‹ Les industries d'artChapitre 32 sur 86 · LA SOCIÉTÉ PHILOMATHIQUE · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ PHILOMATHIQUE

Oui u fail celle luaiii-d'ieuvre admirable? Une tradition locale de belle façon — les preuves en al^ondenl tlans toute la ville — ; un (|<)ùl naturel à l'ouvrier dont les yeux, dès renfance, se sont liabilués au senliinent des formes piltores(jues, orijp'nales et harmonieuses, par le spectacle constant des innondjrables œuvres décoratives des siècles passés ; le recrutement de l'ouvrier d'ai't dans la partie du peuple la [dus modeste, mais la |)lus saine et la plus énerfjique, qui a conservé le respect, Torqueil du travail manuel et ambitionne toujours de s'élever ; l'apprentjssafje dans l'atelier fanniial, dirigé pai' un pairon ayant appi'is à fond le métier, et capable auisi de prèciier d'exemple ; enlin, la création d'un enseignement professionnel, pi'ati([ue et sérieux.

Cet enseignement est dû à la Société pliilomatlnque, dont les cours profes- LaSoeiéu>[iiiiiomatiii(ine. sionnels du soir constituent une ties plus belles institutions populaires non seulement de notre p^iys, mais de l'Europe entière. Les clients de celle société, plus de 2,000 par au, sont des ouvriers <[ui ont l'ambilion de se perfectionner dans le métier (ju'ils prati([uent, en apprenant ce ([u'on ne j>eut pas leur enseigner à l'atelier, par suite de l'obligation d'une incessante production. Ils viennent le lui demander; elle le leur donne. Le besoin crée l'organe. Le jour où la société songerait à leur ofirir autre chose, elle ne remplirait plus sa iiiissi<jn, et deviendrait non seulemeiil inutile mais dangereuse. Un appli([ue là, avec précision, les vrais principes pédagogiques (ju'Herberl Spencer a résumés si expressivement dans celle déclaration élo- (piente : « La ineillenre instruction est celle <pii prépare le mieux l'enfant à l'avenir cpii rallend. » Aussi, esl-il inti'ressaiil de constater la sollicitude que portent à cet enseignement touh's h^s chambres syndicales, toutes les associations patronales et ouvrières ; c'est (pi'elles savent (pi'il se fail là une bonne besogne pour les industries.

La Société plnlomalhi([ue, la doyenne de toutes les institutions d'enseignement professionnel, est plus ([ue centenaire, à coiisi(h''rer la fondation en 1783, par rintendaiit de la province de (luyenne, du Musée ([ue remplaça, en 1801, le Muséum d'instruction publi(pie, an([uel la j)résente associalion succéda directement sept ans a|)rès, en groupant les mêmes membres et en adoptant le même progrannne d'action, i^e premier ai'licle de son règlc-

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ment spécifiait ainsi le bnt poursuivi : « Toul ce qui peut contribuer au progrès des connaissances utiles et agréables est l'objet de la Société philomathique. Son but est d'exciter l'émulation, d'animer l'industrie et de réunir les talents. » En conséquence, la société s'occupa d'abord de littérature et de beaux-arts, puis d'expositions industrielles et d'études agricoles; en même temps, elle organisait des bals et des concerts de bienfaisance. En 1889, elle trouve sa véritable et définitive voie, en installant des classes d'adultes; à cette époque, l'instruction de la population ouvrière était presque nulle. Plus tard, quand l'enseignement général fut plus répandu, elle visa plus particulièrement renseignement technique, qui intéresse la majeure partie de la population bordelaise : c'était assurer le succès, qui ne fera que grandir, pour aboutir à l'institution d'aujourd'hui. On ne peut (jue signaler en exemple une association telle que celle-ci, dont l'iidluence sur la vie sociale, industrielle et intellectuelle de Bordeaux est considérable et augmente chaque joiu'. Outre les classes d'adultes qui en sont le fondement, la société a été chargée, en 1874? de la (Hrection de l'Ecole supérieure de commerce et d'industrie, fondée en commun ])ar la municipalité, la Chambre de commerce et le département de la Gironde. En outre, suivant la mission imposée par son règlement de 1808, « d'animer l'industrie », elle organise des expositions industrielles et artistiques périodicpies, dont la première a eu lieu en 1827. Elle en est aujourd'hui à sa treizième — celle de 1896 — dont le succès a été considérable, et où il n'a pas été dépensé moins de deux millions en constructions de galeries moiunuentales et d'installations de jardins aussi pittoresques qu'originaux.

