enseignement de l'Ecole nationale des beaux-arts en vue de compléter l'instruction artistique des ouvriers et de fournir des dessinateurs habiles.

Gomme tant d'autres villes de France, et plus encore même en raison de la richesse de ses industriels et de ses négociants, de ses comptoirs de banque et de commerce à l'étranger, Lyon a été autrefois un centre d'orfèvrerie civile. M. Natalis Rondot a compté du xiy" au xvm'' siècle (1760) 958 orfèvres; en 1791, il y en avait encore 34o. La décadence définitive a

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