L'IMPRIMERIE. — LA GRAVURE
élémeiils d'un certain nombre de publications et de livres illustrés. La bibliofjraphie locale fait mention de plusieurs œuvres considérables. Ce mode d'illustrations est complètement disparu ; d'ailleurs, on ne trouverait pas dans tous les ateliers un seul tireur d'épreuves d'eau-forte, non plus que de luille-doiice, autres que ceux pour les en-tête de lettres et de factures, les l)illets de mariage et d'enterrement.
Au même temps que Gillot donnait à la gravure photo-chimique son développement industriel, un lithographe appliquait ici les nouveaux procédés ; et, pendant plusieurs années, l'atelier qu'il avait fondé hardiment pouvait fournir à la librairie et à deux journaux illustrés des clichés de zincographie d'une excellente exécution. Les journaux cessèrent de paraître ; et l'atelier, faute de commandes commerciales suffisantes, dut être fermé.
Une période nouvelle va-t-elle s'ouvrir ? Un industriel me fait part de son intention d'aborder résolument la production en grand des chromos artistiques, et d'enlever aux Allemands le monopole des lithographies en relief. Les soixante-deux patrons viennent de former une chambre syndicale, qui a pour mission de défendre les intérêts collectifs de l'industrie, et d'assurer son développement par la poursuite des progrès artistiques et techniques, en établissant entre tous les chefs de maison une sohdarité effeclive et incessante d'essais, d'expériences et de réformes ; et en faisant disparaître ce ({ui a été jusqu'ici la plaie vive de la corporation : l'indifférence et la jalousie.
Du côté des ouvriers, il n'y a pas moins, sinon plus, d'ambitions. Les typographes bordelais se sont réunis en une association syndicale, qui compte actuellement deux cent vingt adhérents sur les trois cents de la corporation entière. Etrangers à tout parti politique, ils s'occupent exclusivement de cjuestions professionnelles ; non seulement ils ont créé une caisse de secours mutuels et une caisse de chômage, mais leur sollicitude collective se porte avec autant d'activité sur le développement technique du métier. J'ai voulu savoir d'eux, par l'organe du président de Tassociation, ce qu'ils ont réahsé et ce qu'ils projettent. Notre conversation n'a pas manipié d'intérêt. A ce moment, les typographes bordelais faisaient campagne pour la mise en vigueur d'un tarif minimum. Ce larif est inférieur à celui des syndicats de Paris, de Lyon et de Marseille, et équivaut à celui des grandes villes de
France : « Nous l'avons rédigé, dit le président de l'association, dans le but exclusif de maintenir à l'industrie bordelaise la valeur de la main-d'œuvre, par l'exclusion des mauvais ouvriers cjui proposent de travailler à n'importe quel prix ; et nos intentions ont été si bien comprises que, sur toutes les fortes maisons de la place, deux seules se montrent opposées à Tadoption du tarif; encore l'une d'elles l'a accepté virtuellement, tout en refusant sa signature d'engagement. Dans le document qui contient les dispositions de ce tarif, il est question de l'apprentissage. Là aussi nous poursuivons exclusivement un objectif professionnel. L'apprentissage se fait généralement aujourd'hui dans les conditions les plus néfastes pour tout le monde, pour l'apprenti, poiu* l'ouvrier et pour le patron ; il est la première cause de la situation actuelle de l'industrie. Nous désirons ardemment la création d'une véritable école d'apprentissage, où l'on préparera d'habiles ouvriers. » Déjà, par l'initiative de quelques chefs de maison qui ont créé chez eux un apprentissage réel, la situation s'est améliorée à ce point que les typographes pères de famille, après s'être, il y a quelques années, montrés absolument réfractaires à l'entrée de leurs enfants dans la profession, tenue pour médiocre, les y poussent aujourd'hui volontiers.
L'Association syndicale des typographes a tenté de créer une bibliothèque technologique ; malheureusement, l'institution est restée à l'état embryonnaire, et n'existe pas de fait, malgré les sacrifices et la bonne volonté de ses organisateurs. Les cours du soir de la Société philomathique sont suivis par les apprentis et les jeunes ouvriers, sur les conseils et avec les encouragements de l'association, qui distribue annuellement, ainsi que la Chambre syndicale des patrons, des récompenses, fort recherchées, à ceux qui ont fait le plus preuve d'intelligence et d'assiduité.
L'enseiyiicmciit Eu dépit dc couditious écouomiques le plus souvent désastreuses, les
industriel cl artistique, •i-hit-^i » ••
mdustries d art de Bordeaux ont conserve une organisation ouvrière superbe. Partout il y a une main-d'œuvre de premier ordre, dont l'ambition et la loyauté ont résisté à toutes les causes multiples d'avihssement. Nulle part, les sculpteurs ne fouillent mieux le bois, les ébénistes n'assemblent avec plus de précision et d'élégance les parties diverses d'un meuble, les bijoutiers et les joailhers ne montent, sertissent et cisèlent plus délicatement.