Mais à cette main-d'œuvre supérieure, à tous ces ouvriers aptes, dans leur exceptionnelle habileté, à exécuter les plus fières œuvres, que donne-t-on à produire ? Des modèles surannés, des imitations du passé, toute cette friperie d'idées emmagasinée par la fausse érudition moderne : travail ([ui abrutit et déprime, ])ar la sensation d'innnobilité, d'illogisme et d'immoralité qu'il donne aux Inteliiçjences les moins développées. Aussi, aujourd'hui, entend-on un cri unanime de révolte de la conscience et de l'esprit français. On en a assez de toutes ces théories et doctrines d'art cosmopolite, si étrangères à l'àme de notre race, passionnément éj^rise de sinq^licité, de clarté et de fan-

taisie ; ardemment ambitieuse d'idées nouvelles et de hautes inspirations. De

toutes ces protestations émues, de l'iunninence évidente d'un cataclysme, est L'iicoie des beaux-ans

cl. des arts décoratifs.

sortie l'œuvre de reconstitution de l'outillage d'enseignement entreprise par le gouvernement de la République. Parmi les municipalités de province, qui s'y sont associées résolument, celle de Bordeaux n'a pas été la dernière à prendre les mesures nécessaires pour tâcher de fournir aux industries artistiques locales les chefs et les créateurs dont elles ont si grand besoin. La vieille Académie a été réorganisée en Ecole des beaux-arts et des arts décoratifs, et a reçu l'installation matérielle qui lui faisait défaut.

L'école actuelle répond-elle aux vastes espérances que sa réorganisation, coûteuse et imposante, a fait naître ? La plupart des déclarations que j'ai recueillies dans les ateliers ne permettent point cette affirmation. Il faut donc ou que le principe qui en a inspiré la réforme administrative n'ait pas été appliqué avec précision ; ou que son organisme soit incomplet, ou que des conditions mauvaises de fonctionnement annulent tant d'efforts, de sacrifices et de dévouement. Sur le premier point, n'y aurait-il pas eu plutôt absence cpie déviation de principe ? A les lire avec soin, les documents divers qui concernent l'école, programmes, règlements, etc., ne dissimulent point, sous une uniformité de déclarations esthétiques, une certaine contradiction d'objectifs, de moyens d'action et de résultats. Quand, il y a quelques années, elle a entrepris cette réforme, la ville a refusé à l'Etat la nationalisation (ju'il lui offrait, déclarant tenir expressément à ce que l'école conservât son caractère d'institution municipale, et sa mission de servir les intérêts de l'art et des industries artistiques de Bordeaux. Or, depuis ce moment, jamais les élèves, — - qui ont au moins l'originalité d'une unité absolue d'objectifs, — n'ont manifesté plus d'ambition d'aller à Paris, d'où ils ne reviendront pas, entrâmes par la séduction des bourses cpii paraissent avoir été fondées pour provoquer cette émigration. Elle est même devenue telle, en lauréats et en indépendants, que la municipalité a cru devoir l'enrayer par le vote récent de bourses locales, par la conversion en bisannuelles des bourses parisiennes distribuées précédemment chaque année ; sans aller cependant jusqu'à une résolution décisive, dont le désir unanime n'est pas très lointain : la suppression de ces dernières.

2o4 BORDEAUX.

Est-ce à (lire que l'Ecole des beaux-arts ne produit rien ? Un jugement pareil serait faux. Elle compte près de trois cents élèves inscrits. Ses cours sont faits par des professeurs fort habiles ; les travaux qui s'y exécutent présentent généralement du mérite et souvent une très réelle valeur. Son organisme contient tout ce qui est nécessaire à un enseignement complet, dans les deux branches du programme officiel. Quelques ateliers bordelais possèdent d'anciens élèves de l'école, qui, après avoir, sous la direction intelligente de patrons, véritables artistes, complété admirablement leur instruction, sont devenus de précieux collaborateurs. Mais il n'est pas contestable — et à cet égard il m'a paru y avoir unanimité d'opinions, basée sur les constatations des mêmes faits — que Bordeaux n'a jusqu'ici tiré de cette institution qu'un honnem* local très platonique, par une candidature heureuse au grand-prix de Rome de peinture, à l'Ecole des beaux-arts de Paris ; que ses industries d'art n'y recrutent point le personnel de dessinateurs qui leur fait défaut; que môme quelques-unes, la sculpture et la peinture décoratives, ainsi que la corporation des architectes, se plaignent avec vivacité de la multiplicité des non-valeurs qu'elle jette périodiquement sur le pavé bordelais, (}ui font si cruellement conciuTcnce aux vrais artistes et amènent une continuelle dépression des prix et de la main-d'œuvre dans les travaux publics et privés.

On m'objecte, dans l'administration et dans l'école, que la majorité des élèves ou quittent les cours d'art décoratif avant l'achèvement de leurs études ou, dès le début, bifurquent obstinément du côté de la peinture d'histoire et de la statuaire, pour faire du « grand art » et arriver à Paris; que tous les moyens les plus persuasifs pour empêcher cela resteraient inutiles. Ce phénomène n'est point exclusif à Bordeaux.

Dans une conversation que j'avais sur tout cela, il jn'a été répondu : « Si l'Ecole des beaux-arts offrait à toutes les industries bordelaises des dessinateurs et des artistes, ces industries pourraient-elles leur assurer du pain ? » Cette réponse, si nette, soulève une série de questions d'une extrême gravité. D'abord, elle met en cause le principe même de l'institution et Tapplication qui en a été fa'te ; et immédiatement revient à la mémoire tout ce qui a été écrit, dans ces derniers temps, par d'éminents esprits, sur les con-

